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L’Egypte ensanglantée : un signal qui montre que si une bataille a été gagnée en Syrie et en Irak, la guerre contre Daech est très loin d’être finie

Des hommes armés ont attaqué une mosquée en pleine prière du vendredi, dans le nord du Sinaï, faisant plus de 230 morts et 120 blessés.

Terrorisme

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L’Egypte ensanglantée : un signal qui montre que si une bataille a été gagnée en Syrie et en Irak, la guerre contre Daech est très loin d’être finie

Atlantico : Que sait-on sur les circonstances et causes de l'attentat qui a fait pour l'instant 235 morts dans la mosquée du petit village de Bir al-Abed dans le Nord du Sinaï, revendiqué dans l'Etat islamique ?

Alain Rodier : L’enquête apportera certainement de nouveaux éléments et surtout, une revendication (que je n’ai pas encore à ma disposition) permettrait d’identifier le mouvement qui est à l’origine de cette véritable boucherie qui, au soir du 24 novembre, a fait plus de 235 morts et une centaine de blessés.

Etant donnée la faiblesse des infrastructures médicales régionales, ce bilan risque de s’alourdir dans les jours qui viennent.

D’après les premières informations reçues, quatre véhicules 4X4 ont débarqué une douzaine d'activistes qui s’en sont d’abord pris à la foule autour de la mosquée Al-Rawda de cette petite ville forte de quelques 2.000 âmes avant de pénétrer à l’intérieur du lieu de culte pour déclencher un engin explosif et tirer sur les fidèles assistant au prêche du vendredi. Cela veut dire que plus de 10% de la population de la ville a été massacrée ! C'est l'attentat le plus meurtrier qui a eu lieu depuis 2011 en Egypte, l'Airbus A 321 russe qui s'est écrasé le 31 octobre 2015 au départ de Charm el-Cheikh n'ayant fait "que" 224 victimes.

Le Nord-Sinaï est essentiellement le fief de la « wilayat Sinaï », une « province » de Daech établie en 2014 après l’allégeance du mouvement Ansar Beït al-Maqdis (ou Ansar Jerusalem). Pour mémoire, certains membres de cette organisation sont restés fidèles à Al-Qaida « canal historique » et ont créé leurs propres mouvements qui sont plutôt présents dans la région du Caire et dans le désert ouest du pays, frontalier avec la Libye. Ils y mènent régulièrement des attaques contre les forces de l'ordre tentant d'épargner les civils car ce n'est pas dans la "politique" d'Al-Qaida nal historique". Il y a bien le groupuscule Jund al-Islam (les soldats de l'Islam) qui est aussi présent au Sinaï mais il a officiellement condamné cett dernière opération.

Il est utile de rappeler que les salafistes-djihadistes ont une idéologie maximaliste de l’islam qui leur fait désigner comme ennemi numéro UN les musulmans qui n’y adhèrent pas (qui ne font pas allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi alias le « calife Ibrahim). Pour eux, les soufis de l’ordre Khalwati qui fréquentaient la mosquée Al-Rawda - au même titre que les chiites - sont des « apostats », donc des traîtres à l’islam des origines qui doivent être exterminés.

Un deuxième motif a vraisemblablement poussé à ce massacre : le village de Bir al-Abed est habité essentiellement par des membres de la tribu bédouine Sarkawa qui a refusé d’apporter son soutien à la « wilayat Sinaï ». C’est donc un signe adressé aux autres tribus : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous et vous en subirez toutes les conséquences.

 
Commentaires

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  • Par philippe de commynes - 25/11/2017 - 11:58 - Signaler un abus Daesh s'est probablement tiré une balle dans le pied

    Maintenant les bédouins qui voulaient être neutres n'auront plus d'autres choix que de faire front commun avec l'armée. Et l'armée n'aura plus à retenir ses coups de crainte d'éventuels dégats collatéraux, auquel cas il sera toujours facile de noyer le poisson en rappelant cet attentat, attentat qui a visé ni des chrétiens, ni des "faux musulmans" (les chiites), mais des soufis, soit des musulmans comme une bonne part de la population égyptienne.

  • Par Marie-E - 25/11/2017 - 19:41 - Signaler un abus les Bédouins

    se rapprochent d'Al sissi alors qu'ils étaient contre le pouvoir central. Ce soir on parle de 305 victimes dont 27 enfants. Les soufis ne sont appréciés ni par les sunnites, ni par les chiites. Ils n'ont aucune chance dans cette région. Les témoins racontent qu'ils ont vu des drapeaux de Daech et des militaires. C'est compliqué pour Al Sissi coincé entre la Lybie et Gaza où le hamas et le djihad islamique armés jusqu'aux dents aident les islamistes du Sinaï et ne veulent pas désarmer.

  • Par Ganesha - 26/11/2017 - 07:27 - Signaler un abus Thomas Malthus

    Abordons ''l'Orient compliqué'' avec une idée simple : quand la surpopulation atteint un certain niveau d'extravagance, la guerre représente, avec la famine et les épidémies, les seules solutions réalistes de sortie de crise !

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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