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Elections et manipulation politique du cycle économique :quelles leçons contemporaines peut-on tirer de William D. Nordhaus ?

William D. Nordhaus, partage le prix Nobel d'économie 2018 avec Paul Romer. En 2018, ses travaux sont plus que jamais d'actualité.

Nobel d’Economie 2018

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Elections et manipulation politique du cycle économique :quelles leçons contemporaines peut-on tirer de William D. Nordhaus ?

 Crédit Henrik MONTGOMERY / TT News Agency / AFP

S’il partage aujourd’hui avec Paul Romer le prix 2018 de la Banque de Suède en sciences économiques en l’honneur d’Alfred Nobel « pour avoir intégré le changement climatique dans l’analyse macro-économique de long terme », William D. Nordhaus est avant tout, pour les polito-économistes, celui qui en 1975 dénonçait les manipulations opportunistes du cycle économique par un gouvernement piégé par la contrainte électorale.

A l’heure où plusieurs échéances électorales se rapprochent en France, ses travaux sont plus que jamais d’actualité.

Quand la contrainte de réélection infléchit la politique économique

Précurseur de la Nouvelle Economie Politique (NEP) et père du cycle économique électoral (Political Business Cycle) en 1975, William D. Nordhaus a radicalement changé notre façon de voir le gouvernement dans sa conduite de la politique économique. Jusqu’alors, John Maynard Keynes puis les théoriciens de la politique économique traditionnelle comme Jan Tinbergen (Nobel 1969) idéalisaient l’Etat comme un « despote bienveillant et omniscient » obtenant toujours l’adéquation entre ses objectifs économiques et l’intérêt général. Avec Nordhaus, le gouvernement nous apparait sous un jour plus « cynique » disposant d’une certaine marge de manœuvre lui permettant de gérer sa contrainte électorale et d’assurer sa réélection.

Un gouvernement cynique manipulant opportunément le cycle économique

A la fin des années 50, le courant des Choix Publics (Public Choice) de James Buchanan (Nobel 1986) et Gordon Tullock fournissaient déjà une première critique du comportement de l’homme politique au pouvoir en montrant à l’aide d’outils microéconomiques qu’il était essentiellement mû par son intérêt propre (notion d’individualisme méthodologique). Elargissant la critique sous l’angle de la macroéconomie, Nordhaus enrichira l’analyse d’une démarche dite « positive » (expliquer ce qui est) débouchant néanmoins sur des préconisations plutôt « normatives » (dire ce qui devrait être).

Mais c’est bien une démarche positive que produit Nordhaus quand il dénonce l’usage de la politique économique à des fins de maximisation des voix des électeurs. Pour ce faire, il suppose le gouvernement capable d’atteindre la combinaison optimale d’inflation et de chômage, la plus basse possible, répondant aux attentes des électeurs.

Pour compléter, à mi-mandat, le politique va privilégier les mesures de nature redistributive pour relancer l’économie, reportant après sa réélection (durant l’état de grâce) les politiques de rigueur correctrices des excès de dépenses préélectorales. Pour Nordhaus, le politique détient cette capacité à manipuler le cycle économique durant plusieurs mandats même si, à terme, la dégradation continue de l’économie qu’il aura généré (par la stagflation) se traduit dans l’expression d’un soutien électoral devenu minoritaire.

 
Commentaires

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  • Par Anouman - 11/10/2018 - 14:07 - Signaler un abus Evaluation

    " des « jurés » qui évalueront l’action, le bilan et les résultats tangibles de son gouvernement." C'est beau de rêver.

  • Par Podoclaste - 11/10/2018 - 16:46 - Signaler un abus Cultivons-nous

    Les électeurs jugent, durement vu les scores de Sarkozy et Hollande mais il leur manque sans doute des repères (surtout pour les tanches en économie comme moi). Si Atlantico peut de temps à autre publier de tels articles, accessibles, sur les domaines-clés (économie, cours du pétrole, intérêt de l'UE, suivi des promesses électorales...) cela nous aidera à voter utilement.

  • Par vangog - 11/10/2018 - 22:57 - Signaler un abus La dictature des technos !

    L’UE adore ça, et voudrait remplacer toutes les démocraties européennes, trop  »diverses » à son goût, par un gouvernement de technos. Ce prix Nobel va parfaitement dans son sens...et après la dictature europeiste des technos, viendra la dictature mondialiste des technos...Hitler et Staline en avaient rêvé: William Nordhaus le théorise et les europeistes le réaliseront....du pur délire anti-peuple! (Anti-Populiste?...)

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Bruno Jérôme

Bruno Jérôme est économiste, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.

Il est le co-fondateur du site de prévisions et d'analyses politico-économiques Electionscope.

Son dernier ouvrage, La victoire électorale ne se décrète pas!, est paru en janvier 2017 chez Economica. 

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Véronique Jérôme

Véronique Jérôme est maître de conférences en sciences de gestion à l'Université de Paris-Sud Saclay, Docteur HDR en sciences économiques de l'Université Paris-I, lauréate de la Bourse Louis Forest de la chancellerie des Universités de Paris et chercheuse associée au Largepa de Paris II. 

Suivez Véronique Jérôme sur Twitter

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