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L'Empire romain, nid d'espion : comment les empereurs ont maîtrisé l'art du renseignement pour maintenir leur pouvoir

Pour cerner une réalité obscure, mal connue et mal comprise, cet ouvrage conçu par un spécialiste présente l'histoire, les méthodes et les acteurs du renseignement, en France, des origines à nos jours. Extrait du livre "Le renseignement: Histoire, méthodes et organisation des services secrets" de Christophe Soullez, aux éditions Eyrolles. 1/2

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L'Empire romain, nid d'espion : comment les empereurs ont maîtrisé l'art du renseignement pour maintenir leur pouvoir

Du temps de l’Égypte antique, les pharaons utilisent des espions en vue de prendre le pouls des populations locales et surtout de se tenir informés d’éventuels complots. C’est lors du règne de Ramsès II (1298-1232 avant J.-C.) que le renseignement devient un art militaire et permet à celui-ci de gagner la bataille contre les Hittites malgré leurs tentatives d’intoxication et de contre-espionnage. Si le pharaon fait appel à des espions pour gagner les guerres, il s’entoure aussi, à la cour, de conseillers chargés de sa sécurité en vue de déjouer d’éventuelles conspirations.

Les Assyriens comprennent aussi très rapidement l’intérêt de l’espionnage et du contre-espionnage. Ils développent un vaste réseau d’espions et de messagers et construisent de nombreuses routes en vue, notamment, d’améliorer la rapidité de la transmission des informations. Les Perses, et notamment les empereurs Cyrus et Darius, organisent le renseignement. Au sein des différentes provinces, les gouverneurs sont chargés de faire remonter les informations pouvant intéresser le pouvoir au chef de l’administration : l’Œil du roi. Ils favorisent également le développement du réseau routier et du service postal. Une information qui arrive vite est une information utile.

Les Grecs et les Romains vont mettre du temps à s’intéresser à l’espionnage. Pour eux, la guerre se gagne avant tout par la force, l’infanterie et le courage des guerriers. Les Grecs préfèrent aligner des rangées de soldats (hoplites3 ) plutôt que de recourir à l’information. L’espionnage est purement tactique et ne consiste généralement qu’à l’envoi d’éclaireurs. Toutefois, à Athènes ou à Sparte, commencent à émerger des polices politiques devant assurer la surveillance des esclaves ou des étrangers à la cité. Durant les guerres puniques (264-146 avant J.-C.) entre Rome et Carthage, les Phéniciens, qui se sont largement inspirés des méthodes d’espionnage éprouvées en Orient, notamment dans le domaine économique et commercial, forment un véritable réseau d’espions en Italie. Ceci permet à Hannibal de mettre à mal l’armée romaine pendant de nombreuses années.

Conscients de leurs faiblesses, et dotés d’une réelle capacité de remise en cause, les Romains comprennent vite l’intérêt de maîtriser l’art du renseignement. Durant la conquête de la Gaule, Jules César s’abreuve de renseignements recueillis par ses espions, ou auprès des déserteurs de l’armée ennemie, des prisonniers ou des populations soumises, en vue d’adapter sa stratégie et ses tactiques. S’il n’institutionnalise pas le renseignement, il sait en faire usage dans sa volonté de conquête de nouveaux territoires.

Le code de César

Qui dit «  information et renseignement  » dit «  volonté de cacher cette information ». Les hommes ont ainsi toujours éprouvé le besoin de modifier un texte afin de le dissimuler à la vue des personnes non autorisées. Pour celui qui a obtenu une information capitale, il est indispensable que l’ennemi ne le sache pas, ou surtout qu’il n’ait pas connaissance qu’il en dispose. C’est pourquoi le chiffrage de l’information est inhérent au développement de l’espionnage. Cette science s’appelle la cryptographie. L’un des premiers codages utilisés est le code de César, qui doit son nom à l’empereur romain Jules César. Il consiste à décaler chaque lettre de l’alphabet de trois rangs (A devient D, B devient E, etc.).

À la mort de César (44 avant J.-C.) et alors que Rome devient un empire, l’administration s’organise. Les provinces romaines doivent être surveillées et administrées. Le renseignement devient un moyen pour le pouvoir central de savoir ce qui se passe dans les contrées éloignées de Rome et de connaître l’état d’esprit des populations conquises. Les Romains mettent alors en place une organisation avec trois types d’espions en fonction de la nature de l’information recherchée :

• les speculatores, éclaireurs rattachés aux légions qui s’occupent du renseignement tactique ;

• les procursatores, chargés de collecter de l’information logistique (gués, terrains, positions et déplacement des ennemis) ;

• les frumentarii, passés de courtiers en grain à agents de renseignement, attachés aux informations stratégiques (approvisionnements, relations entre alliés, analyses géopolitiques).

Peu à peu, les frumentarii étendent leurs missions et s’impliquent dans la surveillance des ennemis mais aussi des proches de l’empereur. Ils s’intéressent à tous les mouvements subversifs, dont ceux des premiers chrétiens d’Orient qu’ils n’hésitent d’ailleurs pas à traquer. L’empereur Dioclétien supprime cette basse police formée par les frumentarii. Soucieux de maintenir un appareil de renseignement efficace, il crée les agentes in rebus. Ces hommes, qui ne sont pas rattachés à l’armée mais à un service impérial, sillonnent l’Empire et collectent une multitude d’informations pour l’empereur. Le renseignement militaire demeure de la compétence des exploratores.

Extrait du livre "Le renseignement: Histoire, méthodes et organisation des services secrets" de Christophe Soullez, aux éditions Eyrolles

 
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  • Par alghandy - 16/12/2017 - 20:14 - Signaler un abus Jules césar ne fut jamais

    Jules césar ne fut jamais Empereur.

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Christophe Soullez

Christophe Soullez est criminologue et dirige le département de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Il est l'auteur de "Histoires criminelles de la France" chez Odile Jacob, 2012
et de "La criminologie pour les nuls" chez First éditions, 2012. 

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