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Les épines du rosier
1) Comment la gauche et ses privatisations ont affaibli économiquement la France

Dans un pamphlet qu'Atlantico publie en feuilleton et alors que François Hollande fait figure de favori des sondages, Roland Hureaux a souhaité faire le point sur les grandes lignes des politiques passées et à venir des socialistes.

Pamphlet

Publié le - Mis à jour le 23 Avril 2012

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La part prise par les gouvernements socialistes dans l’affaiblissement économique de la France au cours des vingt dernières années est considérable.

Faut-il rappeler quelques indicateurs de ce déclin ? La croissance du PIB par habitant est, depuis deux décennies, plus faible que celle de la plupart des autres pays développés, en particulier les États-Unis ; le commerce extérieur, qui était équilibré en 1997 est aujourd’hui déficitaire de 69 milliards d’euros. La part française dans la valeur ajoutée industrielle de l’Union européenne est tombée à 11,1 %, au quatrième rang derrière l'Allemagne : 25,5 %, le Royaume-Uni : 14,9 % et l'Italie : 13 %.

Derrière la sécheresse de ces chiffres se trouve la persistance d’un volant de chômage dit structurel depuis environ vingt ans, qui signifie concrètement que deux ou trois millions de personnes ont pris peu à peu l’habitude de vivre d’aides sociales. Elles se sont découragées de chercher du travail. C’est dégradant pour leur dignité, cela alourdit les charges de la nation, cela signifie aussi que le potentiel du pays n’est pas utilisé à plein.

Nous nous garderons cependant de faire un faux procès. Quelques critiques que l’on porte sur le programme de nationalisations étendu du premier gouvernement Mitterrand en 1981, il n’est pas en cause dans cet affaiblissement. Les principales sociétés industrielles alors nationalisées (Rhône-Poulenc, Péchiney, Saint-Gobain, Thomson, Usinor-Sacilor) ont été reprivatisées à partir de 1986. Rien ne permet de penser que durant ce séjour dans le giron de l’État, elles aient perdu de leur valeur, au contraire. Pas davantage les banques d’affaires. Les scandales auxquels ont donné lieu des sociétés comme Elf n’ont pas remis en cause leur compétitivité. Nous n’en dirons pas autant du Crédit lyonnais qui, lui, était société publique depuis 1945 et dont la gestion calamiteuse par des administrateurs issus de la gauche a abouti à une faillite retentissante

Mais quand les socialistes sont passés, à partir de 1997, de la nationalisation à la privatisation, ils n’ont plus connu de mesure : d’emblée le gouvernement Jospin (1997-2002) a privatisé plus que ne l’avaient fait les gouvernements Balladur et Juppé (1995-1997). Cette mutation résulte d’abord du changement de l’air du temps ; elle a été facilitée par la baisse d’influence du Parti communiste.

Parmi les privatisations opérées par Jospin, celle scandaleuse de l’Aérospatiale : l’industrie aéronautique, grâce au puissant élan donné par l’État  dans les années 1950 et 1960, était un des fleurons de l’industrie française. Elle a été intégrée au consortium franco-allemand EADS, où l’Allemagne détient 50 % des parts, alors que la France disposait d’au moins 75 % du savoir-faire. Quelle fut la motivation d’une opération aussi calamiteuse pour notre pays ? Certes le chantage allemand menaçant de s’allier avec British Aerospace exigeait que la France fasse une offre avantageuse, mais l’idée a prévalu chez les principaux dirigeants socialistes que les intérêts nationaux étaient dépassés, que la France devait donner l’exemple de l’esprit européen en partageant généreusement son savoir-faire. L’Allemagne a profité de cette aubaine pour reconstituer son industrie aéronautique, au premier rang au temps de Messerschmitt, et prudemment mise à bas par les Alliés en 1945. Inutile de dire que cette générosité (au mépris des ouvriers français) ne fut pas payée en retour : l’Allemagne n’a jamais consenti à partager de quelque manière ses acquis dans les secteurs où c’était elle, au contraire, qui était en avance.

Autre désastre sectoriel : le nucléaire. Bien que distinct des Verts, le Parti socialiste s’est laissé imprégner au fil des ans par la mentalité écologiste hostile à l’énergie nucléaire. Mais, comme il n’est pas question que ce parti adopte une attitude radicale, qui serait la seule cohérente, celle du refus du nucléaire, il se contente de demi-mesures, dont certaines furent extrêmement coûteuses. En 1981, François Mitterrand se contenta de renoncer au projet de centrale de Plogoff qui, pourtant, aurait donné à la Bretagne son autonomie énergétique. Mais, en 1998, Jospin prit une décision bien plus grave, celle d’arrêter le surgénérateur Superphénix de Creys-Malville, prototype industriel de la filière à neutrons rapides. Le démantèlement de ce site, qui avait couté 6,2 milliards d’euros, s’étalera jusqu’en 2027, et coûtera, lui, 2,5 milliards supplémentaires. C’est aussi ce genre de décision qui contribue à l’affaiblissement de notre capacité industrielle.

La suite demain...

 
Commentaires

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  • Par Charles25 - 17/04/2012 - 09:29 - Signaler un abus Quand le PS est plus à droite

    Quand le PS est plus à droite que la droite, il ne faut pas s'étonner que les gens se détournent de lui.

  • Par brennec - 17/04/2012 - 09:54 - Signaler un abus Nostalgique d'une économie adminsitrée... manque plus qu'un plan

    Plaidoyer d'un étatiste constructiviste, très engagé dans la fonction publique. Ce que les libéraux appellent un homme de l'état. Je ne suis pas du tout certain que les banques nationalisées n'ont pas eu a patir des errances gouvernementales. La dernière en date étant Dexia. Pour ce qui concerne l'aerospatiale on ne voit pas qu'elle ait pâti de la privatisation. On imagine mal que la france seule aurait pu tailler des croupières a Boeing. Ce Monsieur est certes déçu de voir que son jeu de mécano s'est notablement rétréci, mais ce n'est certainement pas ce que moi je reprocherais a Mr Jospin.

  • Par Charles25 - 17/04/2012 - 10:20 - Signaler un abus Très bon exemple que Dexia,

    Très bon exemple que Dexia, banque privatisée qui s'est royalement vautrée.

  • Par Babeux - 17/04/2012 - 11:41 - Signaler un abus Ouhlala

    Ouhlala ça fait peur hein, manque plus que les chars russes sur les Champs.... On a vraiment la droite la plus bete du monde, au lieu de regarder la réalité de l'echec de sarko 2007, et d'aller de l'avant en proposant une politique cohérante on agite les drapeaux qui n'ont pas empéchés Miterant d'être élu (2 fois).

  • Par Harmaggedon - 17/04/2012 - 11:53 - Signaler un abus mais...

    l'URSS, la RDA, bon nombre de pays de l'Est, ne se sont-ils pas "vautrés", en raison de leurs entreprises étatiques ?

  • Par Joséphine - 17/04/2012 - 16:12 - Signaler un abus 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012

    "La part prise par les gouvernements socialistes dans l’affaiblissement économique de la France au cours des vingt dernières années est considérable." Il faudrait dire: au cours des 20 dernières années moins les 10 dernières! M. Hureaux néglige juste une chose: la gauche n'est plus au pouvoir depuis 10 ans. 10 ans ,c'est très long.

  • Par Charles25 - 17/04/2012 - 16:34 - Signaler un abus Les pays de l'est se sont

    Les pays de l'est se sont vautrés en raison de la dictature et d'un système économique inepte, pas à cause d'entreprises nationalisées. Les pays financiarisés suivent la même voie en persévérant dans un système économique absurde.

  • Par Indigène Indigné - 17/04/2012 - 16:44 - Signaler un abus Et l'héritage caché des socialos

    La lepénisation, la communautarisation et l'islamisation. Il ne faut absolument pas oublier cet héritage de la fin des années 80 début 90. Et ils n'ont toujours pas tiré les conséquences du vote raciste du 21 avril. Concernant airbus, Jospin a forcé la main aux grands patrons et quand ils se sont retirés de l'affaire, les gauchistes sont venus crier au délit d'initié ! Alors que la politique commerciale d'eads est nulle. Ils ne vendent quasiment plus que des petits avions aujourd'hui, des A320. Le choix de l'A380 et ses retards et la redifinition de l'A350 (unique dans l'aéronautique mondiale) révèlent bien le type de gestion en oeuvre. En ce qui concerne le nucléaire, l'arrêt de Superphoenix nous prive d'un moyen de "brûler" le plutonium issu de la combustion de l'uranium ainsi que celui des armes désactivées. Et des hordes de gauchistes se jettent sur les routes, s'attachent aux voies de chemins de fer quand il s'agit de le faire recycler, tout en faisant surexploser le coût de ces transports. Et de tels démagos qui se tiennent prêts à prendre le pouvoir ? ? ?

  • Par golvan - 17/04/2012 - 16:59 - Signaler un abus Avec un tout petit peu

    Avec un tout petit peu d'honnêteté il faudrait reconnaître que nous vivons la fin de la social-démocratie en Europe de l'Ouest, fin annoncée dès la chute du Mur de Berlin. Quelqu'un est-il capable de discerner précisément la différence de politiques économiques entre la supposée droite et la supposée gauche depuis 1981 ? L'ignoble Mitterrand, vieille baderne menteuse était-il un homme "de gauche" ou la quintessence du vieux bourgeois cynique et arriviste, totalement incompétent en matière économique ? Et Chirac a-t-il le moins du monde infléchi la politique redistributrice et la courbe des déficits ? Depuis trente ans, chaque année, les prélèvements obligatoires ont augmenté, et ils augmenteront assurément dès le lendemain des législatives, droite ou gauche au pouvoir. Seules les contraintes extérieures, même douloureuses, pourront inverser le phénomène. Il faut souhaiter qu'une Europe fédérale impose une convergence fiscale et sociale à ses membres, parce que rien ne pourra sortir de positif des politiciens français, gauche et droite confondues.

  • Par ZOEDUBATO - 17/04/2012 - 17:28 - Signaler un abus La catastrophe c'est l'incompétence économique de la gauche

    La privatisation est une bonne chose en soit car elle rend aux citoyens des biens confisqués par un parti politique et la fonction publique. La catastrophe c'est le manque complet de compétence économique de la gauche qui a utilisé une bonne partie de l'argent de la privatisation pour payer des dépenses courantes et créer encore plus de postes inutiles pour leurs militants dans la fonction publique. Ces privatisations auraient du servir dans leur totalité à rembourser la dette et/ou à investir pour créer des emplois économiquement rentables

  • Par ThewThew - 17/04/2012 - 19:28 - Signaler un abus Superphénix, l'éternel regret des vieux croulants

    "Mais, en 1998, Jospin prit une décision bien plus grave, celle d’arrêter le surgénérateur Superphénix de Creys-Malville, prototype industriel de la filière à neutrons rapides." Superphénix n'a jamais marché, et n'aurait jamais marché, pour une foule de raisons industrielles et techniques. Le fermer n'était pas si aberrant. Jospin a fermé spx d'une main, mais a créé Areva de l'autre, numéro 1 mondial du nucléaire ne l'oublions pas... entreprise soigneusement bousillée par la non-politique industrielle de Sarkozy. J'ensais quelque chose...

  • Par veryliberalguy - 18/04/2012 - 14:09 - Signaler un abus "(...) deux ou trois millions de personnes ont pris peu à peu

    l'habitude de vivre d’aides sociales." C'est vrai hélas, j'en ai des exemples comme ça dans l'immeuble où j'habite. Le problème est que les gens votent à gauche ou bien parce qu'ils sont fonctionnaires et souhaitent conserver leurs privilèges, ou bien parce qu'ils veulent avoir plus d'aides sociales, car cumuler à un travail à temps partiels et/ou ayant des enfants en bas âges (allocations possible attribuées jusqu'à l'âge de leur 21 ans), ils gagnent plus qu'en travaillant à temps plein. La gauche française à tort de dire que les valeurs d'efforts, de travail, de responsabilité individuelle, sont des valeurs de droite. Je crois en une gauche social-libérale, moderne, ne confondant pas protection social avec assistanat. Je ne pourrais pas voter pour une gauche française, pour l'instant du moins, tant qu'il n'aura pas de réforme idéologique réelle. J'aurais l'air de vouloir passer pour un assisté.

  • Par mateo62 - 18/04/2012 - 16:41 - Signaler un abus Laborieux Mister Hureaux

    Commencer son article par des indicateurs montrant la contreperformance du pays à date, alors que la droite est au pouvoir depuis 10 ans, pour dénoncer la contribution du PS et de la gauche, est pour le moins étrange. Ca rame ! S'avancer de droite et remettre en cause des privatisations montre si besoin en était que notre droite est tout sauf libérale. Colbertiste, étatiste, dirigiste bien plus sûrement. Rivalisant ainsi avec la gauche. Tiens une piste pour l'après Hollande et la refondation.

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Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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