Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 18 Octobre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

De l’Elysée aux lettres de motivation (en passant par Atlantico…) la France mesure-t-elle ce qu’elle perd en renonçant à l'orthographe ?

Le niveau d'orthographe des Français est en baisse et cela s'illustre dans de nombreux secteurs, du monde de l'entreprise à l'université en passant par les institutions politiques. Ce qui est jugé anecdotique par certains en dit bien plus qu'on ne le pense sur notre société.

Zéro pointé

Publié le
De l’Elysée aux lettres de motivation (en passant par Atlantico…) la France mesure-t-elle ce qu’elle perd en renonçant à l'orthographe ?

L’orthographe a une dimension symbolique immense, par son caractère identitaire. Crédit Reuters

Atlantico : Fautes d’orthographe en hausse, cours de rattrapage en entreprise, erreurs dans un communiqué de presse de l’Elysée au début du mois… Le rapport à l’orthographe des Français a-t-il changé ces dernières années ?

Pierre Duriot : Oui, il a changé, quand dans les années 80, le Ministère de l'Education Nationale a décrété l'orthographe contraignante, insupportable et décidé de mettre le paquet sur le langage et l'expression orale, ce qui trente ans plus tard donne des classes où l'on bavarde en permanence, pour se dire des banalités affligeantes, sans que le professeur ne puisse en placer une et des écrits en dessous de tout, que ce soit sur les cahiers ou sur les écrans des téléphones agités sous les tables. Bien sûr, l’orthographe est pénible, difficile, controversée… l’orthographe est parfois une barrière à l’écriture spontanée, mais il faut voir au-delà : l’orthographe revêt une dimension symbolique immense, par son caractère identitaire.

L’orthographe est facteur de cohésion, de cohérence, contient les codes sociaux du partage, l’identification à une culture et les modalités acceptées et partagées de la communication avec les autres. C'est-à-dire également, l’admission de l’altérité, l'autre pour qui on écrit sans faute, afin qu'il nous comprenne. L’orthographe est difficile à maîtriser : oui. Mais c’est justement cet effort d'acquisition qui va être identifié par les autres comme la volonté concrète d'adopter les codes communs d’une société occidentale de l’écrit symbolique et de la loi et du père.

Pascal Hostachy : Le niveau a fortement baissé ces 30 dernières années. Nous pensions que la chose s’était stabilisée, mais il n’en est rien. Les Français maîtrisaient 51% des règles de grammaire de base en 2010, ils en maîtrisent 45% en 2015. 6 points de perdus en 5 ans ! (source Baromètre Voltaire 2015). Ce qui est singulier, c’est que les études montrent que les Français considèrent que leur langue est très difficile, mais qu’il ne faut pas la simplifier. Il y a eu une réforme simplificatrice en 1990, et encore aujourd’hui, elle est loin d’avoir été adoptée par les Français. Enfin, les Français ne voient pas forcément les fautes qu’ils commettent, mais voient celles commises par les autres.

Est-ce grave, en d’autres termes, quel est le poids du fond par rapport à la forme ? Pourquoi ?

Pierre Duriot : La maîtrise de l’écrit va signer dans l’ensemble de la vie de l’élève devenu jeune adulte, sa capacité et surtout sa volonté d’adhérer à un pacte social, à des règles du jeu acceptées et partagées. Il va comprendre durement le poids de cette forme lorsque son CV bourré de fautes sera rejeté avant même d’être complètement lu, quand sa copie d’examen sera dévalorisée pour cause d’irrégularités orthographiques, parce que le lecteur, souvent plus âgé que le candidat et/ou sensible à ce paramètre que lui-même maîtrise, se dira indubitablement dans le fond de sa conscience, qu’un jeune qui n’a pas fait l’effort d’accéder à une orthographe, pas nécessairement parfaite mais au moins acceptable, ne fera pas non plus l’effort de comprendre les codes communs d’une entreprise ou d’une communauté où il souhaite entrer. Et le pire est que c'est bien souvent le cas.

Pascal Hostachy : Dans tout message, la forme est aussi importante que le fond. Il y a des codes. S’en affranchir, c’est prendre le risque de se marginaliser. Par exemple, vous pouvez essayer d’arrêter de dire « bonjour », « au revoir », « s’il vous plaît », « merci ». On ne change que la forme, on ne touche rien au fond. Pourtant, il ne faudra pas trois jours pour que votre entourage vous remette à votre place.
La forme, c’est notre façon de parler, notre voix, nos intonations, nos mimiques, notre gestuelle, notre accoutrement… À l’écrit, ce sera le style, la syntaxe, l’organisation du discours, la ponctuation, la justesse des mots, la justesse de l’orthographe…
Dans un monde professionnel lié au service, la communication écrite via e-mails est omniprésente. La qualité de la relation avec les clients passe en grande partie par ces échanges écrits, et par leur qualité.

Quelles sont les conséquences de cette baisse du niveau d’orthographe chez les Français ? Dans quelle mesure se pénalisent-ils ?

Pierre Duriot : Les fondateurs de l’école publique avaient bien compris la dimension constructive de l'adhésion à l'orthographe, eux qui ont construit la civilisation moderne et font reculer à la fois l’obscurantisme religieux, les paramètres régionaux de l'époque et la domination des dirigeants historiques, ceux qui justement maîtrisaient l’écrit, en diffusant massivement l’orthographe. Elle est un code d’accès puissant à la possibilité de prendre une part active dans la démocratie. Ce système certes imparfait, n’est plus aujourd’hui construit par les générations qui en ont hérité. Mais cet héritage n’est pas éternel et ne se passe pas d’entretien. Aujourd’hui, en plus de l’orthographe, resté le code commun des classes dirigeantes, il faut maîtriser les codes de l’information et de la communication, donc redoubler d’efforts. Sinon ces héritiers de la démocratie, les Français dans leur ensemble, verront leurs avoirs se déliter. Et la société retourne, tout le monde le sent bien, aux mains de castes aristocratiques qui tiennent leur puissance de la maîtrise des anciens et nouveaux outils pendant qu’elles noient les masses dans un flot d’inculture et une apologie de la vie soi-disant facile, distillés au choix sous forme de publicité consumériste ou de télévision poubelle.

Ne nous trompons pas, il y a une réelle corrélation entre orthographe, inculture, respect de la loi et démocratie. Le faible niveau en orthographe correspond à une non-adhésion aux valeurs commune, à une forme d'éducation. Non seulement le niveau de maîtrise de l'orthographe est corrélé à l'incivilité ordinaire, mais également à la qualité du système démocratique. Il est très aisé de s'apercevoir que les endroits où les violences entre les personnes, le taux d'abstention ou la non-reconnaissance des lois républicaines, sont aussi les endroits où les langages écrits et oraux sont les plus malmenés. Pire, se développent dans ces endroits, des langues et des manières de parler propres ou éventuellement la domination d'une langue étrangère. Les défauts de maîtrise de la langue n'en sont évidemment pas les seules causes.

Pascal Hostachy :  Les fautes d’orthographe nuisent à la qualité de la relation avec le client. Une étude anglo-saxonne a montré qu’une faute sur une page de vente en ligne divisait par deux le chiffre d’affaires de cette page. Ce n’est pas neutre. 80% des recruteurs se disent sensibles au niveau d’orthographe des candidats. Dans un CV, des fautes annulent un atout tel qu’une expérience professionnelle adaptée.

Heureusement, la langue française est accessible à tout le monde. On peut se remettre à niveau à tout âge.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par zouk - 16/09/2015 - 09:39 - Signaler un abus Orthographe

    Une honte et un assassinat du génie de la langue française, manifestation évidente de l'assassinat de l'école primaire par les syndicats d'enseignants tellement partisans des méthodes "pédagogistes" à la mode.

  • Par Perrolet - 16/09/2015 - 10:08 - Signaler un abus Besoin d'une correctrice ?

    Je me répète sans doute mais cet article, comme la plupart des articles d'Atlantico, est émaillé de fautes. C'est un comble dans un texte traitant de l'importance de l'orthographe !

  • Par L.Leuwen - 16/09/2015 - 11:09 - Signaler un abus Fidèle reflet

    Ce texte compte son lot de fautes. Le niveau d'orthographe d'Atlantico reflète bien celui de la population... Cela dit, on ne peut qu'être d'accord avec le diagnostic de l'article.

  • Par 2bout - 16/09/2015 - 11:39 - Signaler un abus Tolérance maximale

    Maximum est utilisé ici comme adjectif et non comme substantif. On va faire comme si, et s'adapter au lectorat, car ce qui importe sur ce site réside plus dans le sens que dans la manière, manière qui ne correspond finalement qu'à une certaine forme de politesse, parfois (à juste titre) érigée en barrière sociale.

  • Par vangog - 16/09/2015 - 16:30 - Signaler un abus L'orthographe, la grammaire, sont comme le vocabulaire...

    l'usage fait loi! Acceptons leurs évolutions...

  • Par Anouman - 16/09/2015 - 21:37 - Signaler un abus Renoncement

    Pourquoi ce renoncement? Difficile de savoir, mais l'éducation nationale a laissé tomber et recrute des "profs des écoles" qui ne savent pas forcément l'orthographe, ce qui rend difficile la transmission aux élèves. Mais la perte d'orthographe dans les articles de presse sur le net est un scandale encore pire. Car tout traitement de texte est capable de signaler les fautes en soulignant en rouge ou vert les fautes supposées. Cela signifie donc que l'on a affaire à des gens qui non seulement ne connaissent pas le B a Ba de leur langue mais de plus n'ont aucun désir de la respecter. Après comment s'étonner que ce peuple illettré élise les mêmes débiles à chaque élection?

  • Par Bulldozer - 17/09/2015 - 06:15 - Signaler un abus Tu peux parler Atlantico !

    ...

  • Par Olivier62 - 17/09/2015 - 10:28 - Signaler un abus Consternant bétisier

    "Les fondateurs de l’école publique avaient bien compris la dimension constructive de l'adhésion à l'orthographe, eux qui ont construit la civilisation moderne et font reculer à la fois l’obscurantisme religieux (...)" Je suppose que vous faites allusion aux réformes de Jules Ferry. En matière d'obscurantisme, je vous signale qu'on n'a pas ce monsieur pour qu'il y ait des écoles avec de l'orthographe ! Quant à l'obscurantisme, vous faites sans doute allusion à l'expulsion des congrégations, qui aboutit à le fermeture d'innombrables écoles dont ils assuraient la charge... Dans votre chère école républicaine actuelle "que le monde entier nous envie" c'est plutôt l'ignorance et la violence qui sont à l'ordre du jour ! Mais bon du moment que vote propagande peut s'imposer, l'essentiel est fait, n'est-ce pas ?

  • Par duriot - 17/09/2015 - 11:58 - Signaler un abus Bêtiser et demi...

    La vérité fait mal, Olivier... les écoles dont vous parlez étaient réservées à des populations ciblées, contrairement au système mis en place par la République et qui lui s'adressait à tous et surtout à toutes. Il a fallu dans certaines campagnes aller chercher les petites filles jusque chez elles pour en faire des élèves instruites quand l'Eglise s'accommodait parfaitement de leur soumission. Enfin, ce rappel des origines ne contient aucun jugement de valeur quant à l'école actuelle, qui si vous lisez bien, est vilipendée pour son abandon de l'orthographe. Votre foi vous aveugle.

  • Par 2bout - 18/09/2015 - 08:12 - Signaler un abus Dans le même registre, avec un peu de distance

    Y'avait Blumaise en 8 lettres.

  • Par jurgio - 18/09/2015 - 16:38 - Signaler un abus Ceux qui n'aiment pas la langue française

    n'aiment pas, en effet, son orthographe, qui est partie de son histoire. Je ne suis pas sûr que les instituteurs aient transmis et transmettent toujours ce sentiment. Je n'en ai moi-même jamais eu l'impression. Sauf, plus tard, au secondaire, dans une école (enfin) privée où il y avait des latinistes distingués. Crénom, une langue d'Ancien régime ! pouah ! Avec un subjonctif méprisant ! (vite le conditionnel !) J'en passe ! Quand, dans les années 1880, se déployait leur « poussez-vous qu'on s'y mette ! » les gouvernements de gauche ont eu beaucoup de mal à instruire tout le monde (et bien...) Il s'agissait de traire la vache jusqu'au bout, avant l'abattoir. Encore jusque dans les années 70, nos parents ont vu des religieuses enseigner dans des villages aux jeunes filles (gratuitement...) . Et au début du vingtième siècle,beaucoup de congrégations ont sauvé des filles livrées à elles-mêmes, perdues dans un pays dit de progrès... Adieu les mèches de cheveux arrachés et les coups de règle sur les doigts ! L'instruction publique était avant tout de l'anticléricalisme et je vois tous les jours que le combat continue ! Sus aux pourris, hein ?

  • Par Outre-Vosges - 23/09/2015 - 20:44 - Signaler un abus L’éducation catholique valait-elle mieux que celle de Jules Ferr

    Je signale à @jurgio, qui m’approuvera sur ce point, que l’idolâtrie envers Jules Ferry fait un peu rigoler ceux qui connaissent l’histoire de l’Alsace. Je renvoie à l’article de Wikipédia intitulé « Obligation scolaire en Alsace-Moselle » et qui, exceptionnellement, est bien fait et s’appuie sur une thèse de doctorat importante. On y verra qu’avant même l’annexion du Reichsland la scolarité y a été rendue obligatoire jusqu’à quatorze ans pour les garçons, alors que sous les hussards de la République elle ne devait le devenir – onze ans plus tard – que jusqu’à treize ans. Mais j’ajoute (ce qui sera gênant pour @jurgio) que le clergé catholique trouvait cet âge de quatorze ans beaucoup trop élevé. Pour conclure j’encourage à lire cet article de Wikipédia où l’on verra que les protestants étaient fort en avance sur les dévots du pape.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

Voir la bio en entier

Pascal Hostachy

Pascal Hostachy est cofondateur de Woonoz (moteur d’ancrage mémoriel dédié à la formation), du Projet Voltaire (n° 1 de la remise à niveau en ligne en orthographe avec 1,5 million d’utilisateurs dont 600 écoles et 300 entreprises) et du Certificat Voltaire (certificat de niveau en orthographe reconnu sur un CV par de nombreuses entreprises)

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€