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Electionscope : retour sur un modèle de prédiction économétrique qui a échoué sur les résultats du 1er tour

Le nouvel outil de mesure Electionscope avait prévu une victoire de Marine Le Pen et la présence de François Fillon au second tour. Des mesures à contre courant des sondages qui ce sont avérés erronés. Décryptage des raisons de cette erreur.

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Electionscope : retour sur un modèle de prédiction économétrique qui a échoué sur les résultats du 1er tour

Atlantico : La semaine dernière, votre nouveau modèle économétrique ElectionScope faisait mentir les sondages et prévoyait un second tour François Fillon et Marine Le Pen. Comment expliquer vous le résultat des élections au regard des prédictions du modèle, comment expliquer le décalage ? 

Bruno et Véronique Jérôme : On peut d’abord se demander pourquoi le modèle économétrique n’a pas pu prévoir l’éviction de François Fillon du second tour ? 

Bien que prévoyant la qualification de Marine Le Pen, il n’a pas pu anticiper l’élimination de François Fillon dès le premier tour et l’accession d’Emmanuel Macron au second tour.

Pour rappel, le résultat à l’issue du premier tour donne Emmanuel Macron en tête du scrutin avec 24,01% des voix et Marine le Pen 21,3%, François Fillon est troisième à 20,01% et rate la qualification. 

La raison tient en partie dans le constat d’une domination de l’émotionnel sur le rationnel, or notre modèle ElectionScope repose sur des fondamentaux rationnels et n’a capté qu’une partie des éléments explicatifs du comportement de vote de 2017. 

La logique rationnelle de notre modèle considère en effet que l’électeur se détermine plutôt en fonction du bilan du sortant : c’est-à-dire en jugeant « sur pièces » plutôt qu’en prenant le risque de croire aux programmes (et promesses) des challengers dont on ne sait à l’avance s’ils les appliqueront. Or, depuis 1974, ce fût rarement le cas sauf sur de courtes périodes où le reniement a toujours succédé à la prise de risques.

L’électeur utilise ainsi des éléments, qui sont essentiellement de deux natures : économique et politique. Et pour aller « à l’essentiel », il résume l’état de l’économie à l’évolution du taux de chômage, en déduisant ainsi une plus ou moins grande compétence du sortant. A cela s’ajoute des indicateurs de nature politique comme les zones de forces territoriales des partis, les voix obtenues aux scrutins passés et enfin la popularité renseignant sur la « crédibilité » du politique.

Ensuite, la sous-performance inhabituelle du modèle est due à l’effacement de ces fondamentaux.

Contrairement aux présidentielles de 2002, 2007 et 2012(1), le modèle économétrique n’a pas fourni de prévisions pertinentes du rapport droite/gauche au premier tour de 2017. 

Parmi toutes les méthodes mobilisables comme outil de prévision, la moyenne des huit grands instituts de sondages (dernières vagues de février au 21 avril 2017) a incontestablement fait « mouche ». 

De son côté le modèle économétrique ElectionScope projetait un bloc de droite + centre à 27,8% (contre 25,59% réalisés), la gauche à 45,90% (contre 51,76% réalisé) et le FN à 25,40% (contre 21,43% réalisés). 

Pourtant, jusqu’en décembre 2016, modèle et sondages suivaient la même trajectoire indiquant que la droite avait a priori de bonnes chances de remporter la présidentielle. D’aucuns disaient une « élection imperdable ». Comment expliquer alors une telle divergence à l’arrivée ?

 
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Bruno Jérôme

Bruno Jérôme est économiste, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.

Il est le co-fondateur du site de prévisions et d'analyses politico-économiques Electionscope.

Son dernier ouvrage, La victoire électorale ne se décrète pas!, est paru en janvier 2017 chez Economica. 

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Véronique Jérôme

Véronique Jérôme est maître de conférences en sciences de gestion à l'Université de Paris-Sud Saclay, Docteur HDR en sciences économiques de l'Université Paris-I, lauréate de la Bourse Louis Forest de la chancellerie des Universités de Paris et chercheuse associée au Largepa de Paris II. 

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