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Les entreprises françaises ont-elles encore besoin de cadres ?

Les partenaires sociaux interprofessionnels négocient actuellement un accord sur le statut générique des cadres.

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Les entreprises françaises ont-elles encore besoin de cadres ?

Les cadres sont désormais une vieille exception française. On ne connaît pas d’autre pays où, statutairement, les salariés se distinguent entre eux avec deux castes bien distinctes: les cadres, et les non-cadres. C’est même une survivance des années 30. Avant la guerre, s’était constituée une sorte de caste dotée de droits particuliers. Elle n’a toujours pas disparu.

Les cadres, cette invention de la sécurité sociale

Si le dogmatisme des années 40 n’avait pas voulu à tout prix imposer un système de sécurité sociale monopolistique, claudiquant et coûteux, les cadres existeraient-ils encore en France? Probablement pas… 

Lorsque les ordonnances de 1945 créant la sécurité sociale se mettent en place, elles suscitent immédiatement de profondes résistances dans la société française.

Le rapport qualité-prix du système est en effet si dégradé par rapport à la protection sociale d’avant-guerre que les professions s’organisent pour y échapper. 

Tout le monde connaît la résistance farouche opposée, CGT en tête, par les métiers bénéficiant de ce qui est devenu un régime spécial: cheminots, notamment , mais aussi électriciens, gaziers, mineurs… Ceux-là ont ouvert une longue période d’injonction paradoxale où ils prônaient un régime universel de sécurité sociale tout en défendant becs et ongles leurs privilèges et leurs exceptions. 

Dès 1947, les « cadres » ajoutèrent leur exception à celle des régimes spéciaux, en signant un accord interprofessionnel qui créait une retraite complémentaire obligatoire par répartition pour tous ceux qui percevaient une rémunération au-dessus du plafond de la sécurité sociale. D’où le fameux accord créant l’AGIRC, la caisse de retraite complémentaire qui assure une retraite au-delà de la « tranche A » de la sécurité sociale, c’est-à-dire au-dessus du plafond de salaire mensuel du régime général.

Il est très probable que si la sécurité sociale n’avait pas été aussi intrusive et imposée autoritairement, les cadres n’auraient pas trouvé la force collective de mettre en place un système aussi organisé. 

Les cadres et l’âge d’or des Trente Glorieuses

Ce faisant, le principe de mettre en place des dispositifs spécifiques pour les cadres a fait son chemin durant les Trente Glorieuses.

D’une part, les cadres ont multiplié les avantages, qui étaient autant de façons de les « récompenser » pour leur adhésion à la logique de marché. On ne compte plus les accords de branche créant des dispositifs spécifiques ou des avantages particuliers dont les salariés « ordinaires » étaient exclus. On ne compte plus non plus les conventions collectives qui protègent mieux les cadres que les salariés ordinaires.

D’autre part, ce modèle a très vite fait des « petits » en suscitant chez les non-cadres des appétits similaires. D’où la création de l’ARRCO, dans les années 60, qui accordait une retraite complémentaire aux non-cadres, c’est-à-dire une retraite en plus du régime général pour tous ceux qui cotisaient sous le plafond de la sécurité sociale. 

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 14/03/2018 - 12:22 - Signaler un abus Encore le point de vue d'un énarque

    Le nivellement par le bas, un bel os à ronger pour le Medef. Encore qu'il n'est sur qu'il en sorte gagnant. Les non-cadres sont soumis aux 35 heures. Les cadres ont l'interdiction de travailler plus de 13 heures par.....jour et sans heures supplémentaires, donc non rémunérées. De part leur statut, ils ont une forte autonomie ce qui, en France, leur donne le statut d'être corvéable à merci, notamment dans les banques. La soirée, la nuit et les week-end il leur reste la gestion de leur messagerie....et de leurs dossiers. Mais vous avez raison, supprimons ce statut, ils pourront ainsi avoir une vie de famille, comme en Allemagne, ou après 17 H30, il n' y a plus personne dans les bureaux. C'est toujours pareil dans ce pays, tout est vue par le prisme de l'administratif, et très peu par la réalité du terrain. C'est ça, l'ENA.

  • Par tast - 14/03/2018 - 14:25 - Signaler un abus Une vision passéiste du statut de cadre ?

    Aujourd'hui, le statut de cadre est fréquemment utilisé pour déroger à la réglementation sur les 35h, en appliquant un forfait jour... on est donc souvent très loin d'une "caste privilégiée " comme semble le croire l'auteur de cet article !

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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