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Egypte : Al-Sissi entre un destin à la Bonaparte et celui d’un simple fossoyeur de la révolution de la place Tahrir

Faute de réelle opposition, la participation est le seul enjeu du scrutin présidentiel en Egypte : Abdel Fattah Al-Sissi sera réélu. Dictateur qui a méthodiquement réduit au silence toute opposition, Sissi semble pourtant avoir le sens du bien commun et de l’intérêt général.

Double face

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En attendant, l’Egypte, sans pour autant revivre une nouvelle révolution, risque de connaître des émeutes sporadiques à l’image des quelques mouvements sociaux de ces derniers temps en province, rapidement réprimés…

Sur le plan sécuritaire, l’insurrection jihadiste dans le Sinaï perdure. Les attentats sont réguliers. Le dernier a eu lieu à Alexandrie, quelques jours avant le premier tour de la présidentielle, et visait un haut responsable de la police. Cyniquement, cette situation permet au régime de maintenir l’état d’urgence et de cautionner la répression. Dans le contexte égyptien, il faut tout de même rappeler que les Frères musulmans en Egypte comptaient, avant 2014, plus d’un million de militants. Avec les familles et les sympathisants, on atteint aisément les 2 millions.

Compte tenu de la taille ce « réservoir », on peut toutefois dire que la situation reste relativement sous contrôle.

Sur le plan international et surtout régional, avec Sissi, malgré ce que disent certains, l’Egypte a retrouvé son rôle de pays phare du monde sunnite. Nous avons vu d’ailleurs le Président égyptien très impliqué et très actif dans le conflit israélo-palestinien, en Syrie (négociations auprès des Russes dans la Ghouta), en Afrique orientale (négociations sur les eaux du Nil avec le Soudan et l’Ethiopie) et surtout en Libye (soutien au maréchal Haftar). En très bon terme avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salman (ce qui ne l’empêche pas d’avoir, malgré l’aide financière de Riyad, une politique indépendante dans la région, notamment vis-à-vis de la Syrie, du Yémen ou l’Iran), Sissi peut aussi et surtout compter sur l’appui (au cas où) de la Russie et de l’administration Trump. De même, dans un sursaut salvateurs de réalisme, les responsables occidentaux (plus pragmatiques que nos intellectuels), à l’instar du Président français (attiré, lui, par les contrats commerciaux), préfèrent, et je ne les blâme pas, passer sous silence les atteintes aux Droits de l’homme et à la liberté pour s’appuyer finalement sur le « tyran » égyptien en vue d’une éventuelle stabilisation de la région…

Pour finir, que cela nous plaise ou non et tant qu’il aura le soutien de son armée, Sissi risque fort de susciter encore longtemps des cris d’orfraie chez nos donneurs de leçons et autres moralistes de salons. Sans autre alternative crédible, il faut juste espérer pour le Proche-Orient et surtout pour les Egyptiens, qu’il ne connaisse pas une fin à la Sadate et qu’il parvienne enfin à gagner sa guerre économique.

 

 
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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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