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“C’est l’électeur qui fera le procès des sortants” : la méthode qui prédit un résultat ultra serré au 1er tour de la présidentielle

Le modèle d'analyse du comportement des électeurs d'ElectionScope apparaît aujourd'hui comme étant l'un de ceux travaillant sur le plus grand nombre de variables objectives en France.

Faites vos jeux

Publié le - Mis à jour le 7 Avril 2017
“C’est l’électeur qui fera le procès des sortants” : la méthode qui prédit un résultat ultra serré au 1er tour de la présidentielle

Atlantico : Quelles sont les principales caractéristiques du modèle que vous proposez afin de comprendre le comportement des électeurs dans le cadre de cette présidentielle pour le moins particulière ? 

Bruno Jérôme et Véronique Jérôme : Le modèle tourne en réalité depuis 1995 – il existait alors à l'état de maquette – avant d'être véritablement effectif depuis 2001.

Le modèle avait d'ailleurs annoncé que Jacques Chirac serait réélu ; de bons résultats avaient également été prédits en 2007. En 2012, nous avions prévu la possibilité que Nicolas Sarkozy puisse l'emporter de justesse, ce qui avait été effectivement le cas, contrairement à ce qu'avaient annoncé les sondages avant le deuxième tour à l'époque.

Le vote est expliqué avant tout par l'économie, c'est-à-dire la variation du chômage, mais aussi par les zones de force des partis politiques dans les territoires. Le modèle repose aussi sur d'autres variables telles que la crédibilité de l'exécutif ou la présence ou pas du président sortant appartenant à un camp en particulier. Or, nous avons récemment été confrontés à un problème, à savoir la présence d'Emmanuel Macron avec son positionnement "ni à droite, ni à gauche"/"à gauche, à droite", sans oublier celle de Benoît Hamon qui fait tout pour se démarquer du quinquennat qui vient de s'écouler. La variable indiquant la présence ou non du président sortant, quel que soit son camp, a été neutralisée, ce qui nous a permis de parler de l'hypothèse de la responsabilité diluée par rapport au modèle complet où l'on considère que la responsabilité est pleine. 

Qu'implique tout particulièrement l'hypothèse de la responsabilité diluée ? Que vient-elle modifier dans le jeu de l'élection et le comportement des électeurs ? 

Il y a alors un trouble dans le comportement des électeurs dès lors que celui qui porte la pleine responsabilité de la politique économique menée pendant le mandat précédent n'est pas présent à l'élection. Le modèle enregistre cette perturbation dès lors que cette variable est neutralisée. Il n'y a alors plus de tête sur laquelle faire peser la sanction ou la récompense. Néanmoins, tout en étant dilué, on voit bien que les résultats pour les différents camps diffèrent un peu des sondages. 

Au regard des précédentes remarques, quelle analyse peut-on faire de votre dernier nowcasting (mars 2017) ? 

Le nowcasting de mars nous montre que si l'exécutif avait été présent, nous aurions eu un bloc classique droite + centre-droit atteignant les 38% des suffrages, et une gauche pratiquement à égalité aussi. C'est intéressant parce que cela donne des perspectives à ne pas négliger pour la droite afin de faire figurer un candidat qualifié pour le second tour. Concernant le Front national, nous avons une équation particulière : on s'aperçoit que le parti tourne autour de 23/24%. Tous ces résultats sont valables dans le cas où la responsabilité est pleine. Dans le cas où elle est diluée, le bloc de droite s'affaisse, avoisinant les 27%, tandis que cette situation favorise le bloc de gauche qui, lui, se retrouve autour de 47%. On observe donc les effets de cette responsabilité qui est beaucoup plus diluée. 

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Bruno Jérôme

Bruno Jérôme est économiste, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.

Il est le co-fondateur du site de prévisions et d'analyses politico-économiques Electionscope.

Son dernier ouvrage, La victoire électorale ne se décrète pas!, est paru en janvier 2017 chez Economica. 

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Véronique Jérôme

Véronique Jérôme est maître de conférences en sciences de gestion à l'Université de Paris-Sud Saclay, Docteur HDR en sciences économiques de l'Université Paris-I, lauréate de la Bourse Louis Forest de la chancellerie des Universités de Paris et chercheuse associée au Largepa de Paris II. 

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