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L'Espagne, ce pays dont l’économie va nettement mieux… Mais à quel prix ?

Le FMI a révisé à la hausse, de 2,6% à 3,1%, son estimation de la croissance de l'économie de l'Espagne pour 2017. En 2016, cette dernière s'était affichée à 3,2%. La consommation, l'industrie manufacturière et les services sont les principaux soutiens. Pour autant, la situation s'est-elle réellement améliorée en Espagne ?

FMI

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L'Espagne, ce pays dont l’économie va nettement mieux… Mais à quel prix ?

La trajectoire économique et financière de l’Espagne illustre à merveille un bon vieux piège que je nommerais le « piège des glissements annuels ». On détecte un rebond conjoncturel, et on oublie que la crise précédente, par sa durée et son ampleur, devrait conduire à relativiser le rebond en question, à le traiter comme un rebond du fond du court, d’autant plus qu’en statistique regagner 10% après avoir perdu 10% ne permet même pas de revenir au point de départ, et d’autant plus qu’en économie ce qui compte souvent est le décalage avec les anticipations précédentes (celles sur lesquelles les ménages et les entreprises s’étaient basés, pour s’endetter par exemple) ; dans le cas d’espèce, le décalage est gigantesque, puisque l’Espagne a connu un doublement de son PIB nominal entre 1999 et fin 2007 (soit 8%/an de croissance en moyenne), conformément à un trend de long terme, et soudain l’activité a stagné, puisqu’au cours de la décennie suivante le PIB nominal a été à peine positif, et la production industrielle a perdu plus de 20%, comme la bourse (même exprimée avec les dividendes) et comme de nombreuses autres variables (doublement du nombre de chômeurs, explosion des ratios de dette publique, etc.).

Une décennie perdue ! Comme l’Amérique Latine des années 80. 

L’amélioration de l’activité depuis 3 ans est, dans ce contexte, un minimum syndical, d’autant que sa source ne se trouve pas vraiment en Espagne (la BCE a déballé le tapis rouge de la baisse des taux pour un pays où les ménages étaient endettés à 96% en taux variables backés sur de l’Euribor 3 mois), et que dans ces conditions sa pérennité est fort douteuse (surtout quand on connait les fondamentaux atroces de la démographie et de la productivité, à moyen-long terme).     

 

La croissance nominale n’est plus de 8%/an mais de 4%, et encore, parce que l’inflation est surestimée et parce qu’une partie de cette croissance correspond à du rattrapage. La ré-industrialisation du pays dont on nous rabat les oreilles depuis 5 ans est une farce, on reste dans un pays de services bas de gamme, qui n’a regagné quelques points manufacturiers qu’en raison d’une désinflation mortifère et d’une baisse passagère de l’euro, et dont le rétablissement de la balance commerciale doit beaucoup à une logique malthusienne d’atonie des importations (aujourd’hui à leur niveau de début 2008 !).

Les bases 100 sont plus véridiques que les glissements annuels après une double crise. J’aime bien aussi exprimer certaines valeurs en euros sonnant et trébuchants, par exemple la dette publique : (sachant que les chiffres officiels sont encore gentils, il y a plein de cadavres dans les placards !!) :

 

A noter que cette hausse de la dette, nourrie par un flux de déficits qui ne se tarit pas, est hautement pathétique dans un pays où l’effet ciseaux de la règle d’or (entre la croissance nominale et les taux souverains, graphique ci-dessous) est pourtant redevenu très positif depuis plus de deux ans… 

 

 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 24/07/2017 - 13:52 - Signaler un abus Bravo les Pays

    Magnifique démonstration de la complexité des sciences économiques : on lit régulièrement sur Atlantico les commentaires de ''papys libéraux'', qui s'informent avec Le Figaro ou BFM TV, et qui viennent nous affirmer ''Qu'en Espagne, gràce aux théories de Juncker-Merkel, cela va beaucoup mieux !''

  • Par Ganesha - 24/07/2017 - 13:54 - Signaler un abus Bravo les Papys !

    Correction

  • Par ajm - 24/07/2017 - 15:59 - Signaler un abus Liberalisme

    Les vrais libéraux, papys ou pas, prennent leurs leçons d'economie chez les economistes sérieux, c'est-à-dire chez les anglo-saxons des grandes universités us, certainement pas chez un politicien ancien dirigeant d'un paradis fiscal, au demeurant bien géré, ou d'une maîtresse d'école teutonne forte en physique et très habile chancelière. Les leçons allemandes sont surtout des leçons de bon sens permettant de préserver un tissu industriel ancien et hautement spécialisé quasiment sans équivalent dans le monde.

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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