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En route vers un 4e mandat : Angela Merkel est-elle un génie politique ou profite-t-elle du contexte favorable d’une Allemagne en mutation ?

Angela Merkel semble bien partie pour un 4ème mandat consécutif, selon une information de Der Spiegel. Si cela se produisait, la chancelière allemande viendrait égaler le record de Helmut Kohl, avec une popularité à son zénith et l'absence de concurrents sérieux.

Seule contre aucun

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En route vers un 4e mandat : Angela Merkel est-elle un génie politique ou profite-t-elle du contexte favorable d’une Allemagne en mutation ?

Angela Merkel est-elle un génie politique ? Crédit Reuters

Atlantico : Selon Der Spiegel, Angela Merkel aurait annoncé son intention de briguer un 4ème mandant consécutif. A ce sujet, un haut responsable du SPD (parti socialiste allemand) a par ailleurs affirmé que si tel était le cas, son parti ne devrait pas présenter de candidats contre Angela Merkel. Comment expliquer cette domination de Mme Merkel sur la vie politique allemande? Ce phénomène relève-t-il plus de l'habileté politique de la chancelière ou du contexte allemand depuis 15 ans ?

Ulrike Guérot : Ce n'est pas surprenant pour la politique allemande qu'un chancelier qui a du succès se représente.

C'est un phénomène récurrent. En Allemagne, c'est la règle du jeu, on reste chancelier tant qu'on a du succès. Pourquoi la CDU qui connait un succès énorme avec le statut à part de madame Merkel changerait de cheval, si le cheval se porte bien. On a d'ailleurs déjà vu lors des dernières élections qu'il y avait un caractère hautement personnalisé dans la campagne de la CDU. Vous vous souvenez des blagues sur la position des mains de Merkel, en losange. Il y avait un poster vraiment énorme de Merkel à la gare centrale de Berlin. Cela a amené, déjà aux dernières élections, à se demander si la CDU disposait encore d'un programme ou est-ce que la CDU est devenue madame Merkel.

Je pense que c'est ça l'explication, quand on regarde le programme, on se rend compte que c'est Merkel qui a contribué à l'érosion des aspects importants du programme de la CDU qui autrefois étaient très importants pour le parti chrétien-démocrate.C'est le cas de l'armée, on a professionnalisé l'armée, on a fait ça avec zu Guttenberg il y a deux ou trois ans. Le lycée a également été concerné, alors que la politique de l'école a toujours été une question chère à ma politique conservatrice. Elle lâché sur les femmes,  désormais on parle du quota des femmes dans les entreprises, de l'ordre de 40%. Elle a lâché sur les homosexuelles avec les unions civiles. Si vous prenez ça dans un esprit conservateur qui voit que le parti est érodé. C'est une autre explication à l'émergence de l'Afd (Alternative pour l'Allemagne, parti néoconservateur), qui loin d'être uniquement anti-euro se jette sur cette frange du programme conservateur qui a été dévoyé par Merkel. La CDU a davantage intérêt à compenser avec la personnalité de madame Merkel pour couvrir ses lacunes dans son programme politique.

Romaric Godin : Sans doute des deux. Angela Merkel correspond parfaitement à ce que les Allemands attendent d’un dirigeant allemand aujourd’hui, à la fois modeste et discret, mais aussi sachant affirmer et défendre les intérêts du pays et sa position en Europe. Cette « hégémonie modeste » est la marque de fabrique de la chancelière qui a affirmé une position d’Européenne convaincue tout en se faisant la championne en Europe de la défense des contribuables allemands. Elle traduit un vrai changement dans la mentalité depuis la réunification, et encore plus, depuis le retour de la croissance économique en 2005 : celle d’un pays qui assume ses forces. Mais la position très européiste d’Angela Merkel permet de rendre ce phénomène encore plus acceptable. Angela Merkel est parvenue à comprendre mieux que quiconque ce qui pourrait paraître comme une ambiguïté, et elle en a fait une force durant la crise européenne.

D’autres phénomènes permettent d’expliquer le succès de la chancelière. D’abord, son arrivée au pouvoir correspond au retour de la croissance. Elle qui n’a que peu réformé a beaucoup profité des effets des réformes de Gerhard Schröder dans les années précédentes. Les Allemands identifient donc volontiers Angela Merkel avec le succès économique. La pensée économique d’Angela Merkel est, du reste, assez largement partagée en Allemagne, notamment en termes de finances publiques. Le retour à l’équilibre du budget fédéral, pour la première fois depuis 1969 est donc un élément très positif pour la chancelière.

Enfin, la chancelière est une habile politicienne. Elle est parvenu à élargir l’électorat de son parti, la CDU en s’ouvrant à des sujets plus « sociétaux » comme le travail des femmes, les places de crèches, la place de l’islam en Allemagne ou à des thèmes plus sociaux (notamment en acceptant un salaire minimum au niveau fédéral). Mais parallèlement, elle a su retenir une grande partie des cadres et de l’électorat conservateurs de son parti. Ce « grand écart » lui a permis à la fois de marginaliser la SPD et de rendre difficile l’émergence d’une force à la droite de la CDU. Les Eurosceptiques d’Alternative für Deutschland (AfD) sont ainsi tombés dans le piège : Angela Merkel les a marginalisés comme « d’extrême-droite » et a ainsi contraint AfD a accepté ce positionnement, ce qui a réduit leur attrait. Aujourd’hui, AfD est divisée et est donnée par les sondages sous les 4 %. La place politique d’Angela Merkel est donc très large et elle seule est capable de tenir un tel espace, souvent fait de contradiction.

Chez qui Angela Merkel jouit-elle d'une aussi forte popularité en particulier ? Quelles sont les catégories de la population qui apprécient le plus son action politique ? 

Ulrike Guérot : Sa popularité est transpartisanne. Je connais même des Verts, qui à la dernière campagne de 2013, des députés Verts, ont affirmé qu'ils feront campagne, mais qu'ils n'attaqueront pas Merkel car dans leur propre électorat, Merkel est tellement apprécié que faire la campagne contre Merkel les mènera à la défaite. Il y a un ministre-président Schleswig-Holstein, Torsten Albig, membre du SPD, qui a fait une déclaration affirmant qu'il ne fallait pas présenter de candidat contre Merkel. Cela nous ramène à l'époque du parti unique de la RDA. Si maintenant la SPD affirme ne pas avoir besoin de présenter de candidats, qu'est-ce que cela veut dire ?  Comment expliquer ça ? Si vous prenez l'exemple de la campagne de Ségolène Royal, on a mis en avant la beauté, les jambes, avec qui elle couche, etc. Tout ça était dans la presse française. Avec Merkel il n'en est rien, aucune photos privées, elle a un côté sérieux, travailleuse, les images d'elles qu'on voit montre une femme qui travaille, on sait qu'elle travaille toujours.

Elle se fiche de son physique extérieur, pour une femme c'est tout de même un renoncement important. Je pense que ce sont des qualités qui s'expliquent dans la culture prussienne, et dans l'éthique, et dans la pensée de Max Weber. On est dédié à son travail, on tient bien sa maison en ordre, c'est le même scénario. Je me souviens que dernièrement ton a comparé  les frais de service du palais de l'Elysée et les frais de service du Kanzleramt. La différence était de l'ordre de 1 à 3. Hollande dépense énormément d'argent pour de la nourriture, pendant que Merkel mange des œufs à la coque dans son trois-pièces. Il y a un  esprit de discipline qui permet un dévouement important au travail, et ça cela plait énormément à l'ensemble de la population allemande. Elle donne l'impression d'être la mère de tous les citoyens allemands, qui s'occupe de tout et qui les protège contre les atrocités du monde. Elle donne aussi l'impression d'être importante car elle est souvent citée comme une des femmes les plus importantes au monde, et qui fait ça sans vouloir la gloire.Merkel regarde toujours ce que la majorité produit, et vient ensuite s'y glisser au beau milieu.

Comment expliquer cette domination de Mme Merkel sur la vie politique allemande? Elle semble n'avoir aucun concurrent sérieux, est-ce vraiment le cas ?

Ulrike Guérot : Madame Merkel a une personnalité très importante au sein de la CDU. La CDU ne peut pas s'en débarrasser, car  sinon, qui va-t-il rester ? Si vous regardez derrière, deux trois personnes vous viendraient à l'esprit, notamment Wolfgang Schäuble qui jouit d'une popularité forte, derrière reste peut-être madame von der Leyen, mais après c'est fini

Romaric Godin : Oui. Il n’y a aucune alternative, ni à droite, ni à gauche, à Angela Merkel. La chancelière a écarté tous ses rivaux sérieux les uns après les autres. Certains, comme l’ancien ministre de l’Economie Karl-Theodor von Guttenberg, ont disparu par leur propre faute, dans ce cas, par une affaire de plagiat de mémoire universitaire, mais d’autres, comme Christian Wulff ont été placés à un poste « neutre » de « président fédéral » (il a ensuite dû démissionner pour une affaire d’argent), et certains, comme le très libéral Friedrich Merz ont été marginalisés politiquement. Personne ne semble en mesure d’occuper la même place politique qu’Angela Merkel et tout le monde le sait à la CDU/CSU. C’est pourquoi, même ceux qui critiquent sa politique européenne, jusqu’à voter contre ses choix, ne remettront pas en cause en réalité sa position de leader du centre-droit. En fait, la CDU sans Angela Merkel est fragile : ses résultats décevants dans les élections régionales le prouvent. Du coup, nul ne menace plus la domination d’Angela Merkel au sein de son propre parti. Le seul qui le pourrait, Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances, est certes très populaire, mais il n’est pas un rival pour la chancellerie.

Elle a aussi épuisé ses alliés, notamment les Libéraux de la FDP qui, en 2009, avait réalisé une forte percée sur une campagne de démagogie fiscale. En 2010, les promesses fiscales ont été abandonnées et, c’est la FDP qui a payé le prix de cet abandon, pas la CDU qui avait pourtant accepté lors de la signature du contrat de coalition ces baisses d’impôts. Là encore, Angela Merkel a su apparaître comme une force « raisonnable » et « modérée » qui séduit un électorat allemand vieillissant. La FDP a donc disparu du Bundestag en 2013 et la CDU/CSU a frôlé la majorité absolue.

A gauche, Angela Merkel a aussi su épuiser les Sociaux-démocrates. Les deux campagnes de 2009 et 2013 de la SPD étaient très différentes, l’une plus discrète, l’autre plus agressive, mais toutes les deux ont été catastrophiques. Le problème, c’est que la SPD se cherche une utilité politique. Angela Merkel occupe sa place centriste définie par Gerhard Schröder et le parti ne peut pas réellement aller vers sa gauche pour ne pas perdre son image de « parti de gouvernement. » Ses leaders sont pris en tenailles et peuvent faire ce qu’ils veulent, ils ne font pas le poids face à Angela Merkel. Dans la pratique gouvernementale, les chefs sociaux-démocrates sont des ministres très disciplinés et très proches de la chancelière, souvent plus proches que certains ministres conservateurs. L’actuel vice-chancelier et leader de la SPD, Sigmar Gabriel, est ainsi très proche de la chancelière. Une campagne contre elle n’aurait pas de sens aux yeux des Allemands. La SPD doit donc accepter sa position de force d’appoint de la chancelière.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 04/08/2015 - 11:57 - Signaler un abus Lampédusa

    Article complètement délirant ! On nage en pleine idolâtrie ! Cela fait inévitablement penser aux articles que l'on pouvait lire sur Joseph Staline, Mao-Tse-Toung, Adolph Hitler ou le président Nord Coréen dans leur pays ! Ce qui va causer la perte d'Angela, c'est l'effondrement de la construction européenne quand l'échec de l'Euro deviendra encore plus évident. Un mention spéciale pour l'acceptation joyeuse du ''grand remplacement'' pour faire face à l'évolution démographique : dans quelques décennies, l'Allemagne sera peuplée d'érythréens, arrivés par bateau à Lampédusa ?

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Ulrike Guérot

Ulrike Guérot est l'ancienne directrice du bureau berlinois du Conseil européen des relations étrangères. Elle a travaillé pendant vingt ans dans des think-tanks européens et a enseigné en Europe et aux Etats-Unis. Elle est la fondatrice et directrice de l'European Democracy Lab à l'European School of Governance de Berlin.

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Romaric Godin

Romaric Godin est journaliste financier. Ancien correspondant à Francfort pour La Tribune, il en est actuellement le rédacteur en chef adjoint.

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