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Estime de soi : pourquoi les découvertes de la science de la silhouette de Barbie ne sont pas celles que vous croyez

Il aura fallu plus d'un demi-siècle à la poupée Barbie pour finalement avoir droit à un lifting. Ses formes, trop souvent jugées irréalistes ont été modifiées, de telle façon à mieux représenter le corps d'une femme et prôner la diversité... Pour autant, il demeure très complexe de juger clairement l'impact de la figurine dans la construction de l'image de son corps.

Barbie girl

Publié le - Mis à jour le 5 Février 2016
Estime de soi : pourquoi les découvertes de la science de la silhouette de Barbie ne sont pas celles que vous croyez

Atlantico : Après plus de 50 ans à arborer les mêmes formes, la poupée Barbie se décline dorénavant en plusieurs variantes, de "petite" à "curvy". S'il est communément admis que ce jouet contribue à mettre à mal l'image que les jeunes filles ont d'elles-mêmes, quelques études semblent dire que cela n'est pas significatif. Finalement, que peut-on en dire ? Quel impact Barbie a-t-elle sur la jeunesse ?

Jean-François Amadieu : Les poupées Barbies sont les jouets les plus diffusés depuis 1959. Une énorme majorité de jeunes filles ont possédé une Barbie et joué avec. Dès lors, on a attribué à ces jouets une plus grande importance dans le développement de l'image du corps des femmes que d'autres jouets.

Il est, pourtant, difficile d'isoler l'effet propre de la poupée Barbie par rapport au reste de l'environnement et des images (comme celles des publicités) susceptibles d'avoir un effet comparable. Néanmoins il existe plusieurs études, dont une datée de 2006, sur les effets relatifs au jeu avec des poupées Barbies. Cette étude concernait des jeunes filles âgée de 5 à 8 ans. Entre 5 et 7 ans, les jeunes filles apparaissent moins satisfaites de leur corp quand elles jouent avec des Barbies. Dans d'autres études, on apprend que les jeunes enfants, entre 3 et 7 ans sont assez influençables. Elles n'aiment pas les poupées un peu rondes, préfèrent les minces auxquelles elles trouvent plus de qualités. Ce que souligne l'étude de 2006 c'est qu'en revanche, passé 7 ans et ensuite, les enfants comprennent clairement que les formes de Barbie sont irréalistes. Très vite ils relativisent. Clairement, ce n'est pas tout à fait anodin, surtout aux jeunes âges, mais cela ne signifie pas pour autant que l'on puisse tout mettre sur le compte de Barbie. On ne peut évidemment pas conclure que, dans nos sociétés, l'image du corps et l'estime de soi est modelée par les seules Barbies.

De facto, si changer l'apparence de Barbie résulte peut-être d'une bonne intention, faut-il s'attendre à un bouleversement, sur le moyen ou long terme, de l'image que les jeunes filles et femmes peuvent avoir de leurs corps ? Y'a-t-il d'autres critères à prendre en compte ?

Il est difficile de croire que ce seul changement puisse avoir un impact réel. Si une dynamique venait à se créer, on pourrait déjà attendre plus d'effets. Or, il se trouve que d'autres fabricants de jouets font également évoluer leurs produits. Dans le cadre de la campagne « Toy like me », Playmobil et Lego ont lancé des personnages handicapés, en fauteuil roulant ; un autre vieux... Cela avait été annoncé, c'est fait désormais. Ces personnages sortent des canons. Les jeunes enfants jouent avec des Barbies et des Playmobil. Si les deux groupes font évoluer leurs jouets ; si tout le monde fait évoluer ses jouets, cela commencera à avoir un effet. Ce qui est intéressant et important dans cet épisode Barbie, c'est que cela met en place un mouvement. Plus il prendra de l'ampleur, plus l'effet sera conséquent. En outre, Barbie avait déjà fait évoluer la taille de ses poupées. Il est intéressant de noter la diversité des modèles qui existent à présent. Il en existe désormais des petites, des grandes et des rondes, mais également des Barbies appartenant à différentes ethnies, avec différents teint de peau. Mattel a fait le choix de la diversité, proposant une vision bien plus complète.

Au-delà des seuls jouets, il existe plusieurs critères très connus qui continuent à modeler la représentation du corps féminin. Les deux principaux sont bien évidemment la télévision et la publicité. Sur ce sujet, il existe de nombreuses études scientifiques qui démontrent clairement l'importance des images en couverture de magazine, l'impact des publicités, des défilés de mode, et autres. Les femmes sont fortement influencées par ces images fantasmées de leurs corps. Cela étant, quand bien même cela ne change pas très vite, on constate ici aussi quelques changements.

Quels sont, parmi ces critères, ceux sur lesquels l'action doit se porter avec le plus de vigueur pour cesser d'influencer et modeler le corps des femmes ? De quelles armes dispose-t-on pour lutter contre une représentation unique – et irréelle – du corps ?

Très clairement, le problème principal – en matière d'apparence – qui touche les femmes, c'est celui de l'indice de masse corporelle. C'est le cas dans le monde entier, cela se vérifie en France. Concrètement, il s'agit de la minceur. C'est la question centrale : minceur excessive contre obésité. Ce sujet principal est quotidien dans la vie dans des femmes. C'est tout l'enjeu de ce que fait Barbie, et c'est le sujet primordial à ce niveau.

Quant à savoir sur quels créneaux de diffusion il est important de se concentrer, en dehors des jouets dont nous avons déjà aborder le problème, il faut s'attaquer aux rôles essentiels des images. Je pense notamment, comme spécifié plus tôt, à la télévision et à la publicité. C'est absolument essentiel. On peut également se positionner sur le monde de l'entreprise, pour éviter la prise en compte de l'apparence physique dans le recrutement par exemple. À ce niveau, les méthodes de lutte sont assez simples : il faudrait commencer par retirer les photographies sur les CVs. Face à la publicité, certaines mesures législatives ont été prises, visant à contraindre les annonceurs à faire état des éventuelles retouches qu'ils ont pu réaliser. Cela étant, la seule vraie solution doit venir des annonceurs. Comme Mattel l'a fait avec Barbie, ils doivent suivre les évolutions de la société. Il n'est pas possible de les obliger à le faire, c'est à eux de trouver le courage de le faire.

Ken, à l'inverse, n'a pas eu droit à différentes variantes. Des contraintes esthétiques pèsent-elles également sur le corps masculin ? Jusqu'où les pressions sont-elles comparables ?

Les hommes subissent, à l'évidence, moins de pressions que les femmes. Le constat est général et peut se faire dans tous les pays : les femmes, en comparaison avec les hommes, sont nettement plus tyrannisées sur les questions d'apparence, de silhouette, etc. Ce qui ne signifie pas, toutefois, que les hommes ne sont pas concernés. Il le sont d'ailleurs de plus en plus, tout spécifiquement chez les garçons. Les adolescents et les jeunes hommes font de plus en plus attention à leur apparence. Ils cherchent à développer plus de muscles. Les hommes, surtout les plus jeunes, sont à leurs tours à la recherche d'un « corps parfait » quand les plus âgés étaient autrement moins attachés à ces considérations et ne développaient pas de culte du corps. C'est également quelque chose qui se vérifie dans une majorité de pays du monde. Et, fondamentalement, ce changement s'explique de la même façon que ce qui se passe actuellement chez les femmes : peu à peu, le monde des jouets, la publicité, les différentes sources de représentation du corps ont fait évoluer la perception du corps. De plus en plus mince pour les femmes, de plus en plus musclé pour les hommes.

 
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  • Par pale rider - 31/01/2016 - 09:36 - Signaler un abus "il faudrait commencer par retirer les photographies sur les

    CVs" : Ah bon ? Et les interviews skype , vous les faites avec un sac sur la tête ? Et les interviews de visu , vous mettez un niqab ? Oooo wait ... Encore un égalitariste tyran , eh oui nous sommes tous différents , des grands des gros des beaux des laids etc . Pour vivre heureux il faut apprendre a faire avec et faire "the best of it", le reste n'est qu'imposture.

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Jean-François Amadieu

Jean-François Amadieu est sociologue, spécialiste des déterminants physiques de la sélection sociale. Directeur de l'Observatoire de la Discrimination, il est l'auteur de Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire (Odile Jacob, 2002) et de DRH le livre noir, (janvier 2013, éditions du Seuil).

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