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L'empathie, cette incroyable compétence en matière de management

Etre empathique suppose de savoir se mettre à la place de l'autre. Norbert Alter explique pourquoi il s'agit d'une qualité essentielle en matière de management. Extrait de "La force de la différence : Itinéraires de patrons atypiques" (2/2).

Bonnes feuilles

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Être empathique suppose de savoir se mettre à la place de l'autre, et il est infiniment plus aisé d'opérer ce type de mouvement lorsqu'on ne dispose pas d'une place sociale attitrée que lorsque celle-ci se trouve attribuée et acceptée comme une sorte d'état de nature. Il est infiniment plus aisé de se dévoiler lorsque l'autre représente ce voyageur, celui qui n'est pas vraiment de notre monde mais que l'on croise, dans un train, à l'épicerie ou dans toutes sortes de configurations professionnelles.

Pour toutes ces raisons, même si les patrons atypiques ne sont pas systématiquement plus sympathiques que les autres, ils sont, à coup sûr, plus empathiques et ils mobilisent les personnes, plus que les personnages, parce qu'ils se moquent plus largement que les autres des rôles convenus. Cette disposition représente une véritable compétence en matière de management, parce qu'elle permet de soustraire la capacité d'action aux registres formalistes des savoirs gestionnaires. Il en va ainsi pour ce chef d'entreprise autodidacte, qui s'embarrasse assez peu de techniques dites scientifiques en matière de recrutement, et qui s'intéresse assez peu à des curricula vitae parfaits. Il laisse largement de côté le passé du candidat mais cherche, derrière le salarié potentiel, la personne, celle qui fonde son engagement, et à laquelle il peut donner sa chance. Cette démarche va jusqu’a accepter des profils formellement de « mauvaise qualité »:

« Pourquoi je ne tendrais pas la main à ceux qui ont envie de travailler? La priorité c’est la motivation et le travail. Par contre on est très sélectif en amont, on regarde la personnalité de l’individu, et je ne recrute que comme ça, y compris en interne. Son cursus et ses compétences acquises à un moment donné, je m’en fous. Moi ce qui m’intéresse c’est la personnalité (…).

Cette même compétence sociale peut amener à faire respecter sa différence en déplaçant une interaction fondée sur des stéréotypes à une interaction fondée sur une expérience réciproque. Elle consiste à faire passer l'autre d'une positon de rôle à une positon de sujet, de personnage à personne. Ce face à face suppose à la fois de comprendre ce que l’autre peut accepter, du point de vue du dévoilement, mais également de prendre le risque de baisser la garde (celle du rôle) le premier. Dans ce type de relation, le différent mobilise ainsi une sorte de qualité pédagogique fondée sur l'exemple: « je prends le risque d'être moi-même, de sortir des rôles convenus, alors faites de même, ne restez pas à l'abri de votre rôle ». Voici un exemple de la manière dont ce schéma opère, dans le rapport d'une dirigeante à ses homologues masculins:

« Pour moi c’est très important de ne pas renoncer à ce qu’on est. Je pense être féminine, et avoir envie de l’être, donc je ne vois pas pourquoi je changerais. Je sens qu’il faut faire attention par rapport au côté sexy, suivant les situations, mais je dirais que pour moi ce n’est pas tellement lié aux hommes, c’est plus par rapport aux situations. (...) La première chose c’est de désarmer l’agressivité possible, de désarmer par de l’empathie. Parce que moi en fait j’aime fondamentalement l’harmonie, et je ne supporte pas le conflit, l’agressivité. (...) Ce qui fait qu’à un moment donné, quand vous arrivez à désarmer des gens, ils ne sont plus dans une relation de séduction ou de quoi que ce soit, ils sont plus dans une relation on va dire d’empathie réciproque. »

 
Commentaires

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  • Par sam84 - 06/01/2013 - 11:31 - Signaler un abus L'empathie,ouais

    Cette habileté de certains managers est un acte quelque peu manipulateur ,dont l'objectif finale est d'obtenir du des salariés qu'ils agissent selon les vues et les objectifs de l'entreprise C'est au départ assez homéopathique,voir totalement inaperçu Sauf que la "victime" de l'empathique prend un jour conscience que ce dernier se glisse quotidiennement dans ses chaussons et il en ressent alors outre une grande désillusion,un ressentiment vis a vis de ce manipulateur et met en place une stratégie qui conduit au conflit larvé De l'empathie certes mais pas trop n'en faut comme pour l'autorité,le charisme,et l'omniscience Tout est affaire de dose ,d’équipe ,de circonstances etc etc C'est de l'humain et en la matière il n'y a pas de bonnes solutions Par contre il y a des modes dans le management comme partout,aujourd'hui c'est l’empathie Un cataplasme qui ne fera pas longtemps illusion

  • Par sicenetoi - 06/01/2013 - 11:48 - Signaler un abus Norbert Alter ?

    Il devrait être embauché par le MEDEF afin de les conseiller dans la négociation en cours avec les organisations syndicales.

  • Par General3Gaulle - 06/01/2013 - 11:49 - Signaler un abus La force de la différence la bonne bague

    La différence n'est pas du tout forcement une chance... la ratp c'est engagé dans une politique en faveur des minorites visibles (discrimination positive) aujoud'hui elle a gérer la différence de certains de salarié qui ont une pratique de l'islam qui pose probleme au quotidien dans l'entreprise. Hors c'est bien des RH et des syndicats qui ont osé nous embarques dans cette politique lamentable. La pensée unique qui se reduit a nous faire croire que la différence est une chance c'est du grand n'importe quoi. Le patronnat a surtout compris que recruter des minorites visible venu du continent africain c'est d'avoir la paix car leur engagement collectif c'est le communautarisme religieux et pas dans les syndicats contrairement a l'immigration intra européene lors de la crise de 29 ou les immigres sont allez alimenter le front populaire. On est en pleine crise économique c'est quoi l'engagement collectif des minorités visibles ? Toute façon vous avez totalement detourner la psychologie du travail pour en faire des pratiques de manegement degradant dans les entreprises. Le couplet sur l'empathie .. pitié la réalité c'est pas le pays des bisounours

  • Par Lna - 06/01/2013 - 14:20 - Signaler un abus Empathie et intuition

    La fonction de DRH ne devrait pas inclure le recrutement. En effet, un DRH ne peut être ni empathique, ni intuitif. Il doit faire rentrer dans des "cases" les qualités, l'expérience, la personnalité d'un candidat. Il est nécessaire et urgent de procéder autrement. La nature humaine est faite pour être en relation avec l'autre/les autres et c'est le désir (sous son sens noble) qui va entraîner la motivation. Un patron avec qui on peut parler tout en respectant son espace vital (il n'est pas question de le polluer non plus pour n'importe quelle raison) sera gagnant (presque toujours) parce que ses subordonnés auront envie d'en faire plus. Oui à l'empathie, qu'attend-on pour cultiver cette qualité ?

  • Par Ravidelacreche - 06/01/2013 - 15:30 - Signaler un abus Norbert Alter Il a passé treize années à France Telecom

    Je télécompathie.

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Norbert Alter

Norbert Alter est docteur en sociologie et professeur à l'université Paris-Dauphine. 

Il a passé treize années à France Telecom, d'abord comme cadre administratif puis comme sociologue.

Il est également Co-directeur du master "Management, travail et développement social" à l'université Paris-Dauphine. 

Spécialiste du monde du travail, il est l'auteur de nombreux livres, dont Donner et prendre : la coopération en entreprise (La Découverte, 2010).

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