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Sous-emploi record en Europe : après le chômage, l'autre poison silencieux qui traduit l'état réel du marché de l'emploi

Au delà des chiffres du chômage, le temps partiel contraint et le découragement face au marché de l'emploi gagnent encore du terrain. C'est bien 20% de la population active européenne qui est touchée.

Déprime cachée

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Sous-emploi record en Europe : après le chômage, l'autre poison silencieux qui traduit l'état réel du marché de l'emploi

20% de la population active européenne est touchée par le sous-emploi. Crédit Reuters

Selon les chiffres publiés par Eurostat ce 23 janvier, la zone euro compte environ 20% de sa population active au chômage ou en en situation de sous-emploi. En effet, en plus des 12,1% de chômeurs que compte la zone, c’est le sous-emploi qu’il convient de prendre en compte. Le sous-emploi peut être considéré comme la proportion de personnes au travail à temps partiel mais souhaitant travailler plus, soit 4,2%, cumulée aux personnes découragées par leurs recherches soit 4,5%. Le fait que ces statistiques ne soient pas calculées sur des bases identiques nous empêche de les additionner de façon parfaite, mais la somme totale de ces différentes catégories représente bien les 20% de la population active.

A titre d’exemple, l’Espagne compte à ce jour 26% de chômeurs, soit un taux supérieur aux célèbres 25% de 1933 aux Etats Unis, au pic de la grande dépression. Mais l’Espagne atteint surtout un taux de 38% de sous-emploi au sens large, chômage, temps partiel contraint, et découragement compris.

Cette part de la population active représente une importante offre de travail pour le marché européen, une capacité de travail qui est laissée de côté par le continent. Il s’agit de l’offre de travail que la trop faible demande européenne ne permet pas de combler. Car la logique économique mise en œuvre actuellement consiste à provoquer l’ajustement de cette offre de travail au niveau actuel de la demande. C’est-à-dire que les salaires devront s’ajuster suffisamment à la baisse pour que ces personnes puissent intégrer le marché de l’emploi.

Et ce processus a également un coût pour les personnes actuellement en poste. Alors que la crise de 2008 a été à l’origine d’un grand nombre de licenciements afin d’ajuster l’offre à la chute de la demande, la crise a eu également pour effet de mettre la pression à ceux qui restaient en poste. Chacun travaille plus, plus longtemps, afin d’améliorer sa productivité et ainsi baisser le coût relatif de son travail par une voie annexe. En étant plus productif à salaire égal, l’employeur opère un gain de compétitivité qui lui permet de ne pas sombrer. Mais cela ne suffit pas toujours. Entreprises et salariés sont ainsi pris au piège de la chute de la demande. Car l’ajustement ne peut se faire sur les salaires. Il s’agit ici de la notion de rigidité des salaires ; ceux-ci ne sont pas suffisamment flexibles pour pouvoir s’adapter au gré des cycles économiques. On ne baisse pas un salaire, on procède au licenciement.

Cette dégradation perpétuelle de la situation de l’emploi a une cause : il s’agit du processus de désinflation mise en place en 1983 en France et consacré par l’avènement de l’euro. Cette politique de faible inflation consiste à contenir la demande, c’est-à-dire de ne pas permettre à l’économie d’avancer à plein régime. Une contrainte. La productivité augmente, les salaires stagnent, et le nombre de personnes en situation de sous-emploi évolue année après année.

Bien entendu, cette situation est également liée à l’accroissement des inégalités et en est même la cause principale. Et pourtant personne n’y gagne. Les entreprises sont obligées de s’ajuster à des niveaux de vente décevants et ne peuvent se permettre d’investir dans leur avenir. Et bien que la stagnation des salaires permette aux actionnaires de prélever une part plus importante de la richesse créée dans le processus, cette portion n’est rien comparée à ce qu’elle aurait pu être avec une demande plus forte. 

 
Commentaires

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  • Par Chewbacca - 24/01/2014 - 10:49 - Signaler un abus Si seulement...

    "Le plus grand défi auquel sera confronté l’Europe au cours des prochains mois, des prochaines années : admettre, enfin, que ce modèle de développement est défaillant" => bon courage pour faire entendre raison aux autistes de Bruxelles. Après tout,tout va très bien pour eux, pas vrai?

  • Par vangog - 24/01/2014 - 12:08 - Signaler un abus Avec une monnaie surévaluée de 20%, l'Europe

    Social-démagogique possède 20% de sa population au chômage... Jusqu'ici, tout est logique!

  • Par caribou - 24/01/2014 - 12:53 - Signaler un abus L'euro est en commun mais pas l'inflation.

    LES PAYS NORD EUROPÉEN SONT À 1,5% D'INFLATION. Prendre le risque DE POURRIR LE BILAN DE LA BCE (ex: 13,7% de créance douteuse en Espagne, cela fait 197 milliard d'Euro soit 20% du PIB) parce que NOUS NE VOULONS PAS ÉVOLUER (la France)... Car le nœud du probléme est là, les allemands ne peuvent pas assumer seul. Et en ce qui concerne les inégalités, si la ''demande'' comblait les inégalités... Je crois que ça aurait fini par se voir avec ses centaines de milliards de redistribution, Etc... C'EST UN ÉCHEC QU'IL VA FALLOIR PAYER. Une dernière dose et j'arrête... L'excès de liquidités provoque une mauvaise allocation des fonds (trop de redistribution, dépense publique hors control, bulle immobilière, retraite a 60 ans, 35 heures,...)

  • Par la saucisse intello - 24/01/2014 - 17:32 - Signaler un abus @ caribou.............

    D'accord avec vous surtout en ce qui concerne les retraites. Notre souci ici (car Madame est concernée aussi ) est de savoir QUAND il va nous être annoncé que nous allons subir un coup de "rabot". TOUT condamne en effet le système actuel. Et puis il n'est pas concevable qu'un couple de retraités par ailleurs sans charges de famille, propriétaire, sans aucun crédit enferme x fois le smic chaque mois quand on voit se réduire comme peau de chagrin le nombre des cotisants. Pour mémoire, le gouvernement Ramadier (1947) avait établi le régime des retraites sur les bases suivantes : -Plein emploi. -Croissance à DEUX chiffres (reconstruction). -Travail de 14 à 65 ans. -Espérance de vie d'un ouvrier (classe la +nombreuse) : 68 ans. -Donc pour eux : 51 ans côtisés pour 3 ans (en moyenne) payés. Superposez ça aux chiffres actuels et pas besoin de discours ! En un mot, le système dans sa totalité est FOUTU !

  • Par mx - 24/01/2014 - 18:38 - Signaler un abus Pourquoi tout est a repenser

    C'est simple et bien expliqué http://www.economiematin.fr/les-experts/item/4828-croissance-robotique-perte-emploi-futur Les politiques sont a l'ouest, même en présence d'une croissance forte les emplois vont disparaitre, j'ai travailler pour un bureau d’étude et j'ai toucher du doigt ce que l'avenir nous réserve, notre société n'est vraiment pas prête. Quelque piste comme le silicium et nouvelle technologie mais encore secrète et je ne peut rien dire.

  • Par mx - 24/01/2014 - 18:41 - Signaler un abus A l'epoque

    Mon patron n’était que vice champion du monde en conception machine , le premier était coréen.

  • Par Misesrule - 25/01/2014 - 01:07 - Signaler un abus La déflation n'est pas un mal

    Tous le 19ieme siècle à été déflationniste. D'une manière générale tout commerce basé sur une monnaie saine (l'or par exemple) est par essence déflationniste. La déflation favorise l'offre, et l'investissement et pénalise les emprunteurs ce qui est une bonne chose. Mais surtout la déflation ne permet pas aux états de s'endetter à bon compte en espérant que l'inflation effacera leur dettes à termes. C'est pour cela que nos gouvernants on saborder l'or en tant que monnaie : pour avoir les coudés franche pour créer à loisir de la dette et de l'inflation et ainsi jouer les apprentis sorciers et donner libre court à leur lubies (guerre, achat de votes, projets pharaoniques...). Les deux principaux problèmes qui pèse sur nos société sont la poids financier énorme de l'état et sont poids réglementaire qui paralyse tout en entretenant une incertitude permanente sur le futur. Il faut libérer les individus du carcan étatique, c'est le seul moyen de faire repartir la machine.

  • Par Chewbacca - 25/01/2014 - 01:37 - Signaler un abus @ Misesrule

    Sauf quand général, on emprunte pour investir (les rentiers n'ont besoin ni de l'un, ni de l'autre), donc tout votre raisonnement tombe par terre.

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.

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