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Entrée de la Russie à l’OMC : l’Empire de Poutine peut-il devenir un partenaire commercial comme un autre ?

La Russie est devenue ce mercredi le 156ème pays membre de l'OMC. Ce pays qui représente moins de 3% du commerce mondial va pouvoir moderniser son économie. Pour autant, que vont gagner les membres de l'OMC de cette entrée historique ?

Petit nouveau

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Cela dit, il y a contradiction entre d’une part la logique renforcée de globalisation e que l’entrée dans l’OMC induit , d’autre part la pente naturelle du régime autoritaire patrimonial dont les traits caractéristiques s’affirment au fil du temps. Le « Politique » n’est pas aussi aisément soluble dans la mondialisation qu’on pouvait le penser dans les années 1990. Le cas de la Chine populaire en témoigne par ailleurs : cet exemple de « léninisme de marché », ou encore de « capitalisme monopolistique d’Etat », constitue un modèle pour une large partie de la classe dirigeante russe.

A l'inverse qu'est ce que la Russie peut apporter à l'OMC ?

La Russie représente moins de 3% du commerce mondial, ce qui est peu. Sur un plan strictement quantitatif, il n’y a pas de grand bouleversement à attendre de son entrée dans l’OMC et la portée de l’événement est certainement moindre que l’entrée de la Chine, en 2001. Pourtant, les droits de douane devraient baisser ce qui faciliterait l’accès des produits étrangers au marché russe (en croissance) mais il faut savoir que 70% des produits courants sont déjà importés. Par ailleurs, il y a d’autres entraves à la libre entreprise sur le territoire russe et le phénomène est inhérent à la « formule de pouvoir » en vigueur. Enfin, il pourrait y avoir des chocs en retour, une fois l’adhésion devenue effective.

Le fait de pouvoir porter les conflits commerciaux devant l’Organisme de règlement des différends (ORD) de l’OMC, plutôt que déboucher sur une épreuve de force, constituerait un réel progrès dans les relations économiques entre la Russie, ses voisins immédiats et les pays occidentaux. On songe ici aux « guerres du gaz », embargos et boycotts auxquels la Russie a régulièrement recours, les exportations énergétiques étant utilisées comme un levier de pouvoir à des fins politiques. Cependant, l’OMC est tenue à l’écart du commerce des matières premières et produits de base : elle ne devrait donc pas jouer le rôle d’instance de régulation. Plus généralement, le mutilatéralisme intégral de l’OMC est en crise et le cycle de Doha, ouvert en 2001, n’a toujours pas abouti. On assiste au retour d’un certain bilatéralisme dans le domaine du commerce mondial.

Les tensions entre les États-Unis et la Russie se sont ravivées notamment autour de la question syrienne. Peut-on vraiment assister à une normalisation des échanges entre les deux pays comme le suppose l'OMC ?

Ce sont des tensions plus générales entre la Russie et les Occidentaux, pour des raisons de fond. Elle ne tiennent pas à de prétendues lois géopolitiques du type Heartland/Rimland mais à des oppositions en termes de régimes politiques, de vue-du-monde et de représentations géopolitiques. La politique de « reset », c’est à dire de redémarrage, qui est amorcée début 2009 par l’Administration Obama visait des objectifs limités et circonscrits, l’idée générale étant de limiter le pouvoir de nuisance de la Russie dans un certain nombre d’affaires (voir le nucléaire iranien par exemple) et de dégager des plates-formes de coopération concrète sur d’autres plans (Afghanistan, terrorisme, prolifération et antimissiles) Au final, les choses n’ont guère bougé et l’on peut éprouver un sentiment de fatalité historique.

Propos recueillis par Charles Rassaert

 
Commentaires

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  • Par SteakKnife - 22/08/2012 - 11:39 - Signaler un abus OMC

    Enfin ce qu'il faut garder à l'esprit, c'est que l'OMC est un outil d'oppression chapeauté par les pays du Nord pour entuber les pays du Sud. La Russie étant un peu entre les deux, ceci explique a longueur de ces négociations.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie et chercheur à l'Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

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