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L'Espagne en crise : call-girls de luxe et conscience sociale

Les prostituées de luxe espagnoles refusent désormais leurs faveurs aux banquiers. A 300 euros de l'heure, ils étaient pourtant bien les seuls à pouvoir se les offrir.

Zone franche

Publié le - Mis à jour le 30 Mars 2012

Les journalistes  ― et les huissiers, ça va sans dire  ― peuvent dire merci aux banquiers. Depuis que ces derniers sont jugés responsables d'à peu près tous les maux de la planète, c'est tout juste si diffuseurs de propagande et expulseurs de familles surendettées apparaissent encore au palmarès des professions les plus universellement exécrées.

Pour les huissiers, je ne sais pas, je ne fréquente pas ce genre d'individu, mais pour les journalistes, c'est tout de même assez dur à vivre : être détesté, c'est au moins avoir la certitude de ne pas laisser indifférent.

J'espère d'ailleurs que c'est ce que se disent les salariés de la Société Générale et de la BNP lorsqu'ils se rendent au boulot le matin sous les horions d'une foule hystérique.

Il faut dire qu'ils ont un peu exagéré, ces dernières années. Entre les subprimes, l'assèchement du crédit aux entreprises en dépit de subventions publiques faramineuses, la ruine de la Grèce et l'augmentation de la cotisation Carte Bleue à paiement différé, les gens sont agacés, c'est normal. On le serait à moins.

Bon, nous n'en sommes pas encore à enfouir nos euros sous nos matelas pour ne plus nourrir ces parasites, mais c'est juste parce que c'est la crise et qu'un Dunlopillo n'a jamais accordé d'autorisation de découvert, même avec agios. Que la croissance reparte et on va voir ce qu'on va voir.

En tout cas, il y a des signes qui ne trompent pas : même les banques font de la pub anti-banque, depuis quelques temps. Le Crédit Mutuel, qui promène sa famille Fenouillard à qui on ne la fait pas sur tous les écrans, tente bien de nous convaincre que le mot crédit dans sa raison sociale est synonyme d'organisation caritative mais je ne suis pas certain que ce soit très efficace. A la limite, on a moins de mal avec les spots du CIC qui font passer l'établissement pour un opérateur de téléphonie mobile, la parenté entre fournisseurs de forfaits avec engagement de 25 ans et prêteur sur gages étant plus facile à gober.  

Dernière manifestation en date de cette haine pour les éditeurs de RIB, la décision des prostituées de luxe espagnoles de ne plus les accepter comme clients. Ca peut sembler anecdotique, mais  c'est tout de même un sacré indice de l'exaspération ambiante : une call-girl vraiment haut-de-gamme, à part des banquiers et, peut-être, des directeurs de FMI, ça ne doit pas avoir une clientèle très diversifiée. Pas chiennes, les travailleuses du sexe accepteront toutefois de ne plus refuser les appels de leur gestionnaires de comptes lorsqu'ils se remettront à se comporter convenablement et à prêter de l'argent aux Ibères en difficulté. On imagine que ce n'est pas demain la veille.

Dans l'intervalle, elles se mettront peut-être à reprendre langue avec les huissiers, finalement pas si mauvais bougres, comme on a vu. Les journalistes, c'est moins sûr : à 300 euros de l'heure en moyenne, soit la grosse partie du salaire d'un pigiste famélique aux yeux rougis par le manque de sommeil et à l'estomac vide, les plumitifs risquent de ne pas être bien nombreux à faire la queue chez ces prostituées chics à conscience sociale.

 
Commentaires

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  • Par Equilibre - 29/03/2012 - 10:19 - Signaler un abus Ca ne changera rien... ou presque

    Bah, s'ils veulent du sexe tarifé, ils n'auront qu'à mentir sur leurs professions. Ça ne devraient pas trop modifier leurs mœurs habituels de ces dernières années.

  • Par Peinoudore - 29/03/2012 - 13:05 - Signaler un abus Mon cher Hugues vous semblez bien informé

    D u tarif de ces prestataires de haut vol, vous semblez bien averti. Marqué par le désamour de votre profession, seriez vous tenté de vous réfugier dans les bras de ces consciences sociales d'un autre genre ?

  • Par Malaparte - 29/03/2012 - 15:33 - Signaler un abus Palsanbleu......

    si les fils de p.... ne peuvent plus les fréquenter, il y aura moins d'inceste.

  • Par Ravidelacreche - 29/03/2012 - 19:28 - Signaler un abus :o)

    Mr Serraf vous êtes bien informé ! secret des sources ou expérience personnelle ?!

  • Par Harmaggedon - 30/03/2012 - 08:14 - Signaler un abus Vous allez nous faire pleurer, vous aussi ?

    ... sur ces pauvres... journalistes ? Bien sûr, il y a les pigistes, mais il y a aussi tous ces nombreux journalistes, éditorialistes, polémistes militants, dans et, un peu moins, hors du service public, qui faut-il le rappeler, bénéficient, on peut se demander pourquoi, d'un abattement supplémentaire de 20% sur leur déclaration de revenus... bizarre qu'auncun d'entre eux, pourtant si prolixes sur les avantages fiscaux des autres, n'en parle !

  • Par Democrator - 31/03/2012 - 22:22 - Signaler un abus Bon, aujoird'hui c'est fini...

    ... mais sinon, à l'époque, il leur suffisait de devenir femme de ménage dans un hôtel vaguement haut de gamme pour pouvoir espérer... Bref, "Les prostituées de luxe espagnoles refusent désormais leurs faveurs aux banquiers". En fait on les comprends !

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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