Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 22 Mai 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Encore 53 jours pour 2016 et l’État n’a plus 1 euro de recette pour assurer ses dépenses malgré une pression fiscale infernale

Alors que la situation s'améliore dans la plupart des pays européens, la France, qui vivra à crédit à partir du mercredi 9 novembre pour une durée de 53 jours, a l'une des administrations centrales les plus déficitaires d'Europe.

Mais comment nous débrouillons-nous ?

Publié le - Mis à jour le 11 Novembre 2016
Encore 53 jours pour 2016 et l’État n’a plus 1 euro de recette pour assurer ses dépenses malgré une pression fiscale infernale

En France, les dépenses publiques sont passées de 44,9% du PIB en 1978 à 57% en 2015. Cela représente une hausse de 12,1 points. Pour faire face à de telles dépenses, la France est devenue championne de la fiscalité et des déficits. Crédit Reuters

Atlantico : L’administration centrale française aura dépensé l’intégralité de ses ressources le 9 novembre, 53 jours avant la fin de l’année. Alors que dans le reste de l'Union européenne, la situation s'améliore d'une année sur l'autre, l’écart se creuse entre la France et l’UE : il est maintenant de 22 jours contre 16 jours l’année d’avant. Comment expliquer ce décalage entre la France et la plupart des autres pays de l'UE ? Quelles sont les causes de cette moins bonne performance française ? 

Cécile Philippe : En France, l’Etat a pris l’habitude de vivre à crédit quelle que soit la conjoncture.

C’est ce qui explique que nos comptes ne reviennent jamais à l’équilibre. Lorsque la situation est mauvaise, l’Etat laisse filer les dépenses afin d’amortir la conjoncture, conformément à l’idée des "stabilisateurs automatiques". Mais on conserve des déficits significatifs même en période de reprise. C’est ce qui nous singularise du reste de l’Union européenne.

Lorsque la situation s’améliore, le discours dominant insiste en France sur la nécessité de conforter la croissance. Bilan : il y a toujours une bonne raison d’accepter des déficits significatifs et de différer à plus tard les ajustements. Ailleurs, on insiste sur la nécessité de rééquilibrer le budget, pour se mettre dans une configuration qui permettra de rembourser les dettes ou de faire face au prochain retournement conjoncturel.

C’est ce qui explique pourquoi les pays de l’UE ont 9 jours en moins de dépenses non financées depuis 2013, tandis que l’administration centrale française épuise ses ressources 2 jours plus tôt. On a observé ce phénomène à maintes reprises et notamment entre 2004 et 2007. Durant ces 4 années, le déficit de l’administration française est resté quasi stable, pendant que les dépenses non financées reculaient de deux semaines dans l’UE.

Quelle est la différence entre les déficits structurels et conjoncturels ? Dans quelle mesure est-il important de distinguer ces deux dimensions ?

Une partie de la littérature économique s’intéresse à la distinction entre les déséquilibres conjoncturels, liés au cycle, et structurels. Au-delà du fait qu’il est extrêmement difficile de faire la différence entre déficits structurels et conjoncturels, comme l’illustre l’avis du Haut conseil des finances publiques relatif aux projets de loi de finances pour 2017, cette distinction n’aide pas à comprendre ce qui se passe en France.

Dans notre pays, les derniers équilibres remontent à 1980 pour l’administration centrale ou 1974 pour les administrations publiques. Nous avons structurellement pris l’habitude d’invoquer une mauvaise conjoncture pour dépenser plus d’argent public que nous ne le devrions. Ajoutons qu’in fine cela ne sert pas la croissance. Sur les quinze dernières années, le PIB par habitant a augmenté de 30%, contre 40% en moyenne dans l’UE et le chômage n’a jamais diminué de façon significative.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par J'accuse - 08/11/2016 - 08:54 - Signaler un abus Les élus nous plument sans vergogne

    Nos "élites" (comme ceux qui nous dirigent aiment bien être appelés) ne savent pas gérer notre argent : surendettements chroniques, budgets toujours déficitaires, fiscalité nationale et locale au delà du supportable. Il est temps de retirer à ces soit-disant élites leur pouvoir fiscal : pas de création ou d'augmentation d'impôts ou de taxes sans référendum, et interdiction de voter un budget en déficit. Je vote pour le candidat qui aura ce programme.

  • Par Olivier62 - 08/11/2016 - 12:22 - Signaler un abus Du bon sens ...et de l'honnêteté

    Je pense qu'il faudrait rendre juridique l'obligation pour une collectivité publique de ne pas pouvoir dépenser plus que le montant des recettes de l'année précédente, et de limiter les emprunts à un certain pourcentage des recettes. Il faudrait évidemment des "élites" compétentes et honnêtes (la dette publique est une source de revenu inépuisable pour la finance, ce qui explique les déficits de l'état). Je rêve...

  • Par Anouman - 08/11/2016 - 19:51 - Signaler un abus Cercle vicieux

    Tant qu'il y aura plus de gens qui ne payent pas d'impôts ou bénéficient des dépenses publiques (supposées) ça ne va pas changer. Pour moraliser le système il faudrait que le poids des votes soit pondéré avec celui des impôts payés. Mais personne ne s'intéresse à la morale de nos jours.

  • Par vangog - 08/11/2016 - 22:29 - Signaler un abus Très difficile de revenir en arrière...

    le sociétal a été tellement privilégié, depuis la victoire de la gauche (Giscard-festin, déjà, succombait aux lobbies financiaro-economiques et leur ouvrait les cordons de la bourse...et du pouvoir!), qu'il est quasiment impossible de revenir sur les cadeaux societaux et les privilèges accordés à crédit de la démocratie et des générations futures. On a vu la levée de boucliers des lobbies syndicaux et associatifs, lors des tentatives de rééquilibrages des retraites, ou lors de l'essai raté d'abolition des privilèges des régimes spéciaux...le gouvernement par ordonnances? Il aboutit inéluctablement à la dictature, car la chienlit qui naîtra d'ordonnances non votées par la représentation populaire devra être matée dans le sang par les ripoublicains...seule solution: celle du FN! Sortir de l'UE qui nous a imposé cette dérive sociétales morbide et coûteuse, cette solution par l'immigrationnisme maladif, et cet Euro et ces directives sans âme, déstructurantes des Nations et des Identités...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Cécile Philippe

Cécile Philippe est présidente et fondatrice de l’Institut économique Molinari, un organisme de recherche qui vise à entreprendre et à stimuler l’approche économique dans l’analyse des politiques publiques.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€