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Les enjeux des élections turques du 24 juin : Erdogan, nouveau Sultan ou « Atätürk à l’envers » ?

Ce dimanche 24 juin, 59 millions de Turcs - dont trois issus de la diaspora européenne majoritairement pro-Erdogan - ont été appelés aux urnes dans le cadre d’un double scrutin présidentiel et législatif de la plus haute importance pour l’avenir du pays. Les élections ont d’ailleurs été organisées 19 mois avant la date prévue initialement, le président Recep Taiyyp Erdogan craignant la montée de la nouvelle coalition d’opposition (voir infra) et voulant avaliser au plus vite la réforme constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017 qui confère au président turc, jadis inaugurateur de chrysanthèmes, les quasi pleins-pouvoirs.

Géopolitique

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Les enjeux des élections turques du 24 juin : Erdogan, nouveau Sultan ou « Atätürk à l’envers » ?

 Crédit BULENT KILIC / AFP

Bien que son parti et ses proches contrôlent désormais la quasi-totalité de la presse turque écrite et audiovisuelle et que nombre de ses opposants, notamment kurdes, et journalistes anti-AKP soient en prison, Erdogan n’était pas 100 % certain d’être réélu dès le premier tour, tout en étant sur de l’être au moins au second. D’après le dépouillement publié par l’agence Anadolu, non seulement le président-candidat est vainqueur du scrutin, mais son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement), allié au parti d’extrême-droite MHP, obtient une majorité confortable au Parlement turc (53,82%).

Il est vrai que les médias turcs, désormais aux ordres du néo-Sultan, ont grandement facilité les choses en ne retransmettant que les meetings du « Reis » et en boycottant ceux de ses opposants puis en instaurant un climat de terreur au sein des masses et de l’opposition empêchée de faire normalement campagne.

Bien qu’unie pour la première depuis 16 ans autour du refus de l’hyperprésidence de plus en plus autoritaire d’Erdogan,qui devrait rentrer en vigueur après le 24 juin, l’opposition turque laïque-kémaliste et nationaliste n’a pas été capable de créer la surprise et de mettre fin au règne d’Erdogan qui bénéficie d’un crédit profond au sein des masses pauvres et des nouvelles classes moyennes anatoliennes réislamisées. La déception est grande pour l’outsider kémaliste,Muharrem Ince, candidat du Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche), crédité de près de 30 %, qui dénonce en vain les fraudes « massives » et refuse le verdict électoral. Selon le CHP, qui a envoyé des représentants dans la plupart des 180 000 bureaux de vote, le camp Erdogan aurait incité au bourrage massif d’urnes et aurait obtenu selon ses adversaires « moins de 50 % des voix ». Toutefois, la réalité est que les protestations de l’opposition laïque-kémaliste ne changeront pas la donne, Erdogan se vantant d’avoir « donné une leçon de démocratie » au monde entier et remis les « mécréants » à leur place, une idée qui paraît extrémiste et arrogante pour un occidental moyen ou pour les élites modernistes et laïques de l’Ouest favorables à Ince, mais qui est très populaire au sein des masses turques sunnites qui voient Erdogan comme un véritable « père de la Nation », un nouveau « Atätürk à l’envers ».
 
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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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