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Élection en Serbie : le pays en a-t-il vraiment fini avec le nationalisme ?

Le 6 mai dernier, 49,7 % des Serbes élisaient le président Tomislav Nikolic, leader du Parti progressiste et ancien numéro deux de Vojislav Seselj, inculpé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La restructuration de la scène politique serbe inquiète l'Europe occidentale. Pourtant, la Serbie ne serait pas si nationaliste et chercherait seulement sa place entre influence russe, sirènes économiques turques et ancrage européen.

Fantômes du présent

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Ces changements sur la scène politique serbe inquiètent l’Europe occidentale qui y voit brusquement et avec surprise un retour des fantômes des années 90. La situation est pourtant plus complexe qu’il n’y parait. Depuis la chute de Milosevic en 2001, la Serbie avance cahin-caha sur la route sinueuse de la transition démocratique. Des progrès marquants ont été accomplis.

Le divorce entre la Serbie et le Monténégro s’est fait sans heurts en 2006. L’indépendance du Kosovo, ancienne province serbe peuplée à 90% d’albanophones, a été proclamée en 2008 à la grande colère et au grand désarroi de Belgrade, qui n’a cependant pas eu recours à la force armée pour faire entendre sa position mais a préféré avoir recours à la justice internationale.

Les criminels de guerre, dont Ratko Mladic et Radovan Karadzic, ont été livrés au Tribunal Pénal international pour l’ex-Yougoslavie malgré la défiance d’une partie de l’opinion publique. Les Serbes bénéficient de la libéralisation des visas vers l’UE depuis 2009 et la Serbie a finalement obtenu le statut tant espéré de candidat à l’Union européenne en février dernier, en pleine tourmente grecque, cet autre état balkanique.

Cependant les Serbes sont fatigués. Usés de devoir toujours espérer que cela ira mieux demain. Le taux –officiel- de chômage s’élève à 24% et le coût de la vie est aussi élevé qu’en Suisse alors que le salaire moyen est d’environ 400 euros par mois. Las aussi après de 8 ans de Parti démocrate au pouvoir, de constater que le système fonctionne toujours sur les vieux rouages de la corruption et de la politisation de la société. Ce sont justement ces électeurs déçus du Parti démocrate qui, en votant blanc ou en ne se déplaçant pas aux urnes (plus de 50% d’abstention au second tour), ont laissé le terrain aux partisans du Parti progressiste comme du Parti socialiste, parfaitement disciplinés, eux, le jour du scrutin.

Un scrutin qui marque que cela plaise ou non une alternance démocratique et souligne avant tout le désenchantement de la génération qui, autrefois, a scandé dans les rues des slogans anti-Milosevic. Car la Serbie en a bien fini avec son passé nationaliste. Le procès de Ratko Mladic qui s’ouvre ces jours-ci à la Haye n’a été que très peu commenté dans la presse locale et la question du Kosovo n’est plus prioritaire.

Cependant les Serbes ont besoin d’être rassurés face à tant d’incertitudes, économiques comme politiques. Ils ont besoin d’être rassurés sur leur avenir, sur leurs frontières, mouvantes depuis 20 ans, mais aussi sur leur identité. La Serbie est un état jeune, issu de l’effondrement de la Yougoslavie, qui n’avait plus existé comme état souverain depuis l’époque médiévale. La tendance nationaliste des dernières élections est d’abord une réaction de peur face à un monde où plus rien n’est sûr. Traditionnellement au carrefour entre Orient et Occident, une position si peu confortable, la Serbie cherche encore à se positionner entre influence russe, sirènes économiques turques et ancrage européen.

Expliquer les dernières élections par un repli nationaliste serait simpliste et fait le jeu des préjugés qui blessent tellement cette région, enfermée encore bien trop souvent dans des images de violence et de conflits incompréhensibles. La réalité est bien plus nuancée et complexe. La Serbie, comme le reste des Balkans occidentaux cherche encore sa place sur l’échiquier européen. A l’UE de ne pas la laisser hors jeu et d’offrir à la jeunesse serbe, cet horizon que la génération précédente n’a pas eu.

Entretemps, le nouveau Président se définit comme « nationaliste pro-européen » et Ivica Dacic est réputé pour son pragmatisme. Le nouveau tandem au pouvoir doit faire face très rapidement à un agenda chargé et difficile entre mesures économiques drastiques et reprise du dialogue avec le Kosovo, condition sine qua non pour lancer les négociations d’adhésion avec l’UE. Le présent, lui, n’attend pas. L’enjeu aujourd’hui pour la Serbie est bien plus de vivre avec son passé que dans le passé.

 
Commentaires

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  • Par Kakou - 07/07/2012 - 11:34 - Signaler un abus Miroir

    Il faut esperer que non ...la mode est aux nationalismes ,la France y va doucement mais surement ,le fléau de la balance marque la fin du mondialisme à tous crins ...les peuples veulent vivre dorenavant en indivudus .;et non en statistiques ou numeros

  • Par Le Nain - 07/07/2012 - 17:11 - Signaler un abus Et le royaume de Serbie ?

    " La Serbie est un état jeune, issu de l’effondrement de la Yougoslavie, qui n’avait plus existé comme état souverain depuis l’époque médiévale" dites vous. Le Royaume de Serbie a été indépendant en 1882, et ce sont ses démêlés avec l'Autriche-Hongrie qui ont déclenché la première guerre mondiale après avoir participé aux guerres balkaniques de 1912-1913. Ce n'est quand même pas remonter au Moyen-Age.

  • Par protagoras - 08/07/2012 - 01:30 - Signaler un abus Drôle de titre

    Le nationalisme serait donc devenu un crime ? Cet article est une insulte au peuple serbe, ancien et fidèle allié de la France qui a dû subir l'agression aéroportée (vu du ciel les victimes que l'on fait n'ont pas de visage) des USA mais aussi de la France de Chirac. Le nationalisme des Serbes s'est attaché à défendre le berceau historique de son peuple contre l'invasion mahométane du Kosovo initiée par Tito et puis soutenue par les "démocraties" occidentales. Les criminels de guerre sont à chercher ailleurs qu'à Belgrade. Ce sont ceux qui ont agressé l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et qui s'apprêtent à récidiver en Syrie.

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Gaëlle Pério Valero

Gaëlle Pério Valero est chercheur associé à l'IRIS et chargée d'enseignement sur les Balkans à Sciences-Po Paris, campus de Dijon. Elle collabore par ailleurs à la Fondation Schuman sur les relations UE-Balkans occidentaux. Elle également chargée de projet au CAPE (Centre d'Accueil de la Presse étrangère).

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