Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 17 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Entre contresens et demi vérités, cette autre source des blocages français : mais pourquoi la France est-elle incapable de faire le bon diagnostic sur son état ?

Les différentes réformes engagées ce printemps par le gouvernement ont engendré plusieurs mouvements de mécontentement. Derrière cette opposition pourrait poindre un déficit de diagnostic sur l'Etat réel du pays.

Aveuglement

Publié le
Entre contresens et demi vérités, cette autre source des blocages français : mais pourquoi la France est-elle incapable de faire le bon diagnostic sur son état ?

 Crédit CHRISTOPHE SIMON / AFP

Atlantico : Ce printemps 2018 est marqué par le réformisme d'Emmanuel Macron, qui a ouvert plusieurs "chantiers", comme celui de la SNCF, mais également par les mouvements sociaux qui ont pu se structurer en opposition à cette volonté du chef de l'Etat. Derrière cette opposition, entre l'approche de la majorité présidentielle et celle de son opposition, ne peut-on pas constater un déficit de diagnostic sur l'Etat réel du pays ? D'un point de vue macroéconomique notamment, quels sont les points "oubliés" aussi bien par la majorité que par l'opposition ? 

Alexandre Delaigue : Il y a trois axes de compréhension de la politique gouvernementale.

Le premier est la volonté de rapprocher le modèle français de modèles "nordiques", de ne pas voir la France suivre la voie méditerranéenne de pays comme l'Italie. Dans ce but on fait le type de réformes qu'on a trouvé dans les pays scandinaves mais surtout, on cherche à se rapprocher de la Grande-Bretagne. Le second axe est la politique européenne, l'idée qu'en étant "bon élève" de l'Europe, en suivant les contraintes pour cesser d'être un pays dépensier, on y aura une influence et la France y sera prise au sérieux. Le troisième axe est celui de l'opportunisme politique : on prend les conflits et les mesures qui "marchent" dans l'opinion, qui permettent de cliver, d'étouffer la droite, pour que le gouvernement soit la seule alternative à la France Insoumise et à l'extrême-droite. Le fait est que cela marche pour le moment. Et les conflits sociaux renforcent ce clivage.

Dans ce jeu à trois axes, la politique macroéconomique est réduite à sa simple expression, réduire les déficits publics et partir du principe que la reprise est là. Sur le moment ce n'est pas totalement absurde : après tout la conjoncture économique s'améliore et dans une stricte logique keynésienne, c'est le moment de faire de la consolidation budgétaire. Le problème c'est que la reprise est faible, semble déjà ralentir en Europe, et qu'elle a été très loin de suffire à résorber le chômage massif et le retard de croissance accumulé pendant les 10 dernières années. 

Certains économistes anglo-saxons, n'ont de cesse de pointer du doigt certains déséquilibres internes à la zone euro, aussi bien concernant les excédents commerciaux, ou les questions de politique monétaire, des sujets finalement peu abordés par le débat politique français. Le diagnostic de l'Etat du pays en souffre-t-il ? 

Il est frappant de voir à quel point la question européenne est absente du débat français alors qu'elle est centrale pour toutes nos politiques économiques. Là encore l'Europe ne sert que de bouc émissaire (on doit réduire les déficits, c'est l'Europe, on doit libéraliser le rail, c'est l'Europe) mais du coup l'essentiel sort du débat politique. C'est un peu inévitable. On ne réforme l'Europe que face à des crises, le reste du temps on attend. C'est la logique de la construction européenne depuis des décennies! mais cette logique pourrait rencontrer de gros problèmes. Si la croissance ralentit, le pari du gouvernement va vite sembler intenable. Le plus gros risque vient d'Italie, le pays qui pourrait entrer en conflit ouvert avec l'Europe. Si en plus on se retrouve avec une Banque centrale européenne plus "allemande" après le départ de Mario Draghi la situation pourrait devenir très dangereuse. Il n'y a pas d'anticipation de cela, et surtout on n'en parle pas. C'est triste mais un peu inévitable.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par gerard JOURDAIN - 22/04/2018 - 11:32 - Signaler un abus et la conclusion est:

    la France ne fonctionne pas avec une démocratie. comment peut-on imaginer une organisation nordique avec un tempérament de" pays du sud"? la France a les fesses entre autocratie et sorte de démocratie dirigée... il y a 70 millions de président en France...chercher l' erreur.

  • Par Ganesha - 22/04/2018 - 11:34 - Signaler un abus Mr. Delaigue !

    Raconter le ''Petit Chaperon Rouge'', avec le ''Grand Méchant Loup'' de la Dette, c'est exactement ce qui convient aux octogénaires d'Atlantico, que des aides-soignantes sont obligées de nourrir à la petite cuillère dans des EHPAD. Mais un ''professeur d'Économie'' qui raconte de telles carabistouilles sur Keynes, c'est indigne ! Je vous cite : ''la conjoncture économique s'améliore et dans une stricte logique keynésienne, c'est le moment de faire de la consolidation budgétaire''. Mr. Delaigue, vous avez trouvé votre doctorat dans une pochette surprise ? Wikipédia : Relance keynésienne : il s'agit d'augmenter la demande interne en augmentant les dépenses de l'État (constructions, investissements,…) ou en augmentant les revenus disponibles des agents (baisse des impôts ou hausse des prestations sociales). ==== https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Politique_de_relance

  • Par Ganesha - 22/04/2018 - 11:48 - Signaler un abus Émile Coué

    La conjoncture économique s'améliore ! La méthode Coué est une méthode fondée sur l'autosuggestion et l'autohypnose, due au psychologue et pharmacien français Émile Coué de la Châtaigneraie (1857 - 1926).

  • Par ajm - 22/04/2018 - 11:56 - Signaler un abus Relance Keynésienne.

    Ganesha, vous comprenez de travers : mr Delaigue explique que, en période de croissance économique considérée comme suffisante ( l'est-elle vraiment? ) c'est la consolidation budgétaire, c'est à dire la réduction des déficits , qui peut être considérée comme prioritaire, y compris dans une logique Keynesienne. A l'inverse, toujours dans une logique Keynésienne, quand on est en phase recessive, la priorité doit être la relance ( par les investissements , le fameux multiplicateur budgétaire ) . Même si Keynes est surtout connu dans le public pour son analyse des mesures budgétaires en bas de cycle, sa contribution à la science économique est bien plus étendue et dépasse le cadre de la fameuse relance Keynésienne.

  • Par ajm - 22/04/2018 - 12:02 - Signaler un abus Méthode Coué.

    La méthode Coué est loin d'être ridicule. L'effet placebo est bien connu, l'action sur le mental des individus et des sociétés est incontestable. C'est l'effet "Confiance" qui, historiquement, a été souvent vérifié dans le passé, notamment dans la sphère économique, par exemple sur la tenue des monnaies et le niveau des investissements privés.

  • Par kelenborn - 22/04/2018 - 18:15 - Signaler un abus oui la dette

    C'est d'autant du pur jeu politique que la dette est, avec l'euro fort,ce qui permet d'"acheter" 70% de l'électorat! Regardez comment est financé l'emploi !!!!!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€