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"Esclaves d'Internet, unissez-vous"... contre les législations désuètes qui empêchent l'individualisation du travail

La rubrique du buzz du biz s’intéresse aux "nouveaux entrants" sur le marché, à leurs dynamiques innovantes et aux obstacles qu’ils rencontrent. Aujourd'hui, focus sur la nécessité de repenser le CDI grâce aux outils du numérique.

Le buzz du biz

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"Esclaves d'Internet, unissez-vous"... contre les législations désuètes qui empêchent l'individualisation du travail

Le New York Times a publié un papier dont le titre plagiait la conclusion de Marx et Engels : "esclaves d’Internet, unissez-vous !". Crédit Reuters

Fin octobre, le New York Times publiait un papier dont le titre plagiait la conclusion de Marx et Engels : « esclaves d’Internet, unissez-vous ! ». Le texte lançait un appel à tous ces contributeurs qui nourrissent gratuitement des sites de leurs contenus (dont l’auteur de ces lignes), les encourageant à ne plus collaborer à ces pratiques jugées indignes.

Evidemment, la tribune a suscité de nombreuses réactions, sur twitter ou sur divers sites internet. Celle de Derek Thompson, éditorialiste pour The Atlantic, est intéressante.

Celle de Mathew Ingram sur Gigaom, l’est encore plus. Elle explique bien que les internautes sont "rémunérés" (même si la transaction n’est pas pécuniaire) et montre comment Internet abaisse les barrières à l’entrée sur les marchés et révolutionne les façons de faire.

C’est justement le cas sur le marché du travail, qui est particulièrement révélateur de cette "disruption" qu’amène l’économie numérique en accélérant les évolutions sociétales mais aussi des blocages auxquels elle se heurte.

Le premier point, c’est qu’Internet accélère les évolutions contemporaines – sans en être pour autant la source, comme on tend à le croire souvent. Comme le montre très bien Denis Pennel dans son excellent Travailler pour soi, qui vient de paraitre, l’individualisation du travail est une tendance lourde des dernières décennies. De plus en plus, les actifs veulent un contrat de travail à la carte, un contexte professionnel adapté, une carrière personnalisée : « jusqu’à une date récente, les gens devaient s’adapter au travail. Aujourd’hui, ils veulent rester eux-mêmes au travail », explique-t-il. La révolution d’internet favorise ces tendances : télétravail, emails, utilisation du cloud et autres outils numériques permettent d’individualiser le travail…

Le second point, c’est que le numérique permet de rationaliser les process traditionnels. Dans le monde du travail, ses instruments favorisent une rationalisation absolue des recrutements : c’est à base d’algorithmes que Google recrute, c’est grâce à des jeux virtuels que knack.it décèle les qualités et les talents, c’est aussi grâce à Linkedin ou Vault que se font les recrutements et les débauchages. Tout comme la politique (voir Obama) et la distribution sont entrés dans l’ère du big data, le marché de l’emploi entre dans une nouvelle dimension de l’hyper-rationalisation. Le numérique révolutionne le monde bien souvent uniquement en augmentant l’efficacité des pratiques traditionnelles.

Ces évolutions et ces pratiques se heurtent cependant aux cadres réglementaires construits au siècle dernier.

Demain, l’économie mettra de plus en plus en relation des travailleurs indépendants, pour des missions reposant des contrats ad hoc et plus souples. En fait, elle le fait déjà : c’est d’ailleurs pour cela que se développent des dispositifs périphériques plus flexibles, comme les auto-entrepreneurs qui connaissent un succès non démenti (ils viennent de dépasser le cap des 900 000).

Le problème c’est que les législations actuelles ne permettent souvent pas ces souplesses nécessaires. Le régulateur n’entend d’ailleurs pas les permettre : aux Etats-Unis, l’Attorney General de l’Etat de New York (qui aime bien réguler internet) s’est mis en tête de prendre ces questions de front. Récemment, il a décidé de s’attaquer au site AirBnB à coup de demandes d’informations titanesques. Il semble partager avec quelques autres la conviction que la sharing economy est une économie de l’exploitation : l’individualisation des prestations et l’autonomisation des producteurs conduiraient à un délitement des protections sociales. Pour Evgeny Morozov, dans le Financial Times, il s’agit de « néolibéralisme dopé aux stéroïdes ».

Cette vision, caricaturale et pessimiste, est dépassée – qu’on le regrette ou l’applaudisse. Les modèles du 20ème siècle reposaient sur une période de forte croissance permettant la généralisation de CDI généreusement protecteurs, conçus de manière uniforme. Au 21ème siècle, cette taille unique ne correspond plus tellement aux besoins des employeurs ni aux attentes des salariés. Il faut les repenser, dans le sens de l’individualisation et grâce aux outils du numérique.

 

 

 
Commentaires

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  • Par Septentrionale - 07/11/2013 - 14:52 - Signaler un abus individualisation du travail -1.

    Voilà qui est particulièrement obscène pour un régime socialo-marxiste

  • Par Septentrionale - 07/11/2013 - 15:01 - Signaler un abus individualisation du travail -2.

    Mais voilà un superbe travail de réflexion pour une Droite non étatiK pour l'élaboration d'une structure nouvelle dans l'organisation du travail digne du XXIè avec une Société responsabilisée qui donne à l'individu valorisé une libre-entreprise créative, réactive.

  • Par lsga - 07/11/2013 - 15:01 - Signaler un abus vous ne comprenez rien à Internet

    Le crowdsourcing, l'open source, le travail gratuit, la licence GPL, l'abolition de la propriété intellectuelle, l'éthique Hacker, l'éthos scientifique, la science et l'ingénierie avant le commerce : TOUT ÇA VOUS ÉCHAPPE.    Pendant ce temps, le logiciel libre bouffe le marché mondial. 100% des box tournent sur Linux, 100% des pabx, 90% des serveurs web, 90% des machines à encaisser, 70% des smartphones, 70% des tablettes, etc. etc.   Le fonctionnement de la nouvelle économie vous échappe totalement.   Comme Larry Page : nous ne voulons pas être riche, nous voulons vivre dans le futur, le plus vite que possible.

  • Par Septentrionale - 07/11/2013 - 15:19 - Signaler un abus individualisation du travail -3.

    Il faudra une Droite forte de ses convictions politiques de la liberté individuelle dans ses droits et ses devoirs avec un Etat de Droit fort. Car il faudra déstructurer ce système socialo-marxiste injuste, pourri par des privilèges insensés anachroniques indignes, pourri par un clientélisme fonctionnarisé. Le socialisme est une aberration à éradiquer, égoïste, amorale, moraline qui, en pervers narcissique dévalorise l'être humain, l'accuse de tous les maux pour ne voir qu'une masse à assujettir et à racketter. Au travail, un superbe travail de fond en rénovation radicale. Nous attendons une Droite forte, c'est à dire avec un sens politique des responsabilités dans ces enjeux modernes de la liberté et du travail.

  • Par jerem - 07/11/2013 - 16:27 - Signaler un abus le Noan total .

    "Les modèles du 20ème siècle reposaient sur une période de forte croissance permettant la généralisation de CDI généreusement protecteurs, conçus de manière uniforme. Au 21ème siècle, cette taille unique ne correspond plus tellement aux besoins des employeurs ni aux attentes des salariés." et petit voyage en bretagne avec sous le bras ce joli discours de parisien bobo qui est ravi de voir son monop ouvert a 22h et son marchand de journaux ouvert a 7h30 comme son boulanger... tu parles qu'il en ont a faire de twitter et des alogirhtmes recruteurs de google ces gens comme les salariés des abattoirs car pour cela comme pour le transport des marchandises , le discours sur le virtuel .... comme dire , il s'en tape

  • Par jerem - 07/11/2013 - 16:28 - Signaler un abus la derive des raisonnements

    ca part des indépendants et cela dérive sur le salarié en CDI MAis une bonne fois , les CDI sont la forme la plus courante dans l'europe des 15 a plus de 85% (dont l'allemagne) Halte au barratin

  • Par Visiteuse - 07/11/2013 - 17:12 - Signaler un abus Travail : mode d’emploi:

    On en parle de + en + ; déjà cette semaine à la radio avec Stéphane SOUMIER dans BFM Business. Cela ne sert à rien de vitupérer et de s’arc bouter contre les faits, contre l’évolution/révolution, le monde change avec ou sans nous. C’est sûr qu’avec les cocosos réactionnaires au pouvoir on va prendre encore du retard. Déjà en jetant à la poubelle ce code du travail contenant plus de 3000 pages et qui constitue la justification du boulot de ces technocrates de députés à la solde des syndicats. En complément, je recommande cet entretien avec Denis Pennel DG de la confédération mondiale des agences privées pour l’emploi : https://www.manpowergroup.fr/travailler-pour-soi-12-un-nouveau-monde-du-travail-respire-deja-d-pennel/?utm_source=Newsletter+de+l%27Atelier+de+l%27Emploi&utm_campaign=5294c54350-20130820&utm_medium=email&utm_term=0_0515082b1d-5294c54350-16893869

  • Par lsga - 07/11/2013 - 17:16 - Signaler un abus qui dit travaille gratuit, dit abolition de la propriété

    et devinez quoi ? C'est le modèle le plus efficace dans les newtechs.   http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_publique_g%C3%A9n%C3%A9rale_GNU

  • Par Lennart - 08/11/2013 - 05:00 - Signaler un abus Tu as raison

    D'ailleurs on se demande si ça vaut encore le coup de travailler vu le nombre de parasites qui profitent du travail des autres, d'ailleurs toi que fais tu à 16h01 sur Atlantico tu es en retraite ou abonné au pole emploi car trop intelligent pour les jobs qu'on te propose.

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Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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