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L’esprit de Munich ne s’essouffle jamais : cette gauche qui voit encore des guerres postcoloniales dans nos interventions militaires

Dans certains milieux, il est de bon aloi de condamner courageusement la guerre, quelle qu'elle soit. Mais la guerre est un fait de civilisation, et la comprendre aujourd'hui demande d'éviter quelques lieux communs.

La paix !

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L’esprit de Munich ne s’essouffle jamais : cette gauche qui voit encore des guerres postcoloniales dans nos interventions militaires

Atlantico : Julie Delphy, sociologue, vient encore de signer dans L'Humanité (le 5 novembre) avec d'autres collègues, principalement sociologues eux-aussi, une tribune dans laquelle elle s'élève contre la guerre en général. En 1939, les accords de Munich qui garantissaient la paix en légitimant l’annexion des Sudètes par l’Allemagne avaient été applaudis par la foule. "L’homme de Munich" est-il chercheur au CNRS aujourd’hui ?

François Géré : Qui pourrait dire aujourd’hui qu’il est pour la guerre ? C’est finalement assez rarement le cas. La question est plus de savoir si la guerre est ou non nécessaire, si elle est ou non évitable et tout dépend bien évidemment des circonstances. La guerre est un fait de civilisation humaine, et je ne vois guère d’époque dans l’histoire de l’humanité pendant laquelle la guerre a quitté le quotidien de l’être humain. Quel que soit le lieu, quelles que soient les causes, la guerre saisit des sociétés humaines, qui sont, de mon point de vue, fondamentalement conflictuelles.

Et celles-ci ont recours à la violence organisée pour régler leurs différends.

Dans ces critiques, on retrouve l'influence forte de l'école des études post-coloniales d'Edward Saïd. Cet intellectuel anglo-saxon avait été le premier à critiquer un colonialisme culturel dans les milieux scientifiques. En quoi ce logiciel de pensée, porté par des mouvances comme les Indigènes de la République, et appliqué aux problèmes géopolitiques contemporains est-il dangereux ?

Je ne sais pas s’il est fondamentalement dangereux. Mais on touche ici du doigt le problème de toutes les relectures du problème historique. On isole un segment de l’histoire de l’humanité pour se scandaliser de ce qui fut fait en ce temps. La suite est connue : condamnation, repentir, réparations. Je ne suis pas absolument opposé à ces démarches, mais force est de constater qu’ils arrivent bien tard. Cette espace de relecture du passé n’a au fond pas d’importance et vient masquer les autres événements, les autres conflits sur lesquels il serait bon de se pencher.

Le colonialisme est un fait avait été dénoncé à l’époque par des intellectuels comme André Gide qui dans son Voyage au Congo décrit les exactions commises par les colons. Mais ces condamnations ne furent jamais faites en bloc, si ce n’est dans le cas des nationalistes dont le but était de récupérer l’Alsace et la Lorraine en priorité , comme en atteste cette célèbre formule « j’ai perdu deux enfants et vous m’offrez quarante serviteurs ». La question de la conséquence d'actions militaires vieilles de cent ans sur le monde d’aujourd’hui est importante, mais elle ne peut l'expliquer dans sa totalité, loin de là.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 15/02/2016 - 11:07 - Signaler un abus Ceux qui sont "contre la guerre, en général"...

    sont aussi ceux qui s'en sont fait les Généraux, dans l'histoire...en croyant éviter la guerre, ces naïfs démagogues l'ont suscitée, plus souvent qu'ils l'ont cru. L'esprit munichois du Front populaire et de Chamberlain en sont un exemple frappant! Mais il y a aussi une perversité à vouloir faire cesser des guerres qu'ils ont souvent déclenchées, par leur passivité complice. Ces naïfs gauchistes se sont-ils élevés contre Sarko-le-parjure et BHL, lorsque ces irresponsables ont augmenté le chaos moyen-oriental, en déclenchant la guerre de Lybie? leur indignation à géométrie très variable contre les guerres disqualifie ces penseurs d'un autre âge, d'un autre temps...

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François Géré

François Géré est historien.

Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à l’Université de Paris 3. Il a publié en 2011, le Dictionnaire de la désinformation.

 

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