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Emmanuel Macron face au Congrès américain : habile, très habile... au point de faire oublier les failles de sa vision d’un multilatéralisme fort refondé

Ce mercredi 25 avril, le président français s'est exprimé au Capitole, durant presque une heure.

Succès a l’applaudimètre

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Emmanuel Macron face au Congrès américain : habile, très habile... au point de faire oublier les failles de sa vision d’un multilatéralisme fort refondé

 Crédit LUDOVIC MARIN / AFP

Dans son discours prononcé devant le Congrès des Etats-Unis, Emmanuel - Macron a pu, une nouvelle fois, mettre en avant les "valeurs", en déclarant notamment : "Nous tous rassemblés, nous autres, élus, avons la responsabilité de montrer que la démocratie reste la meilleure réponse aux questions et aux doutes qui se font aujourd’hui.", ou encore "Les Etats-Unis et l’Europe ont un rôle historique à cet égard. C’est la seule façon de défendre nos idéaux, de dire clairement que les droits de l’homme et le respect des minorités sont les seules vraies réponses au chaos du monde".

Derrière cette affichage des valeurs pour faire face aux défis du monde, ne peut on pas voir un déficit de proposition, chez Emmanuel Macron, sur le "comment faire" , et ce, alors même que Donald Trump, par des moyens souvent contestés, occupe précisément cette question du "comment", souvent dans le cadre d'un rapport de force, comme cela peut être le cas sur la question du commerce, ou sur le nucléaire nord coréen ou iranien ?  

 
Edouard Husson : Le discours du président français est fascinant à plus d’un titre. D’abord le choix de l’anglais. Autant il est normal qu’un président français sache prendre la parole dans d’autres langues que la sienne et utilise, en particulier, fréquemment, la langue universelle du moment, autant on peut se demander s’il n’ a pas une occasion manquée. L’aura internationale dont jouit incontestablement Emmanuel Macron aurait pu servir un discours en français. Non seulement, cela aurait été un encouragement à la présence francophone en Amérique du Nord, un clin d’oeil subtil au Général de Gaulle; mais cela aurait été une manière de rappeler que le français est, autant que l’anglais, la langue de la liberté. Enfin, troisième inconvénient d’avoir choisi l’anglais: cela n’en fait que plus ressortir comme ce discours est « européen », c’est-à-dire défensif, tourné vers le passé, les interdits, les normes, des surmois collectifs divers qui ne cessent de nous chuchoter que le monde va mal, que la planète est condamnée, qu’il ne faut pas faire ceci, cela etc.... Macron a de l’énergie à revendre et on sent qu’il a besoin d’une scène à sa mesure. N’importe quel observateur distancié est frappé par l’envie du président français de se situer par rapport à Trump parce qu’en Europe il est entravé dans ses initiatives. En même temps (!), hier, le président français réagissait à toutes les initiatives de Trump: sur le climat, sur le commerce, sur l’Iran, sur la Corée etc....Je veux dire qu’il n’a largement fait que réagir. 
 

Si Emmanuel Macron a pu être habile en soulignant les points de divergence existants entre lui et Donald Trump, sur le commerce, le climat, ou le multilatéralisme, en quoi cette habileté pourrait-elle avoir un impact sur les prises de décision ? 

 
Je me demande si le président français n’a pas manqué une occasion de faire savoir aux représentants du peuple américain ce qu’est son projet pour la France, ce qu’est son projet pour l’Europe et comment il voit l’avenir de l’Occident. Lui l’audacieux a été paradoxalement timide. Il avait l’occasion de se servir du Congrès comme de la chambre d’écho de son projet de transformation de ‘lUnion Européenne. les caméras du monde entier étaient tournées vers lui. Et Angela Merkel se rend à Washington immédiatement après lui. Quelle belle occasion d’installer définitivement son autorité sur l’Europe grâce au bon discours au bon moment au bon endroit! Occasion manquée. Pour frapper les esprits durablement, aux USA, il aurait fallu que le président français joue à fond sur son slogan, il est « en marche » vers un avenir meilleur, plein d’occasions démultipliées. Il aurait fallu actionner la machine à faire rêver et non proposer une argumentation à la Sciences Po sur le commerce, le climat ou les relations internationales. La seule chose qui intéresse les Américains c’est de savoir si Trump va réussir. Il y a ceux qui jouent son échec - ils sont de plus en plus mal en point à présent que le «Russiagate » a un effet boomerang sur les démocrates et les anciens responsables du FBI; et ceux, de plus en plus nombreux, qui parient sur le succès de l’homme d’affaires entré en politique. En allant aux Etats-Unis, Macron montre qu’il parie sur Trump. Mais il vaudrait mieux le dire, plutôt que de citer Roosevelt - dont la politique réelle était d’ailleurs beaucoup plus proche de ce que Trump a en tête que ce qu’imaginent les nostalgiques du «New Deal ». 
 

Derrière cette "relation spéciale" entre les deux hommes, ne peut-on pas voir une forme de malentendu ? ​

 
Trump sait très bien ce qu’il fait. Après tout, c’est, dans l’âme, un recruteur de talents. Il mise sur Macron, cet homme qui s’est imposé à la barbe du système en place, comme lui. Il s’amuse du fait que ce gamin ait voulu jouer à la poignée de main la plus virile. Il mise sur la réussite de Macron et son pragmatisme - au-delà du côté « je n’abandonnerai pas le libéralisme dans lequel j’ai grandi » du président français. Trump propose clairement à Emmanuel Macron d’être son interlocuteur privilégié en Europe. Et quand on lui parle de « La France en marche », il entend « Make France Great Again »! Chez le président français, les choses sont moins claires: il est d’un côté fasciné par l’animal politique Trump; d’un autre côté, le danger pour le président français est de laisser son ego s’installer entre lui et le président américain et de s’assigne pour mission de « ramener Trump à la raison ».  Un certain discours médiatique ambiant, qui fait les mauvais pronostics sur Trump depuis le début, pousse Macron dans cette direction. Mais il ne faudrait pas inverser le rapport de force objectif: la France a besoin des Etats-Unis pour arriver à soirtir de l’inertie allemande. Macron a besoin de Trump face à Merkel. Seule, la France n’arrivera pas à faire sortir nos amis d’outre-Rhin de leur torpeur dogmatique sur la monnaie, le commerce, la façade méditerranéenne, la Russie, la Chine etc....Et Trump a besoin de l’Europe face à la Chine! L’intérêt de la France et de l’Europe, c’est une « Alliance Atlantique renouvelée ». Macron pourrait en être l’artisan du côté européen. Le sera-t-il? 
 

Edouard Husson

 

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 26/04/2018 - 12:00 - Signaler un abus Tellement habile qu'il a

    critiqué Trump devant le congrès sur l'immigration, disant qu'il ne fera pas construire de mur. On ne demande pas de mur, mais au moins des filets pour piéger les "coucous" qui viennent poser leur œufs dans nos nids tout en virant les nôtres. Une belle leçon de bisounours qui enchante l'auteur de l'article. Mr et Mme Trump étaient les invités de Macron le 14 juillet et ces derniers n'ont fait que rendre la pareille au couple français. Cela ne rapporte rien à la France, à part enfler les chevilles gonflables du minet.

  • Par gerint - 26/04/2018 - 12:10 - Signaler un abus Macron est allé faire allégeance aux USA

    et à mon avis c’est tout. L’UE est une créature américaine au départ. Le choix de Macron qui est celui des ses puissants employeurs est logique. Il est dans la continuité et rien n’est fascinant là-dedans. L’Anglais n’est qu’une allégeance de plus et bien que s’exprimer en Anglais soit d’une grande banalité au fond, surtout à ce niveau, en France on n’est tellement pas doué pour les langues que ce choix fait passer Macron pour plus ample su’il ne l’est.

  • Par Liberte5 - 26/04/2018 - 12:13 - Signaler un abus D. Trump et E. Macron ne joue pas dans la même division.

    E. Macron ne doit pas essayer de faire le malin face à D. Trump. Au contraire, il a tout intérêt à se rapprocher des positions de D. Trump et à s'appuyer sur cette alliance pour faire avancer la France sur la scène internationale.

  • Par moneo - 26/04/2018 - 18:50 - Signaler un abus Bla Bla c'est ton défaut ...

    un déplacement en fanfare pour rien A peine revenu en France nous apprenons qu'en réalité malgré nos médias Trump a donné jusqu' au 12mai pour modifier l'accord avec Teheran... juste a bullshiet de nos médias comme dirait notre President . De toutes façons.... la Russie et Teheran viennent de dire pas question de changer quoi que ce soit... Alors quoi Trump va déclarer la guerre atomique ?Israel va y aller sans l'appui des américains? Selon les auteurs Macron aurait du parler au nom de l'Europe? en vertu de quel pouvoir et de quel mandat ? puisque nous ne sommes d'acccord sur rien, en Europe.. Vieille nostalgie du rêve Français ? La green attitude ? Trump va surement refuser d 'exploiter ses richesses souterraines énergetiques.Il n' ya qu'un pays comme la France trop riche (le petrole est remonté à 1.75 US DOL le baril ) pour 's en passer Donald est content il va pouvoir vendre son gaz en France. Immigration? coût Borloo..; 48 milliards sans s'occuper de l 'essentiel , le reformatage des cerveaux si cela est possible. 48+46 (SNCF) A moins de quarante milliard , t'as plus rien Guignol outre atlantique, Guignol NDDL vous aimez?

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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