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Et si Emmanuel Macron trouvait des candidats pour occuper tous les emplois vacants, combien de chômeurs resterait-il encore en France ?

Emmanuel Macron a déclaré, ce week-end, lors des journées du patrimoine, à un jeune au chômage qui l’interpellait, qu’il n’avait qu’à traverser la rue pour trouver un emploi.

En traversant la rue

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Et si Emmanuel Macron trouvait des candidats pour occuper tous les emplois vacants, combien de chômeurs resterait-il encore en France ?

 Crédit Anne-Christine POUJOULAT / POOL / AFP

Atlantico : Si tous les emplois vacants étaient occupés, combien de Français seraient encore au chômage ? Quelle part du chômage serait véritablement résorbée ? 

 
Michel Ruimy : Dans un contexte de chômage élevé, l’existence d’emplois ne trouvant pas preneur est un paradoxe fréquemment dénoncé. Les chiffres avancés voire les mots utilisés pour décrire cette situation sont nombreux et imprécis, ce qui aboutit à une absence de diagnostic pertinent sur le sujet. Les termes d’« emplois vacants », d’« offres non pourvues », de « difficultés de recrutement » ou de « métiers en tension » sont généralement utilisés de manière indifférenciée, alors même qu’ils recouvrent des réalités très différentes.
C’est pourquoi, avant de répondre, il convient tout d’abord de définir les expressions.
 
Eurostat, l’organisme européen des statistiques, définit les emplois dits « vacants » ou « postes à pourvoir » comme des postes libres, qu’ils soient nouvellement créés ou inoccupés voire encore occupés et sur le point de se libérer, pour lesquels des démarches actives sont entreprises pour trouver, à l’extérieur de l’établissement, le candidat convenable dans l’immédiat ou dans un avenir proche. Le recrutement souhaité peut correspondre soit à un contrat à durée indéterminée, soit à un contrat à durée déterminée, soit à un emploi saisonnier, même de courte durée. Généralement, on évalue leur ordre de grandeur, en France, approximativement à 300 000. Donc, si ces emplois devaient être occupés, la population au chômage, selon la définition de Pôle emploi, reculerait d’environ 5% puisque, toutes catégories confondues, elle s’établit à 6,3 millions environ.
 
Mais, le niveau des emplois à pourvoir n’apporte pas d’information claire sur la situation du marché du travail. Son évolution au regard de celle du chômage semble indiquer plus de choses, notamment les problèmes structurels du marché du travail français. En d’autres termes, ce n’est pas une réponse quantitative qu’il convient d’apporter à cette question mais qualitative. Il y a une inadéquation de l’offre de travail à la demande de travail. Tout le monde ne peut pas remplacer tout le monde, malheureusement. Ce serait trop beau ! Le profil des individus au chômage est trop hétérogène et les compétences demandées également. 
 
Dans ces conditions, quelle part du chômage serait véritablement résorbée ? Vaste question à laquelle il est difficile d’y répondre simplement car on peut distinguer trois grands ensembles de facteurs explicatifs des difficultés de recrutement dans certains métiers, souvent aggravées par des problématiques transversales.
 
Tout d’abord, il y a le déficit d’attractivité de certains métiers, qu’il soit lié à des facteurs objectifs (conditions de travail difficiles, horaires atypiques, etc.) ou subjectifs (manque d’information, image négative du métier ou du secteur). Ensuite, il y a l’inadéquation entre les compétences attendues par les recruteurs et celles disponibles, en raison d’un déficit (réel ou ressenti) de compétences des candidats (formation initiale ou continue inadaptée, manque d’expérience professionnelle). Enfin, il y a le manque de fluidité du marché du travail en raison d’une segmentation du marché du travail selon les métiers (marché externe, interne, professionnel) ou le genre, d’une mobilité géographique insuffisante ou encore de certaines règles et du fonctionnement du service public de l’emploi. Le manque d’information de certains demandeurs d’emploi en matière de recherche d’emploi (et le manque de maîtrise de ces techniques) ainsi que les difficultés rencontrées par certains employeurs (notamment dans les entreprises de petite taille qui embauchent plus rarement) interviennent également.
 
Ainsi, au global, les difficultés de recrutement se retrouvent dans les services à la personne (aides à domicile), dans les métiers de l’hôtellerie-restauration, de bouche (boucher, charcutier, boulanger, pâtissier, etc.) ou encore des métiers très spécialisés comme les ouvriers qualifiés en reliure, gravure ou métallerie d'art, les inspecteurs de conformité ou les spécialistes de l’appareillage, en passant par les conducteurs (engins agricoles, transport en commun, engins du BTP, etc.).
 
En outre, il existe d’autres facteurs explicatifs qui renvoient à certaines problématiques transversales pouvant aggraver les difficultés de recrutement. C’est le cas de certaines caractéristiques « temporelles » d’une activité (forte saisonnalité, cycles longs, sensibilité à la conjoncture, etc.) ou certains aspects liés à la dimension géographique de l’emploi (dynamiques territoriales particulières, problématique de la mobilité géographique).
 
Philippe Crevel : Selon le Ministère du travail, la France comptait à la fin du 2e trimestre 2018 153 000 emplois vacants. Certaines études mentionnent l’existence de 300 000 postes non pourvus. Le nombre de postes vacants évolue en fonction de l’état de la conjoncture mais a tendance à augmenter sur longue période. Il est passé de 46 000 au 2ème trimestre 2003 à 82 500 au 2ème trimestre 2008. Il a fortement reculé durant la crise en tombant à 38 000 au 2ème trimestre 2009. Après la récession, il s’est mis à progresser rapidement tout en connaissant une petite baisse entre 2012 et 2013. Mais, depuis 2015, le nombre de postes non pourvus a été multiplié par trois. De nombreuses entreprises n’indiquent pas qu’elles ont des postes vacants. Certains dirigeants peuvent renoncer à chercher un salarié, convaincus qu’ils ne trouveront pas. Mais quel que soit le chiffre retenu, il y a un écart important entre le nombre de demandeurs d’emploi et celui des postes vacants.
 
A fin juillet, la France comptait 3,5 millions de demandeurs d’emploi de catégorie A. En prenant en compte toutes catégories (A, B, C), le nombre de demandeurs d’emploi atteint toujours à fin juillet, 5,65 millions. En intégrant les personnes se trouvant dans le halo du chômage, c’est plus de 6 millions de personnes qui sont sans emploi, en sous-emploi ou à la recherche d’un emploi convenant à leurs souhaits. La France est confrontée à un chômage de masse depuis des années provoqué tout à la fois par une hausse des prélèvements obligatoires et par des mesures malthusiennes en matière d’emploi. Les exonérations de charges sociales sur les bas salaires n’ont pas incité les entreprises à monter en gamme et les actifs à se former. Le système d’indemnisation du chômage est déresponsabilisant. Les pouvoirs publics ont trop longtemps considéré que le versement des allocations chômage suffisaient à résoudre le problème. Le demandeur d’emploi est plutôt laissé seul, peu conseillé, peu encadré. Comme en France, les corps intermédiaires sont faibles, il ne peut que se reposer sur son réseau s’il en a un et sur sa famille. Pôle Emploi n’a jamais été en capacité de faire du placement malgré plusieurs réformes.
 

 
Commentaires

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  • Par vauban - 17/09/2018 - 10:45 - Signaler un abus Continuons à transformer les chefs d entreprises

    En assistant social,familial,percepteur,assureur maladie. .....tout en le qualifiant d,exploiteur et de salaud...... Et le travail salarié va disparaître Vive la société socialiste ,un emploi de fonctionnaireà 28h pour tous et on serre les dents

  • Par essentimo - 17/09/2018 - 10:58 - Signaler un abus 6 300 000 chômeurs

    = 9% de taux de chômage. 300 000 emplois pourvus font baisser le nombre de chômeurs de 5 % mais le taux de chômage lui, reste à 8.57 %.

  • Par Ganesha - 17/09/2018 - 12:29 - Signaler un abus Serais-je distrait ?

    J'ai lu attentivement cet article, mais une seule fois ! Si j'en trouve le temps, je le relirai à nouveau ! Mais, vous pouvez peut-être m'aider : il me semble que sur ces trois pages, je n'ai pas vu mentionner l'hypothèse que si certains postes de travail restaient vacants, c'était tout simplement parce que le salaire n'était pas suffisamment attractif ! Ces deux auteurs ne seraient donc que des ''crevures libérales'' ? Si j'ai été distrait, pourriez-vous me fournir la citation ?

  • Par Ganesha - 17/09/2018 - 12:31 - Signaler un abus Hymne entraînant !

    En tout cas, l'avant-dernier paragraphe est un hymne merveilleusement entrainant, nous chantant les incontestables bienfaits de l'immigration !

  • Par Liberdom - 17/09/2018 - 13:06 - Signaler un abus Question fondamentale.

    Si le foutriquet devait trouver un candidat à tous les emplois vacants, combien de fois devrait-il traverser la rue ?

  • Par tubixray - 17/09/2018 - 14:06 - Signaler un abus Formation

    Combien de dizaine de milliers d'étudiants dument diplômés en sciences sociales ou lettres encombrent ils pole emploi ???.. Quand l'université va t'elle enfin former les étudiants à un "métier" (quelle horreur).....Quand les enseignants de collège cesseront ils de mépriser les filaires professionnelles ?....

  • Par vangog - 17/09/2018 - 14:37 - Signaler un abus Moi, je lui aurais répondu « chiche, traversons la rue! »

    et on aurait vu si l’action de Macrouille était au niveau de son bla-bla...aucune illusion, à ce propos! Mais les offres d’emploi « raisonnables » devraient être dans les fonctions de pôle emplöi- en principe, non du chef de l’état, qui est de manager tout ça...mais le management est mal fait. Normal! Car on ne peut pas causer tout le temps- et manager...

  • Par theodorum - 17/09/2018 - 17:16 - Signaler un abus Nul, comme ses prédécesseurs énarques !

    Et les 5 millions d' autres chômeurs ? Et les charges sociales les plus lourdes d'Europe, d'après l'Institut Molinari en 2015 - voir Le Figaro - ? C'est de son ressort : il s'occupe de ce qui ne le regarde pas - trouver du travail à un chômeur - et il ne fait pas ce qui le regarde. Pendant ce temps la France s'enfonce et les déficits augmentent ! Et il veut imiter l'Allemagne, s'attaquer aux dépenses alors que c'est un problème de recettes ! Il s'est balladé au Danemark en vélo, mais il a oublié de dire que là-bas 87% des charges incombent à l'impôt sur le revenu et n'entrent pas dans le calcul des prix, d'où la compétitivité danoise et un PIB en hausse ! Comme charlatan on ne fait pas mieux. Chirac et Hollande exceptés, énarques aussi !

  • Par Michel Baubet - 17/09/2018 - 18:21 - Signaler un abus Etudiants en lettre

    Dans les autres pays on donne leur chance aux jeunes, sans s'occuper de leurs diplômes ! En Angleterre par exemple, une ebanque n'hésite pas à embaucher un historien ! Mon fils travaille depuis quinze ans en Irlande chez SAP, il est cadre, et il n'a qu'une licence de géographie

  • Par Ulysse85 - 17/09/2018 - 18:35 - Signaler un abus Certains commentaires pointent la faute au "libéralisme" !!!???

    Bonjour des Etats-Unis où je suis en visite après y avoir vécu quelques années. Un commentaire pointant du doigt les bas salaires qui seraient dus au "libéralisme" (essayant en plus de discréditer l'auteur de l'article) me sidère. Juste un exemple (il y en a beaucoup d'autres) la Suisse, il n'y a pas de salaire minimum mais les salaires les plus bas sont au moins le double de la France, le statut spécifique des fonctionnaires n'y existe quasiment plus, les exportations suisses battent des records malgré les hauts salaires. Et des frontaliers français traversent la frontière pour aller travailler dans cet enfer ultra-libéral, sont-ils fous? Aux Etats-Unis la mobilité n'est pas un vain mot mais il n'y a pas de taxe pour acheter et vendre son logement alors qu'en France le gouvernement et les élus locaux discutent d'augmenter les droits de mutation. Les taxes immobilières locales sont concentrées sur les taxes foncières, ce qui est bon pour l'économie et donc l'emploi. En France, technocrates et politiques terrorisés par une opinion manipulée par les médias font tout l'inverse des pays bien gérés.

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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