Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 17 Janvier 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Emploi : pourquoi l’impact de la robotisation et de l’ubérisation ne sont pas ceux que vous croyez

Si les deux phénomènes sont préoccupants, il faut se garder d'un certain catastrophisme : après tout, ces techniques et technologies sont ce que nous en faisons.

Technophobie

Publié le
Emploi : pourquoi l’impact de la robotisation et de l’ubérisation ne sont pas ceux que vous croyez

Atlantico ; Dans une note publiée ce 24 novembre, l'économiste Patrick Artus indique que les débats publics actuels révèlent deux idées reçues, sur la destruction de l'emploi d'une part, et du salariat d'autre part, par les nouvelles technologies et l'intelligence artificielle. Pourquoi s'agirait-il d'idées reçues ? 

Patrick Artus : En ce qui concerne les destructions d'emplois, nous avons beaucoup de données, et de travaux d'études sur celles-ci, et on voit très bien que l'installation d'un robot au sens large dans une entreprise à 3 effets. Le premier effet est de détruire des emplois localement, les emplois robotisés disparaissent. Le deuxième effet est de rendre l'entreprise plus efficace, ce qui lui permet de gagner des parts de marché, des clients etc… et va donc grandir plus vite, ce qui est créateur d'emplois. Et le troisième effet est la création d'emplois autour de l'entreprise, dans son bassin d'emploi, parce que l'entreprise distribue plus de revenus, donc génère plus de consommation, a besoin de services nouveaux.

Et quand on fait la somme de ces 3 effets, 1 négatif direct, et 2 positifs indirects, on obtient un léger effet positif. Les robots créent globalement de l'emploi. Simplement, les emplois créés sont souvent de plus mauvaise qualité que ceux qui ont été détruits. On détruit des emplois dans l'industrie pour créer des emplois dans les services, dans la distribution, dans la logistique, et on arrive à une situation ou s'il n'y pas de perte globale d'emplois, il y a une situation de dégradation de la qualification moyenne des emplois.

Le second sujet est celui du salariat. Mais il y a une confusion entre autonomie et salariat. On peut très bien être non salarié et ne pas être autonome ; un chauffeur Uber n'est pas très autonome en réalité, il dépend de l'application d'Uber, d'Uber pour sa rémunération. Et l'on peut être salarié et être totalement autonome. Par exemple, Google donne une énorme autonomie à ses salariés dans le travail. Autant, dans le monde d'aujourd'hui, nous avons besoin de gens qui sont autonomes dans leur travail, autant ceci ne nécessite absolument pas qu'il ne soit pas salarié. Aux États-Unis 95% des emplois sont salariés et la proportion de salariés ne cesse de progresser. Il y a donc une anomalie française et anglaise qui est celle de la hausse des non-salariés mais il faut voir qu'elle est plutôt liée au détournement du code du travail. Les chauffeurs Uber sont non-salariés parce que cela arrange Uber de ne pas avoir à s'occuper de leur protection sociale etc... Mais il n'y a pas de raison technologique au fait qu'ils ne soient pas salariés.

Puis, en regardant plus largement les pays qui sont les plus robotisés, on constate qu'il n'y a pas de lien avec le chômage. En prenant l'exemple extrême qu'est la Corée, on constate qu'elle a deux fois plus de robots par emploi que l'Allemagne qui en a elle-même deux fois plus que la France, ce qui montre un niveau de robotisation extrêmement élevé. Et malgré ce chiffre, la Corée est un pays qui a une industrie de grande taille, qui gagne des parts de marché à l'exportation, qui ne perd pas d'emplois dans l'industrie, qui est radicalement au plein emploi, qui fait des gains de productivité extrêmement rapides. Il n'y a aucune corrélation négative entre le taux d'emploi et le degré de robotisation, au contraire, la corrélation est légèrement positive. Il n'y a donc aucune évidence empirique que les pays qui ont fait un très grand effort de robotisation sont des pays qui ont des problèmes de chômage. Ils peuvent avoir des problèmes de déformation de la structure des emplois mais la France, qui a un taux de robotisation faible, a un niveau de chômage structurel extrêmement élevé, un problème de commerce extérieur, un taux d'emploi qui est assez faible.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ex abrupto - 04/12/2017 - 10:50 - Signaler un abus Le problème n'est pas...

    ...les pertes d'emploi éventuelles avec ce qu'on appelle dans cet article des "robots" (en fait des automates plus ou moins sophistiqués). Ce sera quand on en sera rendu à l'IA forte, qu'on aura franchi le seuil de la "singularité" (la machine a conscience d'elle-même).Atteindre cette étape estcontroversé,même sur le plan théorique. En attendant,pour qui a vécu (mon cas) dans ce monde d'automates industriel et administratif en foisonnement, il est clair que non seulement les emplois résultants sont de plus mauvaise qualité, mais en plus qu'ils sont moins nombreux. Ce n'est compensé que par une croissance compétitive LOCALE du business et n'est en aucun cas compensé par une croissance GLOBALE.

  • Par Deudeuche - 04/12/2017 - 11:07 - Signaler un abus @Ganesha

    Et oui les robots c’est comme la post modernité il parait que l’on ne peut pas s’y opposer.

  • Par Ganesha - 04/12/2017 - 12:20 - Signaler un abus Motivations réelles

    Les motivations réelles de cet article sont brièvement évoquées en haut de la page 3 : il s'agit de lutter contre les deux principes qui vont nécessairement découler de l'évolution actuelle, mais qui sèment la panique au MEDEF et dans les milieux boursiers : ''il n'y aurait que deux solutions possibles qui sont soit le partage du travail soit le revenu universel de base'' !

  • Par kelenborn - 04/12/2017 - 13:12 - Signaler un abus Désolé Ganesha

    Vous me faites de la peine car , à la différence de Vangode qui ne comprend pas qu'il ne comprend pas, vous ne voulez surtout rien entendre! Ce que décrivent Arthus et Bourgeot ( qui ne sont quand même pas Jacquet et Sylvestre! ) c'est ce qui s'est passé depuis les débuts de la révolution industrielle! Vous ressemblez au canuts jetant le métier de Jacquard dans le Rhône!!! Et le plus fantastique qui montre que le progrès technologique ne crée pas le chômage, c'est que l'accroissement de la productivité a permis de dégager des richesses pour...payer un crétin parasitaire comme Hamon et même des Verts qui veulent asphyxier l'économie pour retourner à la hache de pierre! Ca s'appelle cracher dans la soupe et c'est l'apanage des crétins!

  • Par cloette - 04/12/2017 - 14:03 - Signaler un abus @kelenborn

    le progrès technologique crée du chômage, mais celui ci a été remplacé par le passé par de nouvelles technologies.Comme aime à le dire Bouzou , on a remplacé la chandelle par les ampoules et les fondeurs de cire ont fabriqué des ampoules dans les usines .Dans le cas du futur immédiat, les robots sont censés faire le travail, donc ils feront celui qu'exigent les futures découvertes, non ? La triste réalité, c'est qu'en effet il y aura chômage pour tout ce que le robot peut faire ,il faudra des nouveaux métiers pour ce qu'il ne peut pas faire , et ce ne seront pas des découvertes techniques qui les créeront , ce sera le retour à la case départ : l'humain .

  • Par ajm - 04/12/2017 - 15:04 - Signaler un abus Robot et monnaie.

    Artus et Bourgeot disent en gros la même chose mais Bourgeot ajoute dans l'équation le facteur monétaire et politique économique, selon lui délétère, de la zone euro commandée par l'Allemagne et ses satellites Artus a , lui, un petit developpement intéressant sur le salariat aux USA qui va à l'encontre des clichés sur l'uberisation de la patrie historique des start-up.

  • Par ajm - 04/12/2017 - 15:21 - Signaler un abus Service et industrie, frontière pas si claire.

    Je ne suis pas trop d'accord avec cette idée de supériorité intrinsèque de l'emploi industriel sur l'emploi dans les services . En quoi un emploi d'OS â la chaîne est-il supérieur à un emploi de chauffeur routier ou de caissière de supermarché ? Peut-être parcequ'il est mieux payé en moyenne ? Mais cette différence de rémunération ( à valider ou pas) reflete-t-elle une différence de productivité et de valeur économique ou plutôt le poids des puissances historiques et syndicales ouvrières face à un univers des services très féminin , atomisé géographiquement et très peu syndicalise ? En outre, le prestataire de l'industrie comme informaticien, comptable ou agent de sécurité sera comptabilisé en "services" alors que son pendant travaillant chez Renault ou Saint-Gobain sera un travailleur "industriel".

  • Par kelenborn - 04/12/2017 - 15:54 - Signaler un abus cloette

    C'est louable de faire un effort pour raisonner et j'en prends acte! Une bonne partie des métiers qui existent aujourd'hui auraient été inconcevables sous Louis XIV pas seulement pour des raisons technologiques mais...parce que l'état de la productivité ne permettait pas de les financer.( 'on aurait pas pu payer plus d'un million d'enseignants!) D'autres métiers vont devenir possibles qui seront alimentés par les revenus générés par la croissance et si les gens préfèrent travailler moins longtemps on travaillera moins longtemps! A condition de ne pas casser le progrès technologique! C'est la raison pour laquelle je mets dans le même sac les imbéciles qui pensent que l'on peut générer un revenu universel en cassant le moule à gateaux (Hamon)tout comme les vieux réacs crétins qui ne braillent que contre les fainéants, les charges, les gauchistes tout en ajustant leur béret de milicien de Vichy !

  • Par kelenborn - 04/12/2017 - 15:59 - Signaler un abus ajm

    Service, industrie....ce n'est pas le critère! Le bon critère c'est la contribution aux exportations : les services touristiques génèrent plus d'exportations (rentrées de devises) que certains secteurs industriels mais, d'une manière générale , l'industrie et l'agriculture exportent plus que le tertiaire! simplement parce qu'un fonctionnaire ( tertiaire non marchand) ou un employé de Carrefour n'exportent rien mais importent beaucoup ! A priori, le second est peut être plus "nuisible" que le premier !

  • Par ajm - 04/12/2017 - 17:41 - Signaler un abus Exportations de services.

    Les exportations de services de la France ( tourisme, engineering, negoce et courtage, finance assurance, transports etc.) représentent à peu près la moitié des exportations de marchandise en valeur. Pour certains pays comme les Pays-Bas ou la GB le pourcentage doit être supérieure

  • Par ajm - 04/12/2017 - 18:08 - Signaler un abus Exportations des services n2

    Les exportations de services de la France en 2016 ont représenté 240 milliards de usd , soit 5% du total mondial, cinquième rang dans le monde. Contrairement à ce que je croyais, après verifications, le négoce ne figure pas dans les services mais est comptabilisé à part dans l'ensemble des données qui se deversent pour aboutir au calcul de la balance des paiements courants.

  • Par kelenborn - 04/12/2017 - 19:30 - Signaler un abus ajm

    Je n'avais pas tout à fait ces chiffres la mais peu importe: les services représentant en gros 80% de l'activité, la production de biens le reste , on peut en déduire qu'un actif, dans l'agriculture et l'industrie contribue 8 fois plus aux exportations qu'un actif dans les services! Ce couillon de Clinton qui expliquait que ce n'était pas grave si les USA se désindustrialisaient car on vendrait des services aux chinois et on paierait leurs marchandises avec des pièces jaunes avait tout simplement oublié que les chinois n'ont nul besoin de l'aide à domicile ou des conseils des "logues "

  • Par kelenborn - 04/12/2017 - 19:33 - Signaler un abus addendum

    Le RU est encore plus désindustrialisé que la France et son taux de couverture (biens) avec l'Allemagne n'est que de 50% contre 80 pour la France.Les NL c'est spécial parce qu'il sont un terminal pour le gaz

  • Par Anouman - 04/12/2017 - 20:10 - Signaler un abus Robots

    Supposons que la majorité des emplois soient remplacés par des robots (ce qui ne va pas arriver tout de suite mais pourrait toucher aussi bien l'industrie que les services) et que ces emplois ne soient pas remplacés par d'autres. Il deviendrait alors totalement inutile de produire des biens que personne n'achèterait car n'ayant pas d'emploi et donc de revenu (et il n'y aurait pas non plus de revenu universel car il n'y aurait plus de moutons à tondre à la coupe Bercy). Et c'est la raison pour laquelle cela n'arrivera pas car personne ne va investir dans une entreprise s'il n'y a personne pour acheter les biens produits. Et les investisseurs ne veulent pas disparaître car ils en tirent un profit. Les solutions vont donc se trouver au fil du temps sachant que les moins cons en profiteront plus tôt. Et que les moins cons ne semblent pas se trouver chez nous, mais cela peut évoluer.

  • Par cloette - 04/12/2017 - 20:44 - Signaler un abus @anounan

    en effet si le chômage sévit , inutile de fabriquer des biens qui ne pourront être achetés, mais vous oubliez quelque chose ; le crédit , c'est lui qui fait tourner la machine . Le crédit crée l'argent, les remboursements se feront sur un long temps, et il y aura des intérêts qui permettront aussi de faire tourner le manège . Bien sûr il faudra le fameux revenu universel, dont comme par hasard on commence à parler . Qui est pour ? La gauche, celle qui est anti- nation ,celle du "système" ,ou... la droite des "constructifs" ! Autre solution, la décroissance plutôt que la croissance, les biens seulement pour une minorité, les robots font du service, produisent peu,les humains travaillent peu aussi, je me demande si cela n'a pas déjà commencé ...

  • Par Myriam50 - 05/12/2017 - 12:45 - Signaler un abus A lire la première phrase et

    A lire la première phrase et je devine un article d' un journaliste de la maternelle. Mais le monde n'est que ce que nous voulons en faire ! Pfff...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

Voir la bio en entier

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€