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Emmanuel Macron, le combattant intermittent

Emmanuel Macron "célèbre" la première année de son quinquennat à travers le délicat exercice du discours au Congrès. Philippe Bilger décrypte l'exercice du pouvoir et l'attitude d'Emmanuel Macron, un "combattant" peu ordinaire dans l'arène politique.

Animal politique

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Emmanuel Macron, le combattant intermittent

 Crédit ludovic MARIN / POOL / AFP

Dans le livre où j'avais eu le front de faire monologuer Emmanuel Macron comme si j'étais lui, je lui avais fait cesser son propos au mois de septembre 2017. Quand c'était encore le temps des espérances. Avant que l'exercice du pouvoir vienne, avec ses limites et la résistance du réel, les dégrader.

Non pas que tout soit négatif dans ce que le président de la République nous a donné à voir depuis son élection. Bien au contraire. Mais il me semble qu'Emmanuel Macron est lui-même trop riche et trop complexe pour qu'on lui fasse l'affront d'une admiration éperdue - certains n'en démordent pas - ou d'une hostilité systématique - elle a ses partisans.
 
Maintenant que sa première année de mandat a été accomplie et que le surgissement du renouveau promis a épuisé ses effets, on perçoit mieux ce qu'il en est. Comme si, une forme de tension disparue, dorénavant le président de la République se laissait davantage aller dans la forme et révélait par ailleurs une appréhension du fond qui ne permettait plus de le considérer comme un inlassable activiste, un constant homme d'action mais plutôt pour un combattant intermittent. Dont le rapport avec le réel et la volonté d'entreprendre n'était pas uniforme.
 
Sur le plan du style et de ce que les débuts ont eu de remarquable, il y a depuis quelques semaines une libération, une attitude plus débridée, un comportement et des saillies voulus plus vulgaires pour "faire peuple", un abandon au festif présenté comme un signe de modernité et une preuve de jeunesse - je ne parle pas des bras levés dans les jardins de l'Elysée pour applaudir la victoire contre l'Uruguay -, bref un laisser-aller présidentiel.
 
Faut-il admettre tristement qu'à la longue, chez n'importe quel président, il y a toujours un peu de Sarkozy qui survient, quel que soit le registre à peu près acceptable ou indécent de la posture ?
 
Pour l'action elle-même, même si le Premier ministre a bien raison de vanter "la ténacité" de son gouvernement, sinon qui le ferait ?, le recul permet d'analyser et de nuancer. Une première impression cherchait à instiller l'idée que ce pouvoir n'était pas celui d'un "roi fainéant" mais une invention et une énergie toujours en mouvement.
 
Aujourd'hui il paraît plus pertinent de distinguer, chez Emmanuel Macron - personne ne discute qu'il est à la source de tout au point de minimiser dans l'esprit public même l'aura de ses quelques excellents ministres - les réussites opératoires et menées à terme, les attitudes peu ou prou de désintérêt, enfin les atermoiements manifestant que le président est confronté à des problématiques où il risque de mécontenter tout le monde en préférant alors nous faire attendre que nous décevoir.
 
Le décrochage qu'il subit dans les sondages, à droite comme à gauche, n'est peut-être pas étranger à ce sentiment que le président fait ses choix et a son rythme et qu'ils peuvent nous surprendre ou nous désappointer.
 
Pour les premières - les succès -, il y a eu la réforme du droit du travail et celle de la SNCF. Les processus avaient été clairement conçus, les adversaires étaient du côté de la régression et de l'inefficacité, la constance serait récompensée et une France majoritaire applaudirait ces changements. Emmanuel Macron a pu, pour ces évolutions capitales même si d'aucuns - souvent ceux qui ne font rien - auraient aspiré à beaucoup plus, endosser le costume du combattant, imposer, tenir et vaincre. Ce sont des circonstances qui l'ont mis à l'aise : l'action comme démonstration de ce qu'il est.
 
Pour les deuxièmes - qui l'indifférent -, il y a eu la réduction à 80 kilomètres de la vitesse sur les routes secondaires. Il a laissé faire son Premier ministre sans l'ombre d'un enthousiasme, au bord de la dénégation, et pas loin à mon sens de la position qu'il avait prise sur le vin. Il aurait été capable, un peu poussé, de reprendre la fameuse formule de Georges Pompidou qui souhaitait vraiment qu'on laisse les Français en paix.
 
Il y a aussi, malgré les apparences, la préoccupation très relative qu'il affiche au sujet de la Justice, des peines et des prisons. Certes il ne serait pas honnête d'oublier quelques interventions de haute volée avec un projet mêlant le clair et l'obscur, un réalisme froid de droite, un humanisme confortable de gauche. Mais j'incline à penser que sa faiblesse sur le judiciaire ne tient pas seulement - et il est loin d'être le seul en politique avec cette disposition - à son désintérêt mais surtout au fait qu'il refuse de prendre en compte le lien pourtant avéré chaque jour entre le judiciaire ordinaire et le terrorisme. Négliger le premier comme il le fait revient à se priver de moyens décisifs pour lutter contre le second.
 
L'absence d'implication comme démonstration de sa hiérarchie des priorités.
 
Enfin il y a les hésitations - moins celles du caractère que celles du politique qui ne voudrait franchir le Rubicon qu'à coup sûr. Le report du plan sur la pauvreté - malgré la maladresse d'Agnès Buzyn - n'a évidemment rien à voir avec la Coupe du monde mais tout avec le constat que les processus et les nécessités qui ne le confrontent pas à des ennemis désignés ne le mobilisent pas vite, le laissent dans l'expectative ou l'incitent à des accommodements qui stérilisent l'essentiel. On l'a vu avec les banlieues, on l'a relevé avec la politique migratoire. Ce sera sans doute la même chose avec la PMA, ces sujets de société et de savoir vivre ensemble où il n'y a que des coups à prendre (Le Parisien).
 
L'absence de décision comme démonstration de ce qu'il tarde aussi à se mettre en marche.
 
Emmanuel Macron est un combattant intermittent.
 
En effet il fait parler la poudre démocratique et politique. Ou reste dans son coin comme un observateur sans doute de moins en moins bienveillant. Ou garde l'arme au pied parce qu'il ne sait pas comment accorder les désaccords et donc quelle bataille livrer.
 
Commentaires

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  • Par Vincennes - 09/07/2018 - 12:46 - Signaler un abus C'est plus fort que lui......M° BILGER ne peut s'empêcher de

    "tacler" N.Sarkosy !!! triste de sa part car : "à trop haïr" il obscurcit son jugement" ce qui est regrettable de la part d'un Juge !!! et pénible à la longue car redondant et tout le monde a compris pourquoi il était invité et sur quelle "piste" on allait l'orienter à commencer par toute la clique "C à vous" ….."toujours prêts" à le "tacler"

  • Par Yves3531 - 09/07/2018 - 15:22 - Signaler un abus Mr Bilger ne s’est toujours pas remis...

    de ne pas avoir été nommé Ministre de la justice par Nicolas Sarkozy ... ceci expliquant cela Vincennes ...

  • Par gerint - 09/07/2018 - 16:04 - Signaler un abus Macron pour moi n'est qu'un sale type

    Entèrement voué au Dieu Argent- il est en accord avec ceux qui l'ont mis en place pour cela. La réforme du travail n'a pas cassé trois pattes à un canard, elle n'a pas pour le moment franchement brisé la courbe du chômage, et sans elle je pense que la situation serait à peu près la même. Pour la réforme de la SNCF, les contribuables continueront à payer les pots cassés, les composantes non rentables de l'entreprise, et on verra au final si les transports sont si améliorés que cela. Evidemment l'attitude pour moi à courte vue et contre-productive de la CGT a considérablement aidé Macron, on peut dire que le travail de sape a été bien plus fait par ce syndicat qui a réussi à se mettre les utilisateurs à dos au lieu de les choyer. Cela évite de regarder le fond de la réforme qui est d'une grande banalité comme le reste, orientée par la feuille de route donnée à Macron par des intéressés autres que le peuple Français.

  • Par Juvénal - 09/07/2018 - 16:12 - Signaler un abus Pompier intermittent ?

    ON RECHERCHE DESESPEREMENT MAMOUDOU ! DROIT DE SUITE.........Où sont passés les "journalistes" ? QUI A DES NOUVELLES DU POMPIER DE PARIS RECRUTE et DECORE DE LA LEGION D'HONNEUR PAR LE PRESIDENT MACRON ? UN NOMME MAMOUDOU GOSSAMA, JE CROIS ? WANTED §§§

  • Par Vincennes - 09/07/2018 - 18:35 - Signaler un abus "où sont passés les Journalistes" se questionne Juvénal ?

    à la porte de l'Elysée où la "gamelle" est bonne à commencer par LEUR NICHE FISCALE……..d'entendre ce soir encore C.Roux et sa clique habituelle dès qu'il faut "sauver le soldat Macron" (sans AUCUN représentant "LR", bien sur) mais, avec DEUX sondeurs dont Cayrol habitué 'LCi' + S. Quemeneur "MARIANE" et JEUDY (PARIS MATCH) qui aussitôt après cette émission va courir sur le plateau BFMTV...….à se demander si le "service public" socialiste payé par TOUS les français n'est pas, en plus, une SUCCURSALE BFMTV

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Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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