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L’effondrement des cryptomonnaies, c’est maintenant ?

Les principales cryptomonnaies poursuivent leur plongeon : le Bitcoin (-67%) et l’Ethereum (-86%) en tête. Les investisseurs subissent un douloureux retour à la réalité.

Bulle spéculative ?

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L’effondrement des cryptomonnaies, c’est maintenant ?

 Crédit JACK GUEZ / AFP

Atlantico : Avec cet effondrement, faut-il considérer encore les cryptomonnaies comme un « investissement comme un autre » ? 

 
Michel Ruimy : L’investissement est généralement perçu comme le fait d’acquérir de nouveaux moyens de production, d’améliorer leur rendement ou de placer des capitaux dans une activité économique, dans une entreprise, etc. Dans cette perspective, les « cryptomonnaies » sont-elles alors une solution alternative aux placements traditionnels ? 
 
Mon conseil est simple : n’investissez que ce que vous êtes prêts à perdre. Le plus important à comprendre, c’est qu’il s’agit véritablement d’un achat à risque. En effet, si l’idée de réaliser un placement qui rapporte peut titiller les esprits les plus spéculatifs, il ne faut pas oublier que le cours de ces crypto-actifs est des plus volatils. Donc, si l’on désire gérer un portefeuille en « bon père de famille » c’est-à-dire en limitant ses pertes, sans grande prise de risque, je ne recommanderai pas à un investisseur, non averti, d’en acheter, tant qu’aucune régulation n’existe sur ce marché.
 
De manière plus précise, je ne pense pas qu’il faille placer son argent dessus car elles sont plutôt des instruments de spéculation, sans aucun fondement rationnel. Autrement dit, parier sur elles, peut rapporter gros mais c’est si risqué qu’on ne peut pas conseiller d’y placer une partie significative de son patrimoine. Car, comme dans toute spéculation, une « bulle » peut se former et lorsque celle-ci explose, les dommages financiers voire économiques peuvent être gigantesques. Après avoir atteint des sommets, leur cours fluctue à la manière des « montagnes russes ». Il y a une dizaine d’années, 1 Bitcoin pouvait s’acheter pour 0,0001 euro. Cette période est révolue. A présent, il s’échange à un peu plus de 5 000 euros. Les personnes qui ont misé à l’époque seront richissimes lorsqu’elles parviendront à revendre leurs Bitcoins, mais cela ne concerne que quelques centaines d’individus. Face à ce phénomène, il faut donc rester raisonnable.
 
En fait, il y a ceux qui, comme Jamie Dimon, le PDG de la banque américaine JP Morgan, pensent que ces crypto-actifs sont l’« escroquerie du siècle » et d’autres qui considèrent qu’à terme, ils vont remplacer les monnaies traditionnelles. Investir est donc d’une affaire d’impression, selon que l’on appartient à tel courant de pensée ou à l’autre. 
 
Malgré tout, il convient de s’intéresser au sujet même si c’est un sujet complexe, devenu incontournable. Si les fluctuations, parfois inaccoutumées du Bitcoin et autres crypto-actifs font souvent la « une » de l’actualité financière, on ne peut pas, en effet, ignorer l’innovation majeure qui sous-tend ce support : la blockchain. Elle apparaît comme un vecteur de disruption car elle porte notamment des valeurs de transparence et de partage. Elle est en train de révolutionner petit à petit l’environnement économique des affaires. Notre rapport à l’argent sera considérablement modifié avec l’apport de ces supports. A terme, nous assisterons, peut-être, à une véritable « tokenisation » de la monnaie mondiale. Par exemple, il sera possible d’envoyer un jeton (token) à une personne à l’autre bout du monde. Ce token géolocalisé va permettre de créer, en quelques secondes, un compte bancaire sans que personne ne soit passé devant une banque !
 
Si on perçoit la technologie de la blockchain comme une fintech, on s’aperçoit que l’on en est au début de son développement et qu’il y a un très grand potentiel, surtout que vient se greffer, sur le marché de ces crypto-actifs, le système des ICO (Initial Coin Offering), qui stimule d’autant plus la valeur de la monnaie. Une ICO est une méthode de levée de fonds particulière. Elle fonctionne grâce à une émission d’actifs numériques (tokens) qui peuvent être échangés contre des cryptomonnaies pendant la phase de démarrage d’un projet. La rareté des tokens est une condition déterminante du succès de l’opération et c’est qui détermine le fait que les premiers servis feront une bonne affaire.
 
 
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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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