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Envie de changer de vie en 2015 ? Apprenez à gérer vos émotions

Premier volet de notre série sur les émotions. Acquis majeur de l'espèce humaine, au sens darwinien du terme, elles nous donnent la capacité de prévoir si un évènement sera difficile, dangereux, ou plaisant. Pourtant, dans un monde où la vie est de moins en moins prévisible, l'émotion peut aussi nous enfermer dans nos échecs, notre "impuissance apprise", et dans nos complexes.

Perspective chimique

Publié le - Mis à jour le 2 Janvier 2015
Envie de changer de vie en 2015 ? Apprenez à gérer vos émotions

Il faut savoir gérer ses émotions Crédit Reuters

Atlantico : Quels exemples concrets permettent d'illustrer qu'une émotion puisse avoir des effets néfastes sur le réel et le quotidien ?

Jacques Fradin : Tout le monde a expérimenté le caractère potentiellement perturbateur voire destructeur des émotions : perte de moyens lors d’une épreuve d’examen, pour déclarer ses sentiments, devant un danger, etc.

C’est encore l’émotion qui nous détourne souvent d’un regard lucide sur nous-mêmes, les autres ou le monde : dépendance, jalousie, rancune, crainte, soumission, etc. !

Que nous soyons submergés par certaines émotions ou que, pour les éviter, nous nous emmurions (bien souvent sans le savoir) dans un déni plus suicidaire que salvateur, les émotions peuvent nous couper de nous-mêmes, de notre capacité d’adaptation, de créativité. Et ceci aussi bien à l’échelle des grands enjeux de notre vie (ne pas oser choisir ce qui nous plaît par peur de notre peur...) que du quotidien : petits compromis qui peuvent à la fois nous couper de nos sensations et de nos projets, selon l’adage bien connu du : demain, c’est décidé, je me lance et j’affronte mes peurs !

Comment naissent les émotions, qu'est-ce qui les provoque ?

L’émotion n’est pas en soi "négative", bien au contraire : si l’on simplifie, elle est l’ombre portée, mémorisée, de nos sensations : le désir et l’appréhension sont un "souvenir" du plaisir et du déplaisir. Leur fonction biologique est de déclencher la reproduction d’un acte qui a atteint son objectif "biologique" et qui a donc produit du plaisir (alimentaire, sexuel, etc.). A l’inverse, l’échappement et l’évitement proviennent d’actes qui ont créé du déplaisir, de la douleur, de la frustration. L’émotion nous enrichit du résultat biologique de nos expériences, afin de rendre plus probable le succès de nos actes futurs. C’est donc d’abord un acquis majeur de l’évolution des espèces, fondamentalement utile au sens darwinien du terme.

Pour autant, le plus utile des mécanismes a ses limites : l’émotion peut ainsi nous enfermer dans des schémas tout prêts, souvent difficiles à formuler et dont la résolution ne relève pas forcément de ce registre psychologique dit aussi cognitif : lorsqu’il s’agit d’une peur par exemple, l’affrontement imaginaire ou réel se révèle ordinairement le plus efficace et durable. Autrement dit, la réponse, le traitement nécessitent souvent d’activer le même registre que celui du problème : face à la peur, on remplace l’évitement par l’affrontement.

Mais ce qui fait surtout que l’émotion trouve plus que jamais ses limites, c’est qu’elle ne nous permet pas de faire face à la mutation permanente qui agite et même désormais habite notre monde, tant planétaire qu’intime : tout va plus vite, plus loin, autrement, on ne sait où... L’émotion trouvait sa fonctionnalité dans la stabilité du monde, ce qui lui conférait son caractère "prévisible". L’expérience faisait alors la différence. Or nous entrons dans celui du changement permanent et de l’imprévisible...

 
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Jacques Fradin

Jacques Fradin est médecin, comportementaliste et cognitiviste.

il a fondé en 1987 l'Institut de Médecine Environnementale à Paris. Il est membre de l’Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive.

 

 

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