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Épidémie mondiale d’obésité : ce qu’on en comprend, ce qui reste mystérieux

La revue médicale Lancet a communiqué les résultats de sa dernière étude sur l'obésité : près de 2.1 milliards de personnes sont concernées par cette pathologie, soit presque un tiers (30%) de la population mondiale. Un constat qui a de quoi alerter.

Obésité morbide

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Épidémie mondiale d’obésité : ce qu’on en comprend, ce qui reste mystérieux

La souris à droite de la photo est victime du gène "ob" qui la rend obèse. Crédit Reuters

Atlantico : L'obésité touche aujourd'hui près de 2.1 milliards de personnes, soit 30% de la population mondiale d'après une étude (voir ici) publiée par la revue médicale Lancet. Aujourd'hui, quels sont les aspects de l'obésité que la science peut expliquer mais également ceux sur lesquels persistent des zones d'ombre ? 

Gérard Dine : La première chose qu'il est important de dire, c'est qu'il s'agit d'un chiffre effrayant. D'un chiffre effrayant, mais également d'un chiffre particulièrement douloureux pour les médecins.

En un siècle, nous sommes passés d'une période de disette – au sens originel du terme – généralisée et durant laquelle une grande partie de la population était confrontée à un manque à une véritable épidémie d'obésité.

Concernant ce que la science est aujourd'hui capable de dire vis-à-vis de cette dite épidémie, c'est parfois plus compliqué. On sait que, génétiquement parlant, l'homme est un chasseur-cueilleur. Il y a 15 000 ans, l'essentiel de notre alimentation provenait de ces deux activités, ce qui résultait sur un manque en termes d'apport de protéines, tandis qu'on mangeait énormément de végétaux. Bien évidemment, l'arrivée de l'agriculture et de l'élevage ont provoqué quelques évolutions, mais globalement nous avons conservé un code génétique relativement similaire aujourd'hui. A ceci près que l'on mange beaucoup plus. D'une manière nettement moins équilibrée. Les protéines, qui nous sont indispensables et dont on a cruellement manqué jadis, sont devenues beaucoup plus accessibles, de même que les glucides et les lipides – soit les sucres et les graisses.

La situation a fondamentalement changé en un siècle : on mange trop, aujourd'hui, par rapport à la résistance que notre génétique a mise en place contre l'insuffisance. Cette inadéquation entre l'offre de nourriture tant en qualité qu'en quantité et nos besoins génétiques fait partie des facteurs que la science sait expliquer. Sachant qu'on progresse dans le séquençage du génome, on a de plus en plus de précisions sur ce genre d'aspects, y compris les prédispositions à des troubles métaboliques de cet ordre là. Parce que, oui, il existe évidemment des inégalités entre individus face à l'obésité, quand bien même tout cela ne peut pas expliquer ni légitimer cette épidémie. Certes, la génétique joue son rôle dans cette maladie, cependant, c'est d'abord et avant tout un processus comportemental. C'est là qu'il faut agir.

Cela va sans doute de soi, mais la science ne saurait pas tout expliquer : nous sommes toujours très épatés que certaines populations – comme les inuits ou les amérindiens – qui suivaient des régimes spécifiques ont pu, en 2 ou 3 générations, changer aussi radicalement morphologiquement. Il n'a fallu que quelques générations et un changement d'environnement alimentaire (les inuits, par exemple, avaient une alimentation exclusivement lipidique, pour lutter contre le froid) pour provoquer des conséquences catastrophique. Comment l'expliquer ? Cela fait parti des points qui restent incompréhensibles. Selon les différences ethniques ou raciales, il reste des choses que nous ne maitrisons pas.

La quantité de nourriture que l'on consomme peut-elle à elle seule expliquer l'augmentation de l'obésité ?

Il serait idiot de dire qu'elle ne peut pas fournir d'explication en tout cas. Plus la quantité alimentaire prise chaque jour est riche, et moins elle est dépensée, plus on créé les conditions d'une surcharge pondérale. L'être humain est ce qu'on appelle un mammifère supérieur, ce qui sous-entend qu'il est fait pour bouger. Je le disais tout à l'heure, mais nous avons la génétique de gens qui bougent beaucoup, tout en étant quotidiennement confrontés à un manque de protéines. Aujourd'hui, on tend à supprimer la dépense énergétique, tout en augmentant l'accès à ces protéines et aux grausses. Ca n'est évidemment pas bon. 

Il faut aussi prendre en en compte qu'à la quantité s'ajoute une qualité souvent déséquilibrée. Jetez un œil aux apports caloriques d'un burger avec des frittes. Il y a, évidemment, les protéines dont nous parlions tout à l'heure, mais un sérieux manque de nutriments de base comme les vitamines ou les oligoéléments. Sans oublier l'apport qualitatif anormal en graisses et en sucres. Or, pour les sédentaires que nous sommes devenus, cet apport est catastrophique. Et cette rupture dans l'équilibre est sans doute aussi importante à analyser que les conséquences qu'elle peut avoir – notamment l'apport quantitativement négatif.

Quel est le rôle joué par l'industrie agro-alimentaire dans cette prise de poids à l'échelle globale ?

Les compagnies agroalimentaires, dans les pays post-industriels, ont effectivement une attitude qui tend à favoriser la prise de poids. D'une part parce que c'est sûr la consommation qu'elle vit, et qu'il est donc logique qu'elle l'encourage par différents procédés. Prenons l'exemple de Coca-Cola. Boire un Coca-Cola entraîne l'envie d'un deuxième : il y a un aspect addictif, indépendant du sucre par ailleurs. Ce qui signifie que même si l'on diminue le sucre – au travers des Coca-Cola Light et Zéro – les gens continueront d'en boire. Et finalement, même en croyant boire quelque chose de plus sain pour eux, ils continuent à se gaver de sucre.

On vit aujourd'hui dans une société de consommation. L'alimentation était un besoin, qui change relativement selon les cultures et qui est marqué par la peur d'un manque resté dans nos gênes. Aujourd'hui, c'est devenu un objet de consommation comme un autre, notamment sous l'impulsion des compagnies agroalimentaires. A partir de là, on est en train de créer un nouvel aspect, qui tient de l'ordre du comportement – presque de la culture. Depuis une vingtaine d'année, le surpoids a été identifié aux Etats-Unis. A partir de quoi, une partie des compagnies alimentaires ont cherché à réagir. Plus que pour des raisons d'éthiques, c'était pour s'assurer que les gens continuerait  de consommer leurs produits.

 
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  • Par Karg se - 02/06/2014 - 11:56 - Signaler un abus Erreur

    "On sait que, génétiquement parlant, l'homme est un chasseur-cueilleur. Il y a 15 000 ans, l'essentiel de notre alimentation provenait de ces deux activités, ce qui résultait sur un manque en termes d'apport de protéines, tandis qu'on mangeait énormément de végétaux" Non, justement le régime paléo est riche en protéine et très pauvre en sucre lent comme l'amidon.

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Gérard Dine

Gérard Dine est professeur de biotechnologies à l’École Centrale de Paris, président de l'Institut Biotechnologique de Troyes et chef du service d'Hématologie et d'Immunologie de l'Hôpital des Hauts-Clos de Troyes.

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