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Eric Ciotti : « Emmanuel Macron n’est pas le président de la restauration de l’autorité mais celui de l’autoritarisme »

Pour Atlantico, le député Eric Ciotti, très critique sur la loi asile et immigration actuellement en discussion au Parlement, décrypte la stratégie des Républicains, notamment sur les sujets de l'immigration et de la sécurité.

Grand entretien

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Eric Ciotti : « Emmanuel Macron n’est pas le président de la restauration de l’autorité mais celui de l’autoritarisme »

 Crédit BERTRAND GUAY / AFP

Atlantico : Les Républicains misent beaucoup sur le thème de l’immigration pour se démarquer d’Emmanuel Macron et vous avez beaucoup critiqué la loi asile et immigration. En quoi serait-elle une loi si différente de tout ce qui a déjà été fait jusqu’à présent ?

Eric Ciotti : C'est une loi au mieux inutile, mais surtout, je le crains, dangereuse. Inutile parce que sur la base de bonnes intentions, elle n'aboutit qu'à des mesurettes techniques dont l'efficacité est largement altérée par les concessions faites à l'aile gauche de la majorité. Dangereuse parce qu'elle risque de conduire à un nouvel appel d'air migratoire, notamment avec la mesure de regroupement familial des frères et sœurs des mineurs réfugiés. Ce qui est certain, c'est que ce texte n'est en rien à la hauteur de la gravité des défis auxquels notre pays est confronté.

Nous le savons, l'Europe va être confrontée au cours des décennies à venir à des flux migratoires très importants. Le continent africain verra, à l'horizon 2050, sa population doubler, avec 2 milliards et demi d'habitants. Les conflits armés, l'évolution climatique, risquent d'envoyer des centaines de milliers de personnes sur les axes migratoires. Parallèlement, nous mesurons aujourd'hui sur notre sol national les conséquences dramatiques de 50 ans de politique migratoire.

L'intégration est un échec absolu. Nous n'arrivons plus à assimiler les étrangers qui arrivent sur notre sol à la nation française. Le communautarisme et la ghettoïsation de certains territoires en sont la conséquence directe.

Face à ces défis nationaux et internationaux, nous avons un devoir : réduire l'immigration. Réduire l'immigration légale, et combattre sans relâche l'immigration illégale. Pour cela, il faudra une volonté politique forte. C'est celle que nous avons affirmé cette semaine avec Laurent Wauquiez lors de la convention immigration des Républicains.

Le projet de loi du gouvernement se contente de petits ajustements, en rien à la hauteur de la gravité du moment. J'ajoute qu'au-delà du contenu du texte, je suis extrêmement inquiet par les non-dits du gouvernement. Nous avons appris au début de la discussion qu'un pacte caché de régularisation aurait été conclu entre le Ministre de l'Intérieur et les députés LREM. On parle de 30 à 40.000 de régularisations de clandestins concédées à l'aile la plus à gauche de LREM. On parle aussi d'une nouvelle proposition de loi pour les mineurs étrangers qui déconstruirait ce que la loi d'aujourd'hui pourrait mettre en place. Une fois de plus, on est dans la même méthode : le gouvernement a ouvert le robinet d'eau tiède. C'est le "En même temps" qui règne. Un petit pas en avant, un petit pas en arrière. Au final, c'est l'immobilisme qui domine.

La surenchère sécuritaire dans les mots peut-elle suffire à convaincre qu’avec Les Républicains, les choses seraient gérées de manière très différente ? N’y a-t-il pas aussi un problème de culture dans l’application des lois en France autant qu’un besoin de renforcement permanent de l’arsenal législatif ?

Il n'y a aucune surenchère dans nos propositions et dans nos mots. Il y a simplement, face à un constat d'une situation très dégradée, la volonté d'agir enfin sans tabou et avec pragmatisme. Bien sûr, nous avons un travail de conviction à effectuer auprès des Français, pour qu'ils aient la garanti que demain, s'ils nous font confiance, ces mesures seront appliquées et qu'elles changeront le cadre d'action.

Il faut que cette certitude soit au rendez-vous. C'est à notre famille politique, et à elle seule, qu'incombe cette responsabilité. Ce ne sont évidemment pas les extrêmes qui peuvent conduire le changement. Ce n'est pas le pouvoir, enfermé dans la communication marketing impuissante. Ce n'est pas le président de la République qui ne parle pas à la France mais à des communautés et des catégories marketing. C'est aux Républicains d'assumer cette lourde responsabilité. Nous devons avoir conscience de cet enjeu.  

Le récent sondage Ifop pour Paris Match est très sévère pour Laurent Wauquiez qui n’obtiendrait que 8% au 1er tour de la présidentielle. Pourquoi selon vous la stratégie des LR ne fonctionne-t-elle pas auprès des Français et pas non plus auprès des électeurs de droite qui sont nombreux à se tourner vers Emmanuel Macron ?

Ne pas être donné vainqueur à quatre ans de l'échéance par un sondage est plutôt un très bon signe si on se réfère aux exemples du passé. Jamais un sondage n'a donné le sens d'une élection, y compris pour Emmanuel Macron, qui à un an du scrutin obtenait entre 8 et 10% dans les enquêtes d'opinion. Alain Juppé a été pendant trois ans présenté comme le futur président, élu et proclamé. On voit comme cela s'est terminé.

Ces sondages n'ont aucun sens. Je préfère regarder les élections législatives partielles où les Républicains ont montré que les Français étaient près à nouveau à se tourner vers eux. Nous avons gagné largement, nous avons reconquis une circonscription, et nous avons très largement augmenté nos résultats par rapport à juin là où LREM s'est effondrée.

Mais je suis aussi le premier à dire qu'il nous reste beaucoup de travail à faire. Nous avons failli disparaitre, Mais nous sommes debout. Debout, forts de nos convictions, de nos valeurs, auxquelles nous sommes restées fidèles, les valeurs de la droite républicaine Qui pour moi se résument en deux piliers : la liberté et l'autorité.

Et en ce sens, Laurent Wauquiez a entrepris un formidable travail de reconstruction. Ce travail, j'appelle tous ceux qui sont attachés à l'avenir de notre pays à l'effectuer avec nous.

Y a-t-il un sens à avoir une ligne qui ressemble à la fameuse ligne Buisson héritée de l’ère Sarkozy alors que Patrick Buisson lui-même semble désormais se tourner plus vers le FN et Marion Maréchal-Le Pen ? D’autant que toute démonétisée qu’elle puisse paraître, Marine Le Pen ferait un bon score à la présidentielle selon le même sondage IFOP ?

Nous n'avons aucune utilité à nous référer à d'autres, ou à choisir des références extérieures. Notre famille politique ne doit pas se soucier de ce que disent les uns les autres. Notre feuille de route est claire : être fidèle à nos valeurs et nos convictions, servir la France et bâtir un projet d'alternance.

Je ne tomberai dans aucun des pièges que veulent nous tendre nos adversaires. Nous n'avons rien à voir avec le Front National, et les Français doivent mesurer que le FN est une impasse. Et que tout vote FN offre un peu plus la garantie à M. Macron de se maintenir demain au pouvoir.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 22/04/2018 - 15:39 - Signaler un abus Ouais

    C'est peut être vrai mais...quand c'est Ciotti qui dit cela , on croirait entendre Bourvil dans l'eau ferrugineuse! Hain heu...Macron n'est il pas un homme de fer...non l'homme Deferre c'était Gaston pas baston !

  • Par cloette - 22/04/2018 - 20:25 - Signaler un abus bonne analyse de Eric Ciotti

    Non Kelenborn, il ressemble à Raimu dans César .( enfin avec un peu d'imagination )

  • Par cloette - 22/04/2018 - 20:45 - Signaler un abus autoritarisme

    mais surtout com et markéting .

  • Par gerint - 23/04/2018 - 00:06 - Signaler un abus Macron est au service de prédateurs

    Qui l’ont mis à la tête du pays pour l’asservir

  • Par vangog - 23/04/2018 - 13:11 - Signaler un abus Surenchère laxiste de Macrouille...

    eut été plus adapté à la situation de la France gauchiste. Mais ils ont tout inversé, les petits

  • Par zoize34 - 23/04/2018 - 15:47 - Signaler un abus Merci Mr Ciotti...

    Vos propos me font du bien et j'y adhère à 100% mais je ne suis pas sûre que cela suffira à nous débarrasser de macron dans 4 ans malheureusement! Mr Wauquiez n'est pas Nicolas Sarkosy loin s'en faut, et il faudrait que les LR arrêtent de regarder chacun leur nombril, il faut rassembler surtout sur la droite-droite et pas avec la tiédeur des Pécresse, Juppé, et autres prêts à se soumettre à macron!

  • Par vangog - 23/04/2018 - 22:51 - Signaler un abus Savez-vous qu’à l’Assemblée Nationale...

    les ripoublicains ont voté contre l’amendement du Front National réclamant l'abrogation du droit du sol?...et Éric Ciotti a voté comme un seul homme...contre! Les Mahorais remercient E.Ciotti pour sa collaboration...

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Eric Ciotti

Eric Ciotti est député Les Républicains. Il a été président du conseil départemental des Alpes-Maritimes de 2008 à 2017. Il est également questeur de l'Assemblée nationale.

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