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Entente russo-saoudienne sur le pétrole : le dernier clou dans le cercueil de l’Opep ?

Quatre des plus importants pays producteurs de pétrole, l'Arabie saoudite, le Qatar, la Russie et le Venezuela, se sont mis d'accord pour geler la production au niveau de celle de janvier. Une décision qui montre la fin opérationnelle de l'Opep, et qui ne sera pas sans conséquences pour le théâtre d'opérations au Moyen-Orient.

Rencontre de Doha

Publié le - Mis à jour le 19 Février 2016
Entente russo-saoudienne sur le pétrole : le dernier clou dans le cercueil de l’Opep ?

Atlantico : dans quelle mesure le fait de négocier des accords avec la Russie, qui n'est pas membre de l'Opep, remet-il en question le bien-fondé de l'organisation ?

Stephan Silvestre : Pour le moment, il s’agit davantage d’une déclaration d’intention que d’un accord. Les quatre pays qui se sont réunis « souhaitent » un gel de la production pour stabiliser les prix. Mais ce vœu est soumis à la condition que d’autres grands producteurs, en clair l’Iran et l’Irak acceptent de suivre. En effet, si ces quatre producteurs contingentaient seuls leurs productions, nul doute que les autres s’empresseraient de prendre leur place sur le marché et les prix ne remonteraient pas. La partie n’est donc pas encore gagnée car, à ce jour, les pays de la sphère chiite refusent de se plier aux exigences des sunnites.

En théorie, l’Opep a donc encore un rôle à jouer : celui de faire appliquer cet accord à tous ses membres. Mais en pratique, le cartel est inopérant depuis décembre dernier. On observe que les tensions géopolitiques entre ses membres l’emportent sur la logique d’entente économique. 

A l'origine, l'Opep avait pour objectif de reprendre le contrôle sur le marché du pétrole, notamment contre les compagnies étrangères. D'un point de vue empirique, comment l'Opep a-t-elle pour habitude d'intervenir sur les questions de politique internationale ? Quel degré d'importance le pétrole a-t-il pris en terme de diplomatie ?

 

L’Opep a toujours été une organisation politique, au sens où, à l’instar d’autres organismes internationaux, elle réunit des États qui ont un objectif politique commun, contrairement à des lobbies ou des cartels commerciaux qui allient des compagnies privées. Ainsi, dès son origine, elle a pris des positions politiques, à commencer par l’embargo envers les pays occidentaux en représailles à la guerre du Kippour en 1973. Le refus d’intervenir pour faire remonter les cours lors des guerres d’Irak était encore un choix politique. Mais le contexte a bien changé : durant la Guerre Froide, l’Opep était un outil aux mains des pays émergeants pour lutter contre leurs anciennes puissances colonisatrices. Aujourd’hui, la situation est tout autre : ce sont les membres de l’Opep qui s’opposent entre eux, avec divers soutiens, pour tenter d’augmenter leur influence. De plus, certains de leurs principaux clients sont aussi des émergents et ils ne veulent pas de cours trop élevés. L’Opep ne peut donc plus se servir de l’arme du prix pour punir l’Occident, sans froisser au passage la Chine et l’Inde. 

Saoudiens et Russes s'opposent indirectement dans le conflit syrien, en soutenant le front sunnite pour le premier et l'axe chiite pour le second. Si un accord aboutissait entre ces pays de l'Opep et la Russie, comment leurs positions ou leurs interventions pourraient-elles évoluer ?

 

 
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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en physique appliquée, Professeur à la Paris School of Business et spécialiste des risques énergétiques. Il est membre de la chaire des risques énergétiques de PSB et anime le blog Risk Energy.

Il est le co-auteur de Gaz naturel : la nouvelle donne ? à paraître en février chez PUF.

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