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Les épines du rosier 12) Comment la gauche a mené l'Education nationale à la dérive

Dans un pamphlet qu'Atlantico publie en feuilleton et alors que François Hollande fait figure de favori des sondages, Roland Hureaux a souhaité faire le point sur les grandes lignes des politiques passées et à venir des socialistes. 12ème épisode : La politique de la gauche en matière d'éducation.

Pamphlet

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Il y a longtemps que la gauche tient l’éducation nationale, avec plus ou moins l’accord du reste de l’arc politique, pour sa chose.

Plusieurs raisons à cela. D’abord l’héritage des Lumières. Faire progresser la société en diffusant les Lumières dans le peuple : quoi de plus conforme aux idéaux de la gauche ?

Ensuite l’histoire, ou du moins la lecture qu’en a imposée l’idéologie socialiste : l’école, grand œuvre de Jules Ferry et des grands républicains de la génération de 1880 – ce qui occulte le fait que la Révolution avait désorganisé l’éducation populaire, que la loi Guizot (1833) avait déjà conduit à une scolarisation d’au moins 80 % des enfants, que Jules Ferry et les siens ne remettaient nullement en cause le monopole de la bourgeoisie dans l’enseignement secondaire et supérieur. La démocratisation de ce dernier doit en revanche beaucoup, c’est une justice à lui rendre, à un homme politique socialiste injustement décrié, Guy Mollet. Elle devait se réaliser en grand dans les années soixante.

Troisième connivence : la couleur politique de la majorité des membres de l’institution, non seulement les enseignants, en majorité orientés à gauche (dans une proportion d’environ 2/3) et surtout l’appareil de la rue de Grenelle, de l’inspection générale aux grands syndicats dont le poids s’exerce lourdement sur les politiques menées par ce ministère, que le gouvernement soit de droite ou de gauche.

Ces accointances historiques entre la gauche et la grande tache éducative ne devraient cependant pas occulter ce fait massif : si l’opinion ressent, à juste titre, une dégradation de la machine éducative française, que le classement Pisa de l’OCDE met en valeur[1], et qui se traduisent par un retour de l’illettrisme à un niveau qui n’est pas si éloigné de ce qu’il était sous la Monarchie de Juillet, c’est principalement à la gauche qu’on le doit.

On retrouve, en ce domaine comme en d’autres, le traditionnel primat de l’idéologie sur les faits qui caractérise les politiques de la gauche, pas seulement marxiste.

Dans le légitime et massif mouvement de démocratisation de l’enseignement lancé après la guerre, deux virus, d’abord anodins mais qui devaient se révéler avec le temps profondément destructeurs, se sont infiltrés, jusqu’à en annihiler une partie des effets.

Le premier est celui du faux égalitarisme.

Le plan Langevin Wallon élaboré en 1947 par des universitaires membres du parti communiste fixait l’objectif d’une filière unique (ou tronc commun) pour tous les élèves de l’enseignement primaire et du premier cycle du secondaire. On peut dire que ce plan est depuis 60 ans la charte de l’éducation nationale.

Au départ, le tronc commun avait pour but de donner les mêmes chances aux enfants des différentes classes sociales et à cet égard, il était justifié. Jusqu’en 1965, le secondaire comprenait en effet trois filières : les uns restaient à l’école élémentaire jusqu’au certificat d’études, les autres allaient au collège d’enseignement général, puis à l’École supérieure, les autres au lycée. Les options étaient analogues dans l’enseignement privé. Une seule filière désormais : l’école élémentaire (11e-7e), puis le collège (6e-3e), puis le lycée (2e-Terminale). La démocratisation devant être aussi une promotion. L’âge limite de la scolarité obligatoire fut porté dès 1959 de 14 à 16 ans (en attendant 18 ou 20).

Le système dériva dès lors qu’on considéra qu’il fallait mettre dans les mêmes classes, non seulement les élèves de différentes origines sociales mais encore de différents niveaux, vocations ou goûts. C’est ce qu’accomplit la réforme Haby (1975), du nom du ministre de l’éducation nationale de Giscard.

À tout le moins restait-il des différences de rythme : les moins à l’aise pouvaient redoubler. La réforme Jospin de 1989 interdit pratiquement cette possibilité. Il fut acquis que tout le monde devait avancer sur le même chemin et du même pas, qu’il ait assimilé ou non ce qu’on lui avait enseigné.

 De même, les diplômes techniques furent-ils peu à peu alignés sur le modèle du baccalauréat : tout dernièrement le bac technique en quatre ans a été, dans un but d’uniformité, ramené à trois.

La situation du lycée professionnel, déjà malade, s’est aggravée avec la suppression des écoles normales d’apprentissage (en 1991) et des classes technologiques des collèges : au lieu d’anciens ouvriers face à des élèves se sachant destinés à l’être, on voit désormais des professeurs à bac + 7 face à des paumés : confrontée à une telle situation, une enseignante s’est récemment suicidée par le feu à Béziers.

Mettre dans le même moule et faire avancer au même rythme des élèves de niveaux et aptitudes très différents multiplie les effets pervers : ceux qui ne suivent pas n’ont aucun moyen de se raccrocher (malgré le développement récent de devoirs assistés, publics ou privés) ; les moins doués vivent l’école comme une source d’humiliation permanente, voire comme un bagne. Ils prennent l’habitude au fil des ans d’écouter sans comprendre, ce qui n’est pas la meilleure manière de former des citoyens.

 
Commentaires

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  • Par laurentso - 28/04/2012 - 09:43 - Signaler un abus Roland Hureau a raison!

    Marre des gauchistes qui gouvernent la France depuis dix ans! Moi je voterai Sarkozy. C'est un homme neuf, qui a des idées nouvelles pour la France. Certes, il manque un peu d'expérience car cela fait longtemps qu'il n'a pas été associé au pouvoir, mais il est le seul à nous sortir du pouvoir de la Gauche que nous subissons depuis trop longtemps ! J'espère qu'il prendra Roland Hureau comme porte-parole. Du style, de la pertinence, un ton pamphlétaire comme on n'en fait plus depuis Henri Rochefort! D'ailleurs vous avez remarqué, les gauchistes n'ont jamais su quoi lui répondre, il leur a claqué le beignet à cette bande de fainéants assistés islamo-gauchistes. Ah non, ça c'est Goldnadel, je confonds toujours.

  • Par Harmaggedon - 28/04/2012 - 12:02 - Signaler un abus le pire....

    n'est-ce pas la réforme Jospin et ses 80% de bacheliers par classe d'âge ? En effet, ce n'est pas à une démocratisation de l'enseignement à laquelle nous avons assisté, mais une massification. Comment ne pas comprendre, que pour tenir le "pari", il ait fallu abaisser le niveau des examens, tout en abaissant la rigueur de la correction ? Quand on interdit aux correcteurs d'enlever des points, dans une dissertation de français ou de philo, pour des fautes de français, pour des fautes de grammaire, n'est-ce pas abaisser la rigueur? Et en même temps, n'était-il pas prévisible qu'avec ces 80% de bacheliers, si l'on n'y associait pas une forme d'orientation sélective, à défaut de sélection, ce serait le nombre d'étudiants en facs qui allait littéralement exploser ? Voyez le nombre d'étudiants, sans aucune idée quant à un possible avenir professionnel, qui s'inscrivent dans la première fac venue (parce que la porte était ouverte et la lumière allumée ?)... Combien de milliers de jeunes sortent chaque année universitaire, sans diplome, sans savoir faire ? Et tout cela au détriment d'une formation professionnelle qu'aurait pu dispenser des entreprises !

  • Par guigou - 28/04/2012 - 12:19 - Signaler un abus Hureaux président

    Il sait tout, il comprend tout, il a des solutions pour tout, pourquoi Hureaux n'est-il pas président ?

  • Par Valdenaire - 28/04/2012 - 12:23 - Signaler un abus Tout de même

    ll reste tout de même encore les CFA (centre de formation des apprentis) à partir de quinze ans ainsi que les classes de collège "prépa pro" ou à "découverte professionnelle" qui sont accessibles dès la quatrième.

  • Par golvan - 28/04/2012 - 14:42 - Signaler un abus @laurentso@guigou

    Votre commentaire a-t-il un rapport avec l'article ? Pourriez vous argumenter sur les points évoqués, parce qu'il paraît que vous argumentez d'habitude.

  • Par Diego - 28/04/2012 - 17:28 - Signaler un abus @golvan

    le but des laurentso et autres n'est pas d'argumenter mais de troller et de polluer les sites comme Atlantico.

  • Par laurentso - 28/04/2012 - 17:36 - Signaler un abus Eh Golvan le donneur de leçon !

    Quand dans un texte, on lit ceci : "Officiellement, il s’agit de former les nouveaux enseignants aux méthodes pédagogiques, ce qui se traduisit la plupart du temps par deux ans d’idéologie abrutissante. En fait, il s’agissait aussi d’assurer la perpétuation d’un vivier d’hommes et de femmes propres à entrer au parti socialiste." Vous croyez qu'on a envie de répondre sérieusement ? Tout individu normalement constitué se contente de hausser les épaules ou de pouffer.

  • Par guigou - 28/04/2012 - 19:03 - Signaler un abus besoin de commenter ?

    Moitié de l'article nous parle de la politique actuelle, qui, il me semble, a été menée par l'UMP. Mais à quoi sert-il de discuter avec vous, golvan ou diego ? Vous ne savez que recracher le fiel prêt à penser.

  • Par golvan - 28/04/2012 - 20:02 - Signaler un abus @guigou

    En tant qu'enseignant vous devriez répondre de façon au moins structurée, sans tomber systématiquement dans l'insulte. Pratiquement aucune mesure en terme d'Education Nationale n'a été menée par l'UMP. Et l'école actuelle est le résultat de longues années d'errances et de dogmatisme très peu imputables à la droite dont les membres se sont de toutes façons toujours arrangés pour protéger leur progéniture. Comme les caciques du PS d'ailleurs dont les enfants fréquentaient l'Ecole Alsacienne au même titre que ceux de l'UMP. Personnellement, ayant connu l'école publique du début des années 60 avec ses instituteurs pour lesquels j'avais beaucoup d'admiration, j'avoue que j'ai été abasourdi par la médiocrité de celle à laquelle j'ai confié mes 3 enfants dans les années 90. Mais bien sûr Meirieu était passé par là.

  • Par ricouti - 29/04/2012 - 00:25 - Signaler un abus Suggestions de thèmes pour la suite

    Comment la gauche a déclenché le raz de marée au japon à l'origine de fukushima. Comment la gauche a provoqué l’ère glaciaire Comment la gauche a précipité la Titanic au fond de l'océan Comment la gauche a dirigé un nuage de sauterelles en Afrique Comment la gauche pilote les cyclones aux USA Comment Atlantico a pris ses lecteurs pour des c...

  • Par germain - 29/04/2012 - 06:37 - Signaler un abus comment la droite a coulé la France de 2002 à 2012?

    pas un seul budget à moins de 3% de déficit (ce qui fait 1100 milliards de dette supplémentaires) et un déficit commercial de 70 milliards en 2011.

  • Par guigou - 29/04/2012 - 08:37 - Signaler un abus @golvan

    Je ne souhaite pas débattre avec des gens comme vous, nuala ou le gône car vos posts sont à 80% illustrés par des fantasmes véhiculés par le Figaro mais totalement faux. Vous discutez en vous appuyant sur des arguments imaginaires jamais étayés ni mesurés mais admis comme vrais par la droite. Preuve en est votre précédent post où vous affirmez que l'UMP n'a pris "pratiquement aucune mesure". La disparition de la formation, les changements de programmes discutables, la fin de la carte scolaire pour avantager le privé, la publication des résultats aus examens pour mettre en concurence les établissements, le ralentissement de la progression d'avancement des enseignants et j'en passe... Voyez, vous dissertez sans savoir, ce n'est pas du débat, c'est le café du commerce. Vous ressemblez au gros René qui soliloque au comptoir sur la reprise de l'économie son ballon de rouge à la main. Alors, non, je ne discute plus, je raille...

  • Par golvan - 29/04/2012 - 11:13 - Signaler un abus @guigou

    Vous confirmez exactement mes propos. Vous citez des mesures dérisoires en regard de 40 ans de main mise sur l'EN par le syndicalisme enseignant avec comme axe principal la destruction de l'école primaire par votre idole Meirieu lui-même disciple de Bourdieu. Vous êtes très probablement enseignant vous même et savez donc que les iufm n'ont jamais formé personne à l'enseignement pour la simple raison que ceux qui sont censés y "enseigner l'enseignement" ont tout fait eux-mêmes pour ne pas avoir d'élèves face à eux. Vous savez également que la promotion à l'ancienneté provoque le retour des enseignants commençant à maîtriser une classe vers la province dès qu'ils ont les points suffisants pour le faire. Que ce sont les jeunes enseignants inexpérimentés qui doivent affronter les classes des bantoustans des grandes villes. Et ça ce n'est pas le résultat de la disparition de la carte scolaire dont les enseignants, de droite ou de gauche, arrivaient toujours à dispenser leurs enfants, à coup d'options exotiques, créant des cartes Camif sur mesure. Il n'y a aucune réalité fantasmée dans ce constat. Répondez sur ces points au lieu d'insulter vos contradicteurs.

  • Par golvan - 29/04/2012 - 11:29 - Signaler un abus @guigou

    J'ajouterai que tout ce que vous citez et qui vous hérisse ne sont que des mesures qui concernent votre corporation. Il est normal qu'elles vous déplaisent mais elles ne concernent que les enseignants en tant que groupement d'intérêts, et pas forcément l'intérêt de la population française. C'est tout le problème d'enseignants de votre genre qui ont tendance à confondre leur intérêt avec celui de la population scolaire, alors que dans bien des cas ces intérêts ne sont pas convergents. Mais porter atteinte au corporatisme enseignant c'est forcément un crime contre l'humanisme, et préparer l'arrivée du fascisme. Je ne sais pas ce que vous enseignez, mais, à comparer mes interventions à celles de nuala, vous devez avoir subi l'école de Meirieu avec ses conséquences sur votre méconnaissance de l'orthographe. Quant au gros René que je ne connais pas, votre façon d'en parler est le parfait reflet de votre mépris du peuple qui caractérise les enseignants de votre genre, peuple qu'on évite de fréquenter, à coups de mutations hors banlieues.

  • Par guigou - 29/04/2012 - 13:38 - Signaler un abus Ramassi de clichés

    Vous illustrez là exactement ce pourquoi il est impossible d’argumenter ici. Vous vous érigez juge d’un milieu dont vous ignorez tout. Vos idées Zemmouriennes sont une longue litanie de clichés conservateurs. Désolé de vous l’apprendre, l’école de votre enfance qui vous manque tant n’existe plus, les élèves, et surtout leurs parents d’autrefois n’existent plus. Les enseignants n’ont plus de pouvoir ni d’autorité car les petits bourgeois bienpensants, de droite bien souvent, les méprisent et veulent leur apprendre leur métier. Le problème de l’école, c’est que tout le monde croit en être un expert car il l’a fréquentée. Vos arguments datent d’il y a 15 ans et presque aucun enseignant n’échappe à la carte scolaire, ils n’ont pas les moyens de s’acheter des studios en centre-ville comme le fait la bourgeoisie de l’UMP pour choisir son collège. Les enfants d’enseignants vont dans leur collège de secteur, qui est souvent dans un établissement lambda. La blague des options ne fonctionne plus. Vous êtes à côté de la plaque car vous résonnez sur des approximations idéologiques grossières issues du passé.

  • Par golvan - 29/04/2012 - 19:12 - Signaler un abus @guigou

    Donc vous êtes bien enseignant, c'est une évidence, et un enseignant qui ne veut pas entendre quoi que ce soit d'autre que son catéchisme d'enseignant. D'ailleurs ce que j'écris vous met tellement en colère que malgré vos belles résolutions de ne pas répondre vous ne pouvez vous en empêcher en retombant dans l'insulte. Ce ne sont pas les petits bourgeois, classe à laquelle vous appartenez sans apparemment le savoir, qui méprisent les enseignants ni d'ailleurs qui que ce soit, mais à force de se plaindre constamment de leur infortune sans démissionner massivement, le "corps des enseignants" perd beaucoup de sa crédibilité. Vous ne répondez d'ailleurs pas au sujet des jeunes enseignants qui travaillent péniblement dans les zones difficiles alors que leurs glorieux aînés leur refilent le bébé. Quant à la destruction de l'école primaire, je l'ai vécue en direct, sans doute avant votre naissance. J'ajoute que je n'ai pas de nostalgie mais que j'apprécierais que les toutes les erreurs dues à votre idéologie bornée soient reconnues comme telles alors que vos posts d'enseignant aigris prouvent que ça n'est pas demain la veille. Pour le reste c'est vrai, les enfants ont changé.

  • Par protagoras - 02/05/2012 - 10:24 - Signaler un abus Taisez-vous

    @guigou Elisabeth, taisez-vous ! Vous êtes aussi insupportable que votre homonyme, cette grande bourgeoise qui se fait élire par des voix d'extrême gauche. Vous partagez tellement sa mauvaise foi que vous paraissez être son clone.

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Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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