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En marche à un rythme d’enfer vers... le délicat dilemme de la phase 2 du quinquennat Macron

Après l’enchaînement de réformes de ce début de quinquennat, la question pourrait être résumée ainsi : se reposer sur ses lauriers ou transformer (vraiment) la France ?

Casse-tête

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Le discours favorisant une redistribution se fait de plus en plus entendre, visiblement, au sein de la majorité. C’est une mauvaise idée : pour redistribuer, il faut avoir créé de la richesse ; or, à ce jour, aucun levier structurel n’a été mis en œuvre pour créer durablement une croissance forte. Cela n’interdit pas au Président d’aborder les questions sociales ; mais avant de redistribuer il faut les rendre efficaces.

Les prévisions de croissance ne tablent pas sur une conjoncture plus favorable dans les deux ans à venir, ce qui risque de rendre les résultats des actions engagées décevants… La phase 2 du quinquennat peut-elle conduire le gouvernement à défendre un "faux bilan"?

Quels sont les risques dans le contexte des futures échéances électorales?

Erwan Le Noan : Le Gouvernement devrait profiter du contexte économique favorable pour engager des réformes difficiles et libérer le pays de la dépense publique et de la fiscalité. Il n’en fait rien pour le moment. Une fois que la croissance va ralentir et que les échéances électorales vont se rapprocher, il sera toujours plus difficile de réformer ; et toujours plus tentant de faire quelques « cadeaux » à telle ou telle catégorie d’électeurs, comme l’ont fait tous les gouvernements.

Philippe Crevel  : Les faits économiques sont têtus. La France sort exsangue de plus de 30 ans d’errements économiques. François Mitterrand a instillé le virus de la dépense sociale qui représente plus du tiers du PIB. Jacques Chirac, surtout après les grandes grèves de 1995, a géré son temps. Nicolas Sarkozy a fait ce qu’il a pu dans la tourmente économique. François Hollande a, au nom de la synthèse, jamais choisi réellement une ligne économique pour le pays.  Pour redresser la barre, il faut plus que deux ans. La croissance potentielle, celle qui ne dépend pas de facteur extérieur est très faible, autour de 1 %. Elle est la conséquence du vieillissement de la population et du sous-investissement des dernières décennies. Elle est le produit de nos faibles gains de productivité, des 35 heures, de notre désindustrialisation, de notre mauvaise spécialisation économique et de notre médiocre système de formation. On ne réforme par décret. Ce n’est pas parce que des lois sont adoptées que la France se portera mieux. Ce n’est pas en construisant des villages de Potemkine que notre pays renouera avec la croissance et l’emploi. Si le Président de la République joue la monte et se met à avoir le calendrier électoral comme seul objectif, il sera certainement battu en 2022 car le bilan sera un trompe-œil. Dans chaque électeur, il y a un royaliste coupeur de tête. Les Français sont nostalgiques de l’époque des rois. Ils rêvent d’un souverain qui guérisse les écrouelles mais s’il n’a pas les talents escomptés, la peine capitale est exigée. Certes, le Président de la république pourra mettre en avant qu’il a respecté son programme à quelques nuances près. Il pourra indiquer que de toute façon il n’y a pas d’alternative sauf à mettre le pays en danger. Néanmoins, cela pourrait entraîner une volonté de défoulement au sein de la population. Par ailleurs, au regard du déficit, de la dette, du chômage, la France dispose de peu de marges de manœuvre pour contrer une éventuelle nouvelle crise économique à la différence de l’Allemagne ou des Pays-Bas. Or, nul ne peut affirmer que d’ici 2022 il n’y aura pas une nouvelle secousse de forte intensité en Europe ou dans le monde. De ce fait, il est imprudent de se mettre en mode électoral dès 2020 et de jouer la dichotomie du mandat.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 16/05/2018 - 09:38 - Signaler un abus Le virus de la dépense publique a été instillé par Mitterrand...

    le gauchiste...mais Macrouille est aussi gauchiste et aussi faux-cul que l’était Mitterrand. Comment Macrouille pourrait-il guérir la France de son virus gauchiste, alors qu’il est le vrai fils spirituel de Mitterrand-l’hypocrite?...depuis un an, les dépenses publiques ont augmenté de 45 milliards, et l’ année prochaine devra subir les reprises de dette SNCF, et le cadeau électoral de la fausse suppression de la taxe d’habitation....puis l'année d'après devra subir la promesse du revenu universel . Il « marche » tellement bien qu’il a déjà été abandonné en Finlande. Mais le passé ne fait pas peur à Macrouille...

  • Par Citoyen-libre - 16/05/2018 - 10:35 - Signaler un abus Le revenu universel !!!

    Effectivement le procédé apparaît comme une énormité. Pourtant, en 2020 seront mis en circulation les premiers véhicules de services autonomes. Il y a un nombre considérable de professions qui vont êtres atteintes dans les 10-15 à venir : taxi, chauffeur de camions, de trains, et beaucoup d'autres, y compris dans le tertiaire : juristes, greffiers, employé de banque, opératrices téléphones, etc. Que vont devenir ces gens ? L'Etat ne prépare rien et surtout ne veut rien voir.

  • Par Ex abrupto - 16/05/2018 - 11:24 - Signaler un abus Qu'il mette à son pgm

    la restauration de la fierté d'être français....

  • Par zen-gzr-28 - 16/05/2018 - 13:49 - Signaler un abus Vision à moyen et long terme

    Jupiter n'a pas l'air de s'en soucier. Ce gouvernement dépense sans compter, tape dans l'escarcelle des français sans retenue, fait des tas de réformettes, clive la société à tout va, nous bassine avec des âneries même pas drôles, fait semblant de prendre à bras le corps l'angoisse et la peur des citoyens face à l'islam radical quant aux réformes structurelles très attendues et souhaitées...qui vivra verra ! Ce président est très préoccupé de faire barrage aux partis d'opposition, pour assurer sa prochaine réélection : vision à court terme ...qui va durer encore 4 ans !

  • Par J'accuse - 16/05/2018 - 16:14 - Signaler un abus Les seuls lauriers sont ceux que se tresse Macron

    Les deux intervenants sont lucides: réformes superficielles et aucun problème résolu. Si les députés pensent avoir terminé en deux ans, on pourrait leur proposer de démissionner en 2019.

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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