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Entre déflation et stagnation séculaire : pourquoi les ébauches de programmes économiques en vue de la présidentielle de 2017 sont hors sujet des immenses défis qui attendent la France

Malgré l'ensemble des thèmes de campagne abordés par les candidats à la présidentielle de 2017, très rares sont ceux à s'avancer sur les sujets qui comptent vraiment d'un point de vue économique. Ce mauvais traitement politique de l'économie est pourtant très lourd de conséquences : incapacité à retrouver la croissance, chômage qui peine à reculer, et domination allemande sur le projet européen.

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Publié le - Mis à jour le 2 Septembre 2016
Entre déflation et stagnation séculaire : pourquoi les ébauches de programmes économiques en vue de la présidentielle de 2017 sont hors sujet des immenses défis qui attendent la France

Atlantico : Les principaux points abordés lors du symposium de Jackson Hole, où se sont réunis le week-end dernier les dirigeants des grandes Banques centrales mondiales, ont été la faible croissance mondiale, les faibles niveaux d'inflation, les guerres monétaires, etc. En somme, des points qui semblent totalement absent de l'agenda de la classe politique française à l'aube de l'élection présidentielle. Comment expliquer un tel décalage ? 

Mathieu Plane : Il y a plusieurs éléments de réponse à cette question. Tout d'abord, rappelons que le monde occidental actuel est encore confronté à une situation de crise. Nous ne sommes pas encore tout à fait sorti de la crise de 2008. En guise de réponse, les politiques monétaires initiées par la Réserve Fédérale Américaine d'abord, puis par la BCE ensuite ont mis en place des pratiques nouvelles visant à relancer la croissance et lutter contre le risque de déflation. En revanche, on constate des limites sur les questions budgétaires ; lesquelles sont essentiellement traitées nationalement et qui sont, dans le cas de la zone euro, fortement contraintes par le pacte de stabilité.

Or, face à un problème généralisé, il y a besoin d'une réponse globale. Les politiques monétaires ont été ou sont particulièrement interventionnistes ; mais demeure un problème sur les relances budgétaires. La question est encore entière : qui initie la relance ; qui prend le risque de voir sa dette augmenter, comment on coordonne l'ensemble ? L'un des points noirs aujourd'hui, c'est clairement que la gouvernance au sein de la zone euro est inefficace pour sortir de la crise. Le pacte de stabilité, les problème de coordination des politiques salariales et plus globalement la gouvernance en place ne permettent pas d'avoir un volet de relance complémentaire au seul volet monétaire.

Si, en France, le sujet est si peu abordé par la classe politique, c'est sans doute parce qu'il s'agit d'une problématique complexe. La déflation est un sujet qui peut être difficile à saisir et qui serait certainement moins parlant, d'un point de vue électoral que ne le sont le chômage ou, par exemple, le pouvoir d'achat. Face à un sujet aussi complexe, la réponse ne peut-être que complexe. Il ne s'agit pas d'y répondre à grands coups de réformes structurelles ou d'objectif d'équilibre budgétaire. Il s'agit de problématiques globales touchant à la gouvernance macro-économique. Cela sous-entend nécessairement une réponse et un traitement qui va au-delà des limites franco-françaises du problème. Dans les faits, la réponse ne peut-être qu'une réorientation de la stratégie européenne. Il faudrait présenter une alternative à la vision européenne très orthodoxe, telle que portée aujourd'hui par l'Allemagne. Ces alternatives et ces visions plus hétérodoxes peuvent naître pendant la campagne française, mais il faut éviter de tomber dans le populisme, les solutions simplistes et le rejet complet de l'Europe. Il est désormais nécessaire de faire le bilan de l'euro et, si on est attaché à l'Europe, de s'interroger sur comment la réformer et comment en réformer les institutions. C'est primordial pour sortir de la crise et trouver les réponses adaptées. Mais c'est un sujet d'autant plus complexe qu'il faudra également convaincre les partenaires européens.

Oui, le traitement politique de l'économie en France n'est souvent pas adapté à la situation de crise dans laquelle on est enlisé depuis presque 10 ans maintenant : très souvent et dans l'extrême majorité des cas, nos dirigeants font preuve de raisonnements microéconomiques. Et pour cause ! Les raisonnements macroéconomiques sont  plus difficile à comprendre par les politiques et le message complexe à faire passer auprès des citoyens. En résulte souvent une vision comptable et non coordonnée de l'économie, que l'on retrouve également dans la zone euro comme en témoignent les programmes nationaux de réforme ou le pacte de stabilité. Or, la macroéconomie consiste justement à chercher à comprendre les circuits de façon à pouvoir sortir de cette logique comptable, non globale et en équilibre partiel. Il est essentiel que nos politiques le réalisent et agissent ensuite comme des relais pour permettre aux citoyens de comprendre les enjeux de la macroéconomie. S'ils ne le font pas, le risque est plus que considérable : on laisse la réponse aux idéaux simplistes, populistes, et dangereux. Des réponses comme celles esquissées par Nigel Farage (UKIP) ou Marine Le Pen (FN) consistant à "revenir à la situation précédente" sont dangereuses. Nous ne sommes plus dans le même monde qu'il y a plusieurs décennies.  La réponse à construire est une alternative constructive à la politique européenne actuelle.

Philippe Waechter : C’est un décalage que l’on retrouve toujours et partout lors des campagnes électorales. Ces questions ne sont pas non plus abordées dans la campagne électorale américaine. Les élections se gagnent sur des problématiques internes et non sur les questions internationales. Celles-ci sont essentielles mais elles ne sont jamais au centre des préoccupations électorales. On l’a vu encore récemment au Royaume-Uni lors du référendum sur le Brexit. Les grandes questions internationales sont ignorées et l’extérieur, l’étranger, est généralement le bouc-émissaire pour tout ce qui ne fonctionne pas bien. La campagne de Donald Trump est exemplaire de ce point de vue : tout ce qui ne va pas aux Etats-Unis est le fait de l’extérieur. Le débat français n’est pas très différent sous certains aspects. Dès lors, caler des questions sur la faible inflation mondiale ou l’absence de reprise de la croissance est illusoire. Ce sont des thèmes très spécifiques que l’on ne peut traiter de façon rationnelle en haranguant les foules. 

 
Commentaires

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  • Par padam - 29/08/2016 - 09:59 - Signaler un abus Bla, bla, bla

    L'art bien de chez nous de causer pour ne rien dire. Et alors, que faire?...

  • Par D'AMATO - 29/08/2016 - 14:08 - Signaler un abus QUE LES SAUVEURS DE LA FRANCE

    ...fassent un pas en avant.... ....et les CRETINS, dix pas en arrière....cad ces gens de la foire....! qui s'engraissent sur ce pauvre peuple qui crache (et même plus) au bassinet...depuis si longtemps!!!! Je vous souhaite d'être rémunérés selon vos mérites et au niveau de votre couardise et votre turpitude qui depuis quarante ans n'a pas de limites. Continuez à engraisser vos clients électoraux. l'heure de" la vraie Justice" est aux portes.... l Juste pour vous !!!! Ce peuple que vous avez endormi par la culpabilisation, par le droits des autres et que vous avez rendu sans droit et sans représentation ...va à coup sûr se réveiller... Je souhaite quand même bonne chance aux mois pires d'entre vous.....

  • Par Babaswami - 29/08/2016 - 14:51 - Signaler un abus Croissance ou corruption

    "Rétablir durablement les comptes publics ne peut se faire sans croissance" Voilà la contrevérité qui ruine ce pays: il n'y aura pas de croissance sans un arrêt brutal au gaspillage, à tous les niveaux de l'argent public. On mesure ce que peut être ce gaspillage quand on constate que près de 60 % du PIB passe entre les mains de l'Etat c'est à dire d'une poignée de fonctionnaires. L'es exemples du coiffeur d e l'Elysée et des factures de téléphone de la patronne de l'INA sont la face visible de l'iceberg. En bref il n'y a pas de croissance là où il y a corruption: les vrais économistes le savent.

  • Par Fredja - 29/08/2016 - 15:20 - Signaler un abus Beaux discours

    qui ne prennent pas en compte qu'il faut balayer devant sa porte avant de critiquer les voisins (l'Allemagne, au hasard...). Tant que la France n'aura pas réformé ses retraites, sa sécu, supprimé les régimes spéciaux, réduit drastiquement le nombre de fonctionnaires, il ne servira à rien de parler de macro-économie. Le monde dans lequel on vit est cruel et en perpétuelle évolution, créer des bastions sanctuarisés de fonctionnaires et de syndicats/politiques ultras protégés n'est pas la réponse.

  • Par Yves Montenay - 29/08/2016 - 16:25 - Signaler un abus Plus de macro !!!

    Au début de l'article, vous avez dit que la macro était préférable à la micro. Ce n'est qu'un système explicatif imparfait, la seule chose concrète est la micro, Que, heureusement vous avez abordé ensuite Même si chaque mesure de micro est insuffisante seule je ne vois pas pourquoi on les retarde. On connaît le coût en emplois de la taxe de 85 % et de l'ISF a taxe de 85 % et l'ISF

  • Par vangog - 30/08/2016 - 01:18 - Signaler un abus L'ecologisme a plombé la croissance!

    Le nouveau défi sera : "veut-on régresser, abandonner tout espoir de progrès et d'amélioration de la vie, par soumission à l'écologisme et à la dilution ethnique, ou acceptera-t'on la modernité et l'identité créatrice, avec tous les risques et les espoirs qu'elles comportent, le progrès étant seul capable de générer de la croissance et d'éviter le risque de confrontation mondiale?...

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Mathieu Plane

Directeur adjoint du Département analyse et prévision à l'OFCE

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Philippe Waechter

Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de capitaux.

Il est l'auteur de "Subprime, la faillite mondiale ? Cette crise financière qui va changer votre vie(Editions Alphée, 2008).

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