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Emmanuel Macron ou le chaos ? Pourquoi il faut s’inquiéter de cette absence d’opposition crédible que soulignent les sondages

Entre une cote de popularité qui baisse, un désamour marqué des classes populaires et un sentiment d'impuissance de l'opposition, la situation est moins simple qu'on ne le croit pour le Président Macron.

Ca va mal se terminer

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Emmanuel Macron ou le chaos ? Pourquoi il faut s’inquiéter de cette absence d’opposition crédible que soulignent les sondages

Atlantico : Dans le JDD du 22 octobre, un sondage montre que la cote de satisfaction du Président de la République baisse de 3 points en octobre pour atteindre 42%, mais une autre enquête de l'IFOP affirme que si le premier tour d'une élection présidentielle avait lieu aujourd'hui, Emmanuel Macron serait crédité de 28% des sondages, soit 4 points de plus qu'en avril dernier. Entre une droite qui s'effondre, une gauche qui bat de l'aile (Mélenchon baisse de 2% d'intention de vote par rapport à avril) et un FN bloqué à 21%, ne faut-il pas s'inquiéter d'un paysage politique qui ne propose plus que Macron comme seul personnalité propre à gouverner, du fait de l'absence d'opposition crédible ?

Bruno Cautrès : C’est tout d’abord une question de temps. Emmanuel Macron a été élu il y a six mois seulement. C’est 10% de son mandat. Les deux familles politiques de la gauche et de la droite ont non seulement été profondément déstabilisé par le succès fulgurant du mouvement En Marche et de son candidat mais aussi du fait d’avoir été éliminés du second tour de la présidentielle. La situation serait bien différente si François Fillon ou Jean-Luc Mélenchon avaient affronté Emmanuel Macron dans le duel final.  Et il faut rappeler que Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon réalisent des scores qui ne sont pas si éloignés les uns des autres. Tout ceci pour expliquer que les oppositions à Emmanuel Macron vont se reconstruire progressivement. Mais pour ce qui concerne aujourd’hui, seule la France Insoumise semble tenir le rôle d’opposant frontal à Emmanuel Macron. En prenant le recul du temps long, on s’aperçoit que les mois qui suivent l’élection présidentielle donnent souvent ce sentiment : le nouveau pouvoir est dans la dynamique de sa victoire, le camp qui a perdu semble durablement affaibli et sa réorganisation être son principal sujet de préoccupation. Rappelons-nous le désastre pour la gauche en 1993 alors que Lionel Jospin sera en tête du premier tour de la présidentielle de 1995  et premier ministre (de cohabitation) en 1997 ; rappelons-nous la large victoire du PS aux européennes de 2004 deux après le séisme du 21 avril 2002. Ces contre-exemples ne font certes pas une théorie et l’élection de 2017 bien marque une profonde rupture des français vis-à-vis des deux formations politiques qui dominaient à gauche et à droite. L’inquiétude quant au bon fonctionnement de notre démocratie me vient davantage vis-à-vis des effets du scrutin majoritaire à deux tours que vis-à-vis du fait que les oppositions peinent à retrouver leur rôle : au premier tour des législatives, quelques semaines après la victoire d’Emmanuel Macron, l’abstention a été majoritaire (51.30% et 57.36% au second tour) ; avec 28.21% des exprimés au premier tour, le mouvement d’Emmanuel Macron réalise 43.06% au second tour et obtient 306 sièges de députés. Mais avec 15.77% au premier tour et 22.23% au second, LR obtient 112 députés soit près de trois fois mois. Et l’on pourrait prendre l’exemple du FN ou de la France Insoumise également.

Nicolas Sarkozy aurait déclaré selon un indiscret du Parisien que le quinquennat d'Emmanuel Macron allait "très mal finir", parlant de son accession au pouvoir comme un "hold-up géant" et déclarant qu'il ne s'adressait pas à la "France qui perd". Même s'il le combat, ce sentiment est-il aujourd'hui capable de se retourner contre le Président actuel ?

Il est certain que pour le moment, l’orientation générale des mesures annoncées par le nouveau pouvoir s’inscrit d’abord et avant tout dans une perspective de « libéraliser » l’économie française. On voit bien que les annonces sont toujours dans le même sens : d’abord des mesures économiques trouvant leur inspiration plutôt au centre-droit et ensuite des annonces qui portent plutôt sur des mesures de centre-gauche. Ce sentiment est peut-être en trompe l’œil car des mesures comme la suppression de la taxe d’habitation vont bien dans le sens de mesures qui redonnent aux français concernés du pouvoir d’achat.  Mais ce sentiment vient du cadrage effectué cet été : les premières mesures annoncées ont été davantage de centre-droit que gauche. La France qui souffre le plus de l’exclusion sociale et des grandes injustices socio-économiques devrait être bien davantage une priorité ; le fort soutien dont Marine Le Pen a bénéficié dans les milieux populaires, chez les précaires, ne s’est pas volatilisé sous l’effet de la crise interne du FN et du trou d’air post-défaite de la candidate du FN. Le nouveau pouvoir doit se demander à un moment donné s’il considère les classes populaires comme une priorité ou pas de son action et de son spectre politique. Le discours d’Emmanuel Macron, sa tonalité sur l’Europe ou sur la France qui « gagne », aura du mal à incarner cette dimension plus populaire. Le grand rendez-vous pour savoir si la belle histoire « finira mal » sera le bloc élections européennes-élections municipales (2019 et 2020) qui sera la « balle de match » du mandat d’Emmanuel Macron : si les oppositions connaissent alors un fort rebond, alors la dynamique sera plutôt négative pour Emmanuel Macron quant à la fin de son mandat ; si LREM connait au contraire une victoire à ces élections, alors la belle histoire aura des chances de mieux se terminer que le sombre pronostic de Nicolas Sarkozy…

Cette tension autour d'Emmanuel Macron procède-t-elle d'une vision du pouvoir trop centrée sur la personne présidentielle selon vous ?

En partie oui. Emmanuel Macron appartient à la catégorie des « présidents gouvernant », un peu comme Nicolas Sarkozy. Tout est concentré sur sa personne et tout semble procéder de lui. L’enjeu fondamental dans les mois qui arrivent est de voir si LREM parvient à faire exister le mouvement politique, de l’incarner dans une personnalité (car pour le moment personne ne connait le nom des dirigeants de LREM) et d’éviter le modèle bien connu sous la Vème République du « parti godillot ». On a vu l’UMP ou le PS incapables d’exister hors de l’orbite exécutif sous les mandats de N. Sarkozy et de F. Hollande. Ces failles importantes de la respiration démocratique de notre vie politique ont d’ailleurs conduit nombre de ceux qui ont rallié Emmanuel Macron à le rejoindre : des personnalités de gauche et de droite se sentaient asphyxiées au sein de leur parti ; le fonctionnement de LREM pourra t’il échapper à cette tendance des organisations politiques  à se fossiliser ? Ce serait une sacrée contradiction de s’appeler En Marche et d’être bloqué…

 
Commentaires

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  • Par Stargate53 - 23/10/2017 - 13:08 - Signaler un abus Absence d'opposition crédible ?

    A qui la faute si les autres partis de gouvernement (j'exclus Mélanchon et ses insoumis qui sont l'éructation avec 17 députés seulement) n'ont pas de ligne directrice et sont en proie à des chamailleries et querelles internes pour la prise de pouvoir de leur parti donc délaissés par les français depuis les dernière élections faute de projet et d'hommes d'état, faisant l'unanimité ? Qu'ils arrêtent de se regarder le nombril, constituent une équipe unie et ventilent des propositions lucides et servant le bien commun ! Après on verra ce qui se passe sinon E Macron va continuer dans la voie qu'il s'est tracé et annoncé depuis le début ! Les premiers de cordée etc.......

  • Par ISABLEUE - 23/10/2017 - 13:53 - Signaler un abus Produit marketing fabriqué par une clique de patrons !!

    il fallait s'y attendre, non ??? Les français ont élu les Caescscu à l'Elysée , deux narcisses.. et après le premier de cordée, selon Frison Roche, il y a le Grand gouffre...

  • Par pierre de robion - 23/10/2017 - 14:14 - Signaler un abus Et en même temps...

    Macron veut voir la France dynamique, et la masse amorphe et apathique car dépassée! Difficile de motiver des gens qui aspirent à gagner en fonction de leurs compétences alors qu'une majorité droguée à l'assistanat sous toutes ses formes depuis sa naissance à sa mort attend de ceux-ci la becquée!! Pour des raisons qui étaient peut-être inéluctables on a adopté le point de vue de Tchuruk " des entreprises sans usines" de telle façon que l'on ne produit plus rien, car on ne sait (ou ne veut) plus rien produire, sinon du futile ou de l'inutile! Combien de temps 10% (je suis large) de la population pourront entretenir le reste? DE la réponse dépendra celui dont disposera Macron ou son successeur!

  • Par Anouman - 23/10/2017 - 20:13 - Signaler un abus Opposition

    Elle est inexistante parce que Macron pioche à gauche et à droite ("en même temps"). Et pour ça il vise ceux qui peuvent le soutenir. L'exonération de taxe d'habitation va toucher 80% des gens, il y en a bien une partie qui va trouver qu'il leur a fait plaisir. La CSG sur les retraités? Peu importe, ils ne se mettront pas en grève. La loi travail? Ca fait plaisir au medef et ceux que ça va vraiment gêner sont une minorité (non négligeable mais au moment de voter?). L'UE? Même le FN commence à rétropédaler façon LR. Donc il est malin, il sait compter et les opposants n'arrivent pas à s'opposer franchement puisqu'il tape dans leurs propositions. Si on ajoute que leur principale activité est de se tirer dans les pattes à l'intérieur d'un même parti, Macron a de l'avenir. Regrettable, mais c'est comme ça.

  • Par vangog - 24/10/2017 - 01:01 - Signaler un abus La seule opposition crédible est le Front National!

    Regardez avec quelle haine les médias propagande gauchiste parlent des patriotes FN, et vous comprendrez que nous sommes les seuls à incarner l’avenir de la France. Macron est déjà dans le passé de l’UE qui ne tardera pas à s’auto-détruire...question de mois!

  • Par J'accuse - 24/10/2017 - 11:51 - Signaler un abus Tous les présidents sont "gouvernant", exposés ou occultes

    La différence entre un président dit "gouvernant", tel que de Gaulle l'avait voulu, et un président "discret", est que le premier prend ses responsabilités devant le peuple, tandis que le second gouverne tout autant mais en se protègeant derrière des premiers ministres fusibles, comme l'avait fait Mitterrand, et comme Hollande espérait pouvoir le faire.

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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