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L'espoir contre la dyslexie : le cerveau des musiciens permet d'imaginer de nouveaux traitements

Selon une étude menée par des chercheurs de l'Université hébraïque de Jérusalem, la musique aiderait les enfants dyslexiques à réduire leurs déficiences au niveau de la perception auditive et de la mémoire dite de travail. En outre, cette étude permet d'en savoir un peu plus sur le fonctionnement du cerveau humain.

Réglé comme du papier à musique

Publié le - Mis à jour le 12 Février 2014
L'espoir contre la dyslexie : le cerveau des musiciens permet d'imaginer de nouveaux traitements

La musique aiderait les enfants dyslexiques à réduire leurs déficiences au niveau de la perception auditive. Crédit Reuters

Atlantico : Il existe différentes formes de dyslexies. Pour la plus courante, les enfants peinent à établir une relation entre les lettres et les sons. Cela explique-t-il pourquoi les musiciens – qui par définition, ont une excellente perception auditive – sont très rarement dyslexiques ?

Hervé Platel : C’est une hypothèse très souvent proposée. La musique aurait un effet "boostant" sur la perception auditive, qui aiderait à la création de la conscience phonologique, c’est-à-dire la capacité à percevoir correctement les différents sons du langage. Ainsi, la musique diminuerait les effets de la dyslexie même s’il est compliqué de généraliser, car cette dernière revêt plusieurs formes et intensités selon les individus.

L’étude de l’Université hébraïque de Jérusalem va dans ce sens. En effet, les musiciens sujets à des troubles dyslexiques – des troubles de la lecture, en l’occurrence – ayant participé à l’étude ont des troubles moins sévères que les non musiciens. Autrement dit, cette étude n’a pas permis de trouver des musiciens qui sont autant dyslexiques que des dyslexiques non musiciens.

Mais demeure une petite ambigüité avec cette étude : on ne sait pas dans quelle mesure la population étudiée est sujette à une dyslexie "améliorée" par le fait d’avoir suivi des études de musique, ou s’il s’agit de musiciens qui ne parviennent pas à être de bons musiciens parce qu’ils sont un peu dyslexiques.

Il existe d’ailleurs des cas célèbres de musiciens dyslexiques dans leur jeunesse, selon leurs dires, comme John Lennon ou encore le violoniste Niguel Kennedy, connu pour son interprétation des "Quatre saisons" de Vivaldi.

Qu'est-ce que cette étude nous apprend, d'une manière générale, sur le fonctionnement du cerveau et, en particulier, sur l'apprentissage de la lecture ? 

D’abord, pourquoi il y aurait moins de musiciens dyslexiques, ou comment la musique pourrait améliorer l’audition ou la lecture ? Il existe plusieurs hypothèses que cette étude a très bien montrées.

Premièrement, la musique améliore la discrimination perceptive des sons, c’est-à-dire qu’en apprenant la musique, on entraîne son oreille à notamment distinguer la hauteur des sons de manière fine ; et sans doute cela peut-il contribuer à acquérir une meilleure conscience phonologique.

Ensuite, la musique pourrait aider à l’apprentissage de la lecture. En effet les musiciens ont l’habitude de lire des partitions, partitions qui se lisent autant de gauche à droite (comme en français) que de bas en haut (pour distinguer la hauteur des sons). La musique impose dont une stratégie d’exploration visuelle à la fois horizontale et verticale qui aiderait les enfants à décoder les signes du langage. Or souvent les enfants dyslexiques n’ont pas une bonne stratégie de décodage des signes graphiques : leurs yeux ont tendance à trop aller vers la droite.

Enfin, l’apprentissage de la musique, c’est aussi beaucoup d’apprentissage rythmique et séquentiel. Autrement dit, c’est être capable de mémoriser et de reproduire des séquences rythmiques – et mélodiques –, ce qui stimule la mémoire, et en particulier la mémoire de travail. Il s'agit de la mémoire qui permet de retenir temporairement une information, le temps dont on en a besoin. C’est par exemple retenir un numéro de téléphone, le temps de le noter. C’est cette mémoire de travail qui pose le plus de problèmes aux musiciens dyslexiques : ils sont aussi "mauvais" que les dyslexiques non musiciens sur les exercices de mémoire de travail.

Cette déficience de la mémoire de travail est liée au travail de l’aire préfrontale gauche, dite "de Broca". Cette région cérébrale est cruciale dans le langage, à la fois pour l’articulation et le traitement séquentiel du langage. Les études de neuro-imagerie montrent que si on fait faire des tâches perceptives de mémoire, verbales ou musicales à des sujets musiciens ou non musiciens, la région cérébrale qui s’active de manière commune est cette aire "de Broca". La question est maintenant de savoir ce qui est commun aux tâches de perceptions verbales et musicales permettant de stimuler en commun l’aire de Broca : on peut penser que c’est l’aspect séquentiel (ou syntaxique pour certains scientifiques), qui dans le langage et la musique est commun.

L'apprentissage de la musique peut-il être, de ce point de vue, une méthode efficace pour soigner la dyslexie ? 

Il existe de nombreux travaux allant dans ce sens. On peut mentionner ceux d’une équipe française basée à Marseille et dirigée par Mireille Besson. Cette équipe propose des ateliers musicaux aux enfants dyslexiques qui, selon elle, permettent d’augmenter la perception phonologique.

La littérature met en avant le fait que la musique est bénéfique car elle stimule ce qui fait défaut chez le dyslexique à plusieurs niveaux :

- au niveau de la perception : hauteur des sons, mais aussi la capacité de pouvoir isoler les différentes syllabes ou phonèmes ;

- au niveau de la mémoire de travail : traiter séquentiellement l’information et pouvoir maintenir des bouts d’informations de manière temporaire et pertinente. Il semblerait que c’est surtout à ce second niveau que les enfants dyslexiques rencontrent des difficultés.

Mais à l’heure actuelle, on ne possède pas de chiffres "d’efficacité" de la musique sur les enfants dyslexiques. D’autant plus que la population dyslexique est hétérogène : il existe plusieurs types, plusieurs intensités, et la dyslexie ne s’exprime pas forcément sur le même plan selon les individus (pour une partie, elle peut s’exprimer davantage sur le plan auditif et pour une autre, sur l’aspect visuel). C’est pourquoi il n’existe pas seulement un exercice-type. Et c’est sans doute aussi pour cela que la musique est intéressante, en complément bien sûr d’un suivi orthophonique. Les orthophonistes incluent d’ailleurs des jeux musicaux pour les dyslexiques.

 
Commentaires

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  • Par Vautrin - 11/02/2014 - 13:44 - Signaler un abus Parce que

    l'on continue à croire que la "dyslexie" est une maladie ? Tout le monde sachant, en effet, que l'humain a toujours écrit et qu'il devrait donc bien y avoir dans quelque circonvolution de son cerveau une "zone de l'écriture" ! Pardi ! Soyons sérieux : l'écrasante majorité de ceux qui croient en la dyslexie et qui en ont fait leur fonds de commerce n'ont jamais commencé par le commencement, à savoir : qu'est-ce que l'écriture, technicisation du langage. La prétendue "dyslexie" est un symptôme, pas une maladie. Rendez l'enseignement du piano obligatoire, et je suis prêt à parier qu'on inventera la "dysclavichordie" et ainsi de suite. Cela veut dire : le trouble ne se situe pas au lieu où l'on observe les symptômes. Mais, bon... J'écris dans un monde où l'on croit aussi au "pervers narcissique", contradiction dans les termes et n'ayant aucun fondement scientifique. Alors... Je préfère retourner à mes chères études.

  • Par brennec - 11/02/2014 - 14:31 - Signaler un abus Quelle dyslexie?

    Chacun voit midi a sa porte. Le neuropsychologue pense que la musique peut soigner la dyslexie, jusqu'a preuve du contraire une pratique magique. Le rasoir d'occam lui nous permet de dire que le plus probable est que c'est la méthode employée pour enseigner la lecture qui serait responsable, autrement dit la plupart des 'dyslexies' serait induite par l'école. Confirmé par la baisse des dyslexiques quand on passe a la méthode syllabique.

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Hervé Platel

Hervé Platel est professeur de neuropsychologie à l’université de Caen. Il fait également partie d’une unité de recherche Inserm sur les effets de la musique sur notre cerveau.

Internationalement reconnu pour ses travaux sur la neuropsychologie de la perception musicale, il a montré les réseaux cérébraux impliqués dans la perception et la mémorisation de la musique. Ses travaux permettent également de développer des méthodes musico-thérapeutiques de prise en charge chez les patients déments Alzheimer.

Il a notamment co-écrit Le cerveau musicien (De Boeck Université, 2010).

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