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Egypte : Al-Sissi entre un destin à la Bonaparte et celui d’un simple fossoyeur de la révolution de la place Tahrir

Faute de réelle opposition, la participation est le seul enjeu du scrutin présidentiel en Egypte : Abdel Fattah Al-Sissi sera réélu. Dictateur qui a méthodiquement réduit au silence toute opposition, Sissi semble pourtant avoir le sens du bien commun et de l’intérêt général.

Double face

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Ils ne veulent pas admettre que leur rêve de « Grand Soir » n’est partagé que par une infime minorité de la jeunesse bourgeoise du Caire ou d’Alexandrie. Pour la grande majorité du peuple égyptien, les aspirations démocratiques, en dépit de ce que l’on veut encore nous faire croire, sont plus que jamais secondaires. Echaudés par les exemples irakien, syrien et libyen, ainsi que par leur propre expérience très négative du Printemps du Nil, beaucoup n’aspirent à présent qu’à travailler, se nourrir, aimer et vivre dans la dignité.

Bien sûr, les Egyptiens ne sont pas idiots et on est loin de l’enthousiasme suscité par Sissi en 2014. Nombreux sont ceux qui se moquent de cette élection au résultat connu d’avance et ne la prennent pas au sérieux. Mais ils sont conscients qu’il n’y a malheureusement pas d’autre alternative sérieuse. Et même si cela fait mal aux oreilles de certains, dans leur ensemble, les Egyptiens préfèrent la dictature au chaos !

Car oui, Sissi est un dictateur. Peut-être plus impitoyable que ses prédécesseurs. C’est un fait et personne ne peut sérieusement le contester.

A maintes reprises, j’ai moi-même évoqué les procès inéquitables, les intimidations, les tortures, les « disparitions » inexpliquées, les arrestations arbitraires et les détentions illégales.

Mais l’époque a changé depuis 2011. Et les différences entre Sissi et Moubarak, par exemple, sont grandes. Même s’il est toujours délicat de sonder les têtes et les cœurs, surtout des hommes d’Etat, je commence humblement à percevoir la véritable nature de l’actuel président égyptien. Je rappelle que j’étais un des premiers, quelques mois avant son coup d’Etat en 2013, à dresser son portrait et à prédire son ascension[1].

Comme le disait Michel Audiard, « sauf pour les dictateurs et les imbéciles, l'ordre n'est pas une fin en soi » et si Sissi est certes un dictateur, il est loin d’être un imbécile. En effet, je suis convaincu qu’il souhaite, à plus ou moins long terme, instaurer en Egypte une sorte de « dictature éclairée » devenant même une sorte de modèle pour tous les autocrates en herbe de la région[2]. Il en va d’ailleurs de son propre intérêt. Par ailleurs, on peut dire qu’à la différence des tyrans passés, Abdel Fattah al-Sissi est un homme très pieux et foncièrement honnête. Sa fermeté dans la lutte contre les trafics et la corruption en est la preuve. Depuis 2014, près de 1 400 procès de corruption au sein de l’appareil administratif de l’Etat (pots-de-vin, gaspillages et détournements de fonds publics) ont eu lieu. L’Autorité de contrôle administratif, l’ACA, mis en place par ses soins en 2014, a révélé, en janvier 2017, une grande affaire de corruption au Conseil d’Etat dans laquelle ont été accusés le secrétaire général du Conseil d’Etat et le directeur général chargé de l’importation et de l’exportation au sein du conseil. En avril 2016, le ministre de l’Agriculture de l’époque a même écopé de 10 ans de prison, pour avoir reçu des pots-de-vin. Dans la région, c’est historique.

 
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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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