Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 18 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

L’envie de croire à l’identité heureuse a-t-elle mené les juppéistes à une naïveté sur la nature d’un certain islam politique ?

Alain Juppé a incontestablement été victime d’une campagne de calomnie sur les réseaux sociaux. Pour autant, tout aussi louable que puisse être le désir d'une identité heureuse, il n'en reste pas moins un fantasme aujourd'hui. Un fantasme qui aura malheureusement aveuglé "le meilleur d'entre nous" sur la question pourtant primordiale de l'islam de France.

Taqqiya

Publié le - Mis à jour le 25 Novembre 2016
L’envie de croire à l’identité heureuse a-t-elle mené les juppéistes à une naïveté sur la nature d’un certain islam politique ?

Atlantico : François Fillon et Alain Juppé ont finalement remporté le premier tour de la primaire de la droite, ce 20 novembre dernier. Durant toute la campagne, le maire de Bordeaux a fait le choix de défendre et d'assumer son concept d'"identité heureuse", contre vents et marées. Pourtant cette idée, aussi respectable soit-elle, aurait-elle pu l'empêcher de constater certaines dérives de l'islam, notamment dans sa dimension politique ? 

Philippe d'Iribarne : Alain Juppé a toujours été droit dans ses bottes. Une fois qu’il a pris une position, il a du mal à admettre qu’il a pu se tromper. Concernant l’islam, il affirme que celui-ci n’a rien à voir avec ce qui s’accomplit en son nom. Pensons à ses déclarations à la suite des attentats de Charlie Hebdo : « il ne s’agit pas de stigmatiser une religion, l’islam, mais d’engager le combat contre […] des assassins sans foi ni loi. Je dis bien sans foi, car comment peut-on associer le mot de foi à celui de haine et à celui de mort ?

» (Propos rapportés dans Le Monde, 10 janvier 2015). On a là une vision théorique de la religion, considérée comme étant nécessairement un facteur d’amour et de paix, ce qui implique que tout ce qui ne va pas dans ce sens ne relève pas de la religion. Dans ces conditions, selon un impeccable syllogisme, puisque l’islam est une religion, ce qui n’est pas facteur d’amour et de paix n’est pas l’islam. Peu importe dès lors l’islam concret, le message véhiculé par le Coran (qu’Alain Juppé déclarait encore il y a peu n’avoir jamais lu), la vie du Prophète comme chef de guerre, l’absence de liberté de conscience dans les pays musulmans, etc. Du coup, ce qui est regardé comme étant le vrai islam est un islam embourgeoisé, un peu pot-au-feu, qui en prend et en laisse avec l’idéal de l’islam. Dans ce cadre de pensée, le rôle d’un islam militant, qui vise à prendre le contrôle des populations ayant des attaches musulmanes, à coup de pression morale, d’intimidation, et d’étendre le périmètre couvert par ce contrôle, entre entrisme dans les organisations syndicales, pression sur le contenu des enseignements, deals passé avec les maires des communes à forte présence musulmane, etc. tend à être invisible.

Malik Bezouh : Il est difficile de penser qu’un homme politique tel qu’Alain Juppé ait sous-estimé, par naïveté ou par méconnaissance, la réalité du jihadisme révolutionnaire que je préfère appeler takfirisme (courant intégriste aussi minoritaire que violent dont le principe est l’excommunication et l’imposition d’une certaine vision de l’islam par la terreur). En effet, Rappelons qu’Alain Juppé fut Ministre des Affaires Étrangères de 1993 à 1995, ce dans une période marquée par l’irruption du G.I.A algérien (Groupe Islamique armé) qui sema l’épouvante et la désolation en Algérie pendant près d’une décennie. Ce groupe, éminemment takfiriste, précurseur de DAECH, fut responsable du massacre de dizaine de milliers d’algériennes et d’algériens. La France, entre juillet et octobre 1995, sera à son tour marquée par la furie criminelle de cette phalange de la terreur : huit morts et environ deux cents blessés. Fin observateur, Alain Juppé avait compris, là où d’autres ne juraient que par l’option militaire pour éradiquer l’opposition islamiste armée algérienne, que, parmi les maquisards islamistes algériens se trouvaient certains éléments enclins au dialogue. Cette approche, pragmatique, s’avérera payante et conduira les autorités algériennes à ouvrir des pourparlers avec l’Armée Islamique du Salut, bras armée du Front Islamique du Salut, qui appèlera peu après à un cessez-le-feu... Rappelons de plus qu’Alain Juppé fut, tour à tour, ministre de La Défense en 2010 et ministre des Affaires Étrangères l’année suivante. Enfin, le candidat à la primaire, arrivé second au premier tour,, sait pertinemment qu’il existe une différence de taille ente l’islamisme classique, dit légaliste, et le jihadisme révolutionnaire. Le premier, rejetant toute forme de violence, s’est inséré sans encombre dans le jeu politique et institutionnel du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, de la Jordanie, du Koweït, etc. Le second, par essence, a érigé la l’ultra-violence en principe. Le G.I.A, hier, Boko Haram ou DAECH, aujourd'hui en sont les tristes incarnations. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vauban - 24/11/2016 - 09:05 - Signaler un abus Takiya Takiya

    Avant la dhimmitude

  • Par cloette - 24/11/2016 - 09:57 - Signaler un abus A côté du réel

    comme Hollande , Juppé et son identité heureuse.! Il faut vraiment être aveugle ou naïf pour dire une telle ineptie . Bien sûr " pas tous", là n'est pas la question, mais ne pas voir que les niqabs majoritaires dans de plus en plus de lieux, que les auteurs de ces massacres de masse ont tous le même profil bien de chez nous, ainsi que les partants au djihad en Syrie, est plus qu'un manque de jugeote...les enseignants des quartiers "difficiles" le savent bien eux,( ainsi que les policiers ) que l'identité n'est pas heureuse, et il aurait fallu mettre à la tête de l'Etat quelqu'un manquant de discernement à ce point là ?

  • Par pc85 - 24/11/2016 - 10:08 - Signaler un abus Merci Monsieur Iribarne.

    Puissent vos explications, plus que pertinentes, ouvrir les yeux de la majorité de nos concitoyens, qui comme Juppé, ne se rendent pas compte de ce qui se passe.

  • Par MIMINE 95 - 24/11/2016 - 10:36 - Signaler un abus "FONDAPOOL" ce mot me donne des nausées

    l'islam "DE" France....mais bien sûr !!!!! Je ne sais que penser de Malek Bezouh , réformiste-utopiste sincère ou "anesthésiste" en mission pour les frères musulmans. Une chose est sûre Malek Bezouh sait adapter son discours au public auquel il s'adresse : http://www.famillechretienne.fr/politique-societe/societe/malik-bezouh-des-freres-musulmans-a-l-amour-de-la-france-chretienne-184271). Monsieur Bezouh , que restera de l'islam, une fois qu'il aura perdu sa colonne vertébrale, la chasse aux mécréants et le désir au nom d'AL..H, d'imposer la dictature de l'islam au monde entier...? C'est peut être cela la première question à résoudre ? La perte de confiance des citoyens non musulmans de ce pays dans la capacité de l'islam à se fondre dans la république est immense et ce n'est pas à coups de discours lénifiants dont le fond tend à exempter "la religion" de sa responsabilité, et de salves de répression "de l'islamophobie supposée" que cette confiance pourra peut être s'établir. Pour le moment, je préfère l'analyse de Philippe d'Iribarne qui me semble un peu plus près de la réalité.

  • Par ikaris - 24/11/2016 - 11:49 - Signaler un abus Confusion entre la communication et le fond de la pensée

    On fait mine de confondre la communication et les convictions profondes dans cette double interview. Prenons Hollande : il n'arrête pas de nous dire que l'islam c'est très bien et les migrants aussi car politiquement ça correspond à son électorat. Mais dès qu'il est en privé, tout enfermé qu'il est dans sa tour d'ivoire élyséenne il reconnait la vérité : le livre "Un président ne doit pas dire ça le confirme". Juppé c'est la même chose : il a choisi un positionnement politique pour cette primaire qui lui fait nier la réalité de l'islam politique. La vérité (qu'il voit bien depuis sa gestion de la ville de bordeaux) il s'en contrefiche tant que ça n'est pas trop évident que ses propos sont du flan. Au temps du RPR il tenait des propos tout autre car son électorat cible était autre. On ne peut donc pas lui reprocher d'être aveugle mais uniquement d'être un menteur aveugle par l'électoralisme ... le même électoralisme qui lui fait donner les pires coups bas contre Fillon dans cet entre deux tours.

  • Par cloette - 24/11/2016 - 12:10 - Signaler un abus @ikaris

    Vous avez parfaitement , c'est pire que d'être naïf , beaucoup plus cynique .

  • Par cloette - 24/11/2016 - 12:15 - Signaler un abus mais j'ajoute

    que ici ce n'est peut être pas une cible électorale qui est le motif, mais un groupe de pression venu d'Europe? d'Amérique ? celui qui prône la mondialisation ,l'immigration qui sert si bien les multinationales, etc ...

  • Par ISABLEUE - 24/11/2016 - 13:43 - Signaler un abus Envoyez à Juppé cet article

    qu'il ouvre les yeux. Ou qu'il fasse semblant...

  • Par evinrude - 24/11/2016 - 15:12 - Signaler un abus En une phrase plusieurs inepties

    Juppé a déclaré qu’il faut aider l’islam en France à rattraper le christianisme en construisant autant de mosquées qu’il n’y a d’églises. Ceci révèle des altérations nombreuses de l’intelligence : en quoi est-ce un programme politique ? En quoi est-il nécessaire au bien de la France ? En quoi la logique du nombre de mosquées est-il pertinent ? Et le pire : sur le plan symbolique l’islam se revendique de tout temps et incréé, et donc veut nier et faire disparaître toute antériorité : Abraham, Moïse et Jésus sont considérés musulmans dans le Coran. Et Juppé ajoute de l’eau à un tel moulin (qui est potentiellement psychoticogène : nier la réalité temporelle humaine et historique). Autres contradictions : il accuse Fillon d’être flou et ambigu sur l’avortement et son rapport avec l’extrême-droite, mais il refuse de préciser ses accusations (mensongères). Il dit « programme contre programme », comme un invite à l’autre de s’en tenir à cela, puis passe aux procédés insidieux et pervers. Il a toujours le visage crispé et fermé mais parle d’identité heureuse et se dit serein. Il porte un masque social et est plein de ressentiments et de choses qu’il grade par devers lui.

  • Par evinrude - 24/11/2016 - 15:12 - Signaler un abus En une phrase plusieurs inepties

    Juppé a déclaré qu’il faut aider l’islam en France à rattraper le christianisme en construisant autant de mosquées qu’il n’y a d’églises. Ceci révèle des altérations nombreuses de l’intelligence : en quoi est-ce un programme politique ? En quoi est-il nécessaire au bien de la France ? En quoi la logique du nombre de mosquées est-il pertinent ? Et le pire : sur le plan symbolique l’islam se revendique de tout temps et incréé, et donc veut nier et faire disparaître toute antériorité : Abraham, Moïse et Jésus sont considérés musulmans dans le Coran. Et Juppé ajoute de l’eau à un tel moulin (qui est potentiellement psychoticogène : nier la réalité temporelle humaine et historique). Autres contradictions : il accuse Fillon d’être flou et ambigu sur l’avortement et son rapport avec l’extrême-droite, mais il refuse de préciser ses accusations (mensongères). Il dit « programme contre programme », comme un invite à l’autre de s’en tenir à cela, puis passe aux procédés insidieux et pervers. Il a toujours le visage crispé et fermé mais parle d’identité heureuse et se dit serein. Il porte un masque social et est plein de ressentiments et de choses qu’il grade par devers lui.

  • Par evinrude - 24/11/2016 - 15:12 - Signaler un abus En une phrase plusieurs inepties

    Juppé a déclaré qu’il faut aider l’islam en France à rattraper le christianisme en construisant autant de mosquées qu’il n’y a d’églises. Ceci révèle des altérations nombreuses de l’intelligence : en quoi est-ce un programme politique ? En quoi est-il nécessaire au bien de la France ? En quoi la logique du nombre de mosquées est-il pertinent ? Et le pire : sur le plan symbolique l’islam se revendique de tout temps et incréé, et donc veut nier et faire disparaître toute antériorité : Abraham, Moïse et Jésus sont considérés musulmans dans le Coran. Et Juppé ajoute de l’eau à un tel moulin (qui est potentiellement psychoticogène : nier la réalité temporelle humaine et historique). Autres contradictions : il accuse Fillon d’être flou et ambigu sur l’avortement et son rapport avec l’extrême-droite, mais il refuse de préciser ses accusations (mensongères). Il dit « programme contre programme », comme un invite à l’autre de s’en tenir à cela, puis passe aux procédés insidieux et pervers. Il a toujours le visage crispé et fermé mais parle d’identité heureuse et se dit serein. Il porte un masque social et est plein de ressentiments et de choses qu’il grade par devers lui.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Malik Bezouh

Malik Bezouh est président de l'association Mémoire et Renaissance, qui travaille à une meilleure connaissance de l'histoire de France à des fins intégrationnistes. Il est l'auteur des livres Crise de la conscience arabo-musulmane, pour la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et France-Islam le choc des préjugés (éditions Plon). Physicien de formation, Malik Bezouh est un spécialiste de la question de l'islam de France, de ses représentations sociales dans la société française et des processus historiques à l’origine de l’émergence de l’islamisme.

Voir la bio en entier

Philippe d'Iribarne

Diplômé de l'école X-Mines, Philippe d'Iribarne est directeur de recherche au Cnrs, spécialisé dans la diversité des cultures politiques. Auteur de quatorze ouvrages, dont L'islam devant la démocratie (Gallimard, 2013), il a notamment travaillé pour le Secrétariat général de la présidence de la République.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€