Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 28 Août 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

eSport : le Gouvernement intervient. L’agonie commence bientôt

En plein boom actuellement en France, l'eSport s'apprête à connaître de sérieux bouleversements avec la loi numérique d'Axelle Lemaire.

Vite, une loi !

Publié le
eSport : le Gouvernement intervient. L’agonie commence bientôt

Un nouveau marché se développe, et il n’entre dans aucune des cases, aucun des cerfas et aucun des formulaires de Pôle Emploi, des URSSAF, des grilles de l’INSEE. Il est tellement neuf qu’il n’a même pas encore ses taxes spécifiques ! Alors, vite, vite, il faut agir ! Il faut légiférer.

Heureusement, si la France n’a pas toujours les lois (alpha et oméga de tout ce qui peut se faire ou s’interdire) adaptées à ces marchés émergents, elle a en revanche toujours l’un ou l’autre ministre pour parer à tout imprévu. Quand le stock de ministres est épuisé, on peut taper dans les intérimaires, les stagiaires et les secrétaires (éventuellement d’État) pour prendre le relais. Et comme cette fois-ci, il s’agit de jeux vidéo, c’est Axelle Lemaire, la stagiaire en charge des bits et des octets, qui s’y est collée.

Ouf, il était temps, tout le monde attendait ça avec une impatience fébrile : les participants rémunérés aux tournois de jeux vidéo vont enfin (ENFIN !) être reconnus dans la loi et toutes les compétitions en rapport vont enfin (ENFIN !) être correctement encadrées, régulées, taxées et subventionnées dans les règles de l’art français.

Il faut dire que depuis des mois, on sentait la communication gouvernementale au taquet sur le sujet : régulièrement paraissait l’un ou l’autre article expliquant bien toute l’ampleur de l’inextricable problème que posait le développement de ces tournois, de cette mystérieuse profession de joueur professionnel et du eSport ("sport électronique") en général.

Et avec l’arrivée à l’Assemblée de la Loi Numérique d’Axelle Lemaire, loi destinée à couvrir tout un bouquet de sujets plus ou moins en rapport avec le numérique, il était tout naturel que le Gouvernement se penche de tout son poids sur le concept général d’eSport. Parce que, comprenez-vous, il faut absolument encadrer cet eSport. Il ne s’agit pas ici de déterminer si tout se passe bien ou pas : on sait qu’il y a des problèmes (mais si !), on sait que ce nouveau marché se développe de façon anarchique (mais si !), on sait qu’il y aura des dérives (comment voulez-vous qu’il n’y en ait pas, voyons, ce n’est pas régulé donc il y aura des dérives, mais si !), la décision d’agir est donc impérieuse et indispensable.

Et qui, mieux que l’État, pour déterminer précisément comment doivent être régulés, organisés et encadrés le sport électronique et les compétitions de jeux vidéo ? Qui pour s’assurer d’un avenir brillant à ces disciplines, mieux que le père du Plan Calcul, l’actionnaire historique de Bull, le géniteur d’applicatifs finement ciselés comme Louvois, ou les institutions qui poussèrent le Minitel en France en déclarant avec une lucidité rarement égalée qu’Internet ne serait jamais capable de supporter le commerce électronique ?

Et puis, ce n’est pas comme si nos élus, députés ou sénateurs n’avaient pas déjà largement montré leur disponibilité, leur ouverture d’esprit et leur justesse d’analyse lorsqu’il s’est agi, par le passé, de réguler, d’encadrer, de subventionner et de taxer le numérique, depuis les jeux vidéo jusqu’aux fournisseurs de contenus en passant par les supports, les habitudes internautiques et autres ! On sait déjà qu’avec cette équipe de choc dans nos Assemblées, on s’assure d’un avenir rutilant.

Pour aboutir à un solide résultat qui sera prochainement écrit sous forme de loi, le Gouvernement a donc largement prêté son tendre flanc dodu à tous les acteurs habituels (professionnels du milieu, industriels, lobbyistes), ce qui a permis la production d’un imposant document de 119 pages, écrit petit avec de longues phrases pleines de subordonnées, de typos et d’approximation linguistiques et conceptuelles permettant de faire passer un bel enfumage pour une saine réflexion avec une prise de recul.

C’est ainsi qu’on en vient à proposer de palpitantes avancées légales. Youpi, la France du eSport va pouvoir se développer !

Ainsi, avec ces propositions, les compétitions de jeux vidéo vont enfin pouvoir être retransmises par les télévisions qui n’auront plus à flouter les sponsors pour éviter l’accusation de publicité dissimulée. Tant mieux. Mais là encore, on se demande pourquoi existaient, en premier lieu, les lois qui obligeaient ainsi les télés à se contorsionner de la sorte. Eh oui, dans l’esprit du législateur, le citoyen, petit être fragile (et qui n’a pas toujours un statut, mes enfants, quelle horreur) est compulsivement amené à acheter tout et n’importe quoi s’il voit un logo, un sponsor : jadis, à chaque compétition de Formule 1, il se jetait comme un fou en manque sur le premier buraliste venu pour se procurer des cigarettes par cartouches entières, et allait ensuite dévaliser le rayon alcool du supermarché le plus proche, c’est bien connu. Avec l’eSport, on devait s’attendre au pire, le floutage était donc indispensable. En tout cas, jusqu’à maintenant. C’est mignon.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Hilario - 30/03/2016 - 11:23 - Signaler un abus L'industrie du jeu vidéo en France

    Google search: "L'industrie vidéo-ludique est un secteur d'excellence en France. Elle rassemble deux principales catégories d'acteurs : les studios, qui assurent la conception et le développement de jeux vidéo (scénarisation, programmation, graphisme, etc.), et les éditeurs, chargés de la promotion et de la publication des contenus sur les différentes plateformes. Forte de la présence sur son sol de leaders mondiaux de développement (Ubisoft et Gameloft) et de l'édition (Activision Blizzard et Electronic Arts), la France figure au 3e rang des producteurs de jeux vidéo, derrière le Etats-Unis et le Japon. Elle dispose également d'un vivier important de petits studios, très dynamiques ces dernières années, à l'image de Pretty Simple ou d'Ankama, qui ont profité des nouvelles expériences de jeu (jeux en ligne, pour applications mobiles ou pour réseaux sociaux, etc.) offertes par la multiplication des supports numériques pour s'imposer sur le marché."

  • Par zouk - 30/03/2016 - 12:52 - Signaler un abus esport

    Nous ne perdrions rien à la disparition des jeux électroniques et vidéo, au contraire, ce sont de belles occasions de s'abrutir. Mais se manifeste à leur égard la manie bien française de compliquer ce qui marche simplement, que vient faire la loi ici? Veut-on créer une nouvelle source de chômage?

  • Par phegp - 30/03/2016 - 16:26 - Signaler un abus Remarquable article !

    Et le "numérique" est loin d'avoir atteint le niveau de dégâts maximum. Un signe inquiétant est la baisse - importante - d'aptitude physique qui vient d'être constatée chez les jeunes. Zouk, allez-donc leur parler de disparition des jeux électroniques et vidéo... les barricades style Mai 68 ne tarderaient pas, sans compter la grève générale des maternelles. Ceci dit, un bon petit débat genre loi El Khomri, voire genre déchéance de nationalité ne serait pas déplaisant avant l'échéance (i.e. 2017), avec, bien sûr les rezosocios à fond la caisse !

  • Par vangog - 31/03/2016 - 00:14 - Signaler un abus J'adore le chat tombant dans un abîme d'incompréhension...

    et qui vit sa mort au ralenti, alors qu'il ne se trouve qu'à cinq centimètres du sol...le chat-virage!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

H16

H16 tient le blog Hashtable.

Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€