Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 22 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les establishments allemand et européen parviendront-ils à sauver une Angela Merkel à bout de souffle ?

Tout plaide pour un retour au clivage droite/gauche en Allemagne, mais la classe politique, les médias et les milieux industriels ont décidé qu’il valait mieux une opération de soutien à une Angela Merkel usée que l’incertitude d’un processus électoral prolongé.

Un pas en avant, ou deux en arrière ?

Publié le
Les establishments allemand et européen parviendront-ils à sauver une Angela Merkel à bout de souffle ?

Atlantico : Alors que la perspective d'une grande coalition paraissait écartée, suite à l'arrêt des tractations d'une coalition "jamaïcaine", les sociaux-démocrates ont fait volte-face en ouvrant la porte à une telle solution, notamment pour éviter la tenue de nouvelles élections. Comment comprendre cette décision ? Qui en sont les instigateurs ?

Edouard Husson : Depuis dimanche dernier, les milieux dirigeants allemands et européens sont fébriles. Ils redoutent de nouvelles élections en Allemagne. D’abord parce que les sondages sont mauvais pour la CDU et le SPD. Ensuite parce que le processus constitutionnel serait tel que de nouvelles élections ne peuvent pas se dérouler avant le mois de mars. A Berlin, à Bruxelles, à Paris, c’est la quasi-panique : sans gouvernement allemand, l’Europe ne fonctionne plus. Au secours, le Brexit pourrait bien se passer ! Tous les appels à la responsabilité ne doivent pas faire illusion : nous voyons un intérêt de classe s’exprimer et préférer le maintien au pouvoir d’une chancelière usée, sans plus aucun ressort, à une situation d’incertitude prolongée.

Là-dessus vient se greffer un trait profond de la culture allemande. Les Allemands ont horreur de ce qu’ils ne peuvent pas planifier. S’engager dans un nouveau processus électoral comprend tellement d’incertitudes que la majorité des Allemands préfèrent une Grande Coalition ou toute autre combinaison laborieusement construite à une plongée dans l’inconnu... démocratique. Comme en novembre 1918, le SPD s’apprête à jouer le rôle que l’oligarchie attend de lui plutôt que de prêter son concours au renforcement de la démocratie. En 1918-1919, Ebert, le chef du parti social-démocrate, a passé alliance avec l’Etat-Major de l’armée allemande pour réprimer le parti socialiste indépendant, pacifiste et démocrate ; plutôt que de profiter de la défaite militaire pour se débarrasser de dirigeants déconsidérés. Eh bien, un siècle plus tard, Schulz s’apprête à répéter la trahison d’Ebert.  Il préfère l’alliance de son partie avec l’oligarchie européenne plutôt que de nouvelles élections qui seraient l’amorce d’un renouveau démocratique.

Quelles pourraient en être les effets sur Angela Merkel et sur la politique allemande des prochaines années ?

Angela Merkel est finie politiquement. En s’accrochant au pouvoir comme elle le fait, elle s’apprête à n’être plus que le pantin des intérêts qui l’auront maintenue en survie politique artificielle. Si une nouvelle grande coalition se met en place, sortez vos mouchoirs tant nous serons confrontés au pathos des milieux dirigeants ; l’auto-congratulation par médias interposés sera à la hauteur de la grande peur qu’ils auront éprouvée auparavant. On nous vantera le sens de la responsabilité de M. Schulz ; la sagesse de tous ceux qui auront contribué à sauver l’Europe et le soldat Macron. En fait, c’est le contraire qui se passera, à terme. Par instinct de survie, le SPD avait d’abord pensé rester dans l’opposition. C’était très sage pour un parti qui faisait encore 35% sous Schröder et qui est tombé à 20%, usé par deux Grandes coalitions depuis 2005.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Deudeuche - 25/11/2017 - 11:46 - Signaler un abus Jetzt aber Schluss

    Place à d’autres!

  • Par Ganesha - 25/11/2017 - 12:35 - Signaler un abus Martin Schulz

    Ne rêvons pas : en Mars prochain, de nouvelles élections n'apporteraient pas un résultat sensiblement différent ! Le seul espoir raisonnable, c'est de donner à ''papa Schulz'', qui paraît être un homme lucide et intelligent, enfin l'occasion de mettre en œuvre ses idées et son programme ! Il ''fait semblant'' de haïr Marine Le Pen, mais je pense qu'en réalité, il partage une bonne part de ses analyses !

  • Par Deudeuche - 25/11/2017 - 13:43 - Signaler un abus Mis à part que Le cheval de cirque Schulz

    Ne rime à rien et qu’il n’a de la sympathie que pour Macron, attendons la relève avec Ursula.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€