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Escalade militaire autour de Ia Corée du Nord : l'embrasement généralisé de l'Asie est-il en marche ?

En visite en Corée du Sud, le secrétaire d'Etat américain, Rex Tillerson, a mis en garde Pyongyang en déclarant que la politique de "patience stratégique" de Washington n'était plus d'actualité.

Sérieuse menace

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Escalade militaire autour de Ia Corée du Nord : l'embrasement généralisé de l'Asie est-il en marche ?

Atlantico : Les Etats-Unis ont récemment évoqué une action militaire contre la Corée du Nord. Quelle forme pourrait-elle prendre au vu du désengagement annoncé dans la zone ?

Jean-Vincent Brisset : Quand l’administration Obama a annoncé le "Pivot" vers l’Asie, certains en ont conclu que les Etats-Unis allaient renforcer de manière importante leur présence militaire dans la zone, en particulier chez les grands alliés que sont la Corée du Sud et le Japon.

En fait, le nombre de militaires américains présents en Corée du Sud, qui était de 28 500 depuis 2006[1] est resté stable, à l’unité près,  jusqu’en 2014 où il n’a augmenté que de 800 hommes. De la même manière, l’annonce d’un désengagement par la nouvelle administration est à prendre avec précautions. Dans l’état actuel des choses, on constate surtout que les Etats-Unis ont franchi un pas important en déployant très récemment des systèmes anti-missiles THAAD, en Corée du Sud. Ce déploiement marque une rupture stratégique et capacitive, et provoque d’ailleurs de violentes réactions de la Chine populaire, autant contre les Etats-Unis que contre la Corée du Sud.

Sur un plan plus opérationnel, on peut difficilement envisager des opérations "d’invasion"  qui conduiraient à une présence durable de troupes américaines sur le sol nord-coréen. Si une option militaire devait être exercée, elle serait le plus vraisemblablement dirigée contre ce qui est le plus visible, tant pour le monde extérieur que pour les sujets de Kim Jong-Un, c’est-à-dire les lancements de missiles. Ces lancements, du Scud modifié à des vecteurs de satellites, sont en effet largement médiatisés, tant dans le monde entier qu’à l’intérieur de la République ermite. Pour obtenir le meilleur effet possible, une attaque américaine devrait se traduire par la destruction, sur le pas de tir ou peu de temps après son décollage, d’une fusée nord-coréenne. Pour obtenir ce résultat, plusieurs modes d’action sont envisageables. L’intrusion de forces spéciales, dans un pays complètement quadrillé, paraît peu réaliste. Une attaque cybernétique pourrait réussir, mais la main des Etats-Unis ne serait pas visible, alors que c’est le but recherché. Les méthodes les plus vraisemblables sont l’attaque par un ou plusieurs missiles de croisière ou la destruction en vol par le système THAAD récemment déployé. La deuxième méthode aurait le double avantage de décrédibiliser la capacité de nuisance/dissuasion de Kim vis-à-vis de sa propre population et des pays voisins tout en légitimant le THAAD. On peut éventuellement envisager, mais ce serait beaucoup plus difficile à gérer à cause des peurs de pollution radioactive, une attaque ponctuelle d’un ou plusieurs sites nucléaires du même genre que la destruction d’Osiris par Israël.

[1] Contre plus de 36.000 en 1994 et une moyenne de l’ordre de 40.000 entre 1971 et 1991

Dans le cas d'une escalade des tensions, quelle(s) réaction(s) peut-on attendre des pays limitrophes, alliés ou "ennemis" des Etats-Unis ?

Les pays de la région craignent tous une montée des tensions autour de la Corée du Nord. Pas seulement à cause de la capacité de nuisance de Pyongyang, mais aussi parce que l’éclatement du pays provoquerait un afflux de réfugiés et une déstabilisation de la région.

En cas de conflit, le territoire des Etats Unis n’est pas à portée des missiles nord-coréens et, malgré les rodomontades de Kim, les missiles dont il dispose ne sont pas capables de causer des pertes majeures aux troupes américaines situées dans la zone. Le Japon est plus vulnérable. Une grande partie du territoire est à moins de 1 000 kilomètres des sites de lancement nord-coréens. Toutefois, le nombre de missiles capables de transporter une charge significative sur cette distance est faible et leur fiabilité, comme leur précision, sont encore limitées.

 
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  • Par A M A - 19/03/2017 - 19:06 - Signaler un abus On aimerait bien que nos

    On aimerait bien que nos politologues et autres experts nous précisent quelles conséquences pour la France pourrait avoir l'embrasement généralisé de l'Asie. Ne serait-ce alors qu'un léger épiphénomène pour qu'ils n'en parlent pas? A moins qu'en sortant de leur silence ils soient obligés d'admettre que ceux qu'ils abhorrent soient les seuls en mesure d'enrayer le tsunami eventuel, les Trump et les Poutine par exemple! A moins qu'ils estiment que l'Europe idyllique soit en mesure de faire face seule, sans l'aide de ceux-ci....

  • Par Jean Vincent BRISSET - 20/03/2017 - 09:10 - Signaler un abus Ce sera peut être le sujet d'un autre article

    Les conséquences pour la France (et pas seulement la France) d'un conflit en Asie de l'Est méritent effectivement plus que quelques lignes. Ce n'était pas le sujet de cet interview, mais c'est un sujet sur lequel j'avais planché, il y a quelques années, à la demande du centre de prospective du MAE.

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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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