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Efficaces ou pas : ce que les paradoxes de la nouvelle croissance française nous disent des réformes Macron

Forte d'un véritable reprise de la croissance, la France doit désormais choisir sa voie pour assurer des emplois durables. C'est tout l'enjeu de la loi Travail.

Houston, on a un problème

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La montée en gamme et en qualité prendra du temps et implique un mouvement d’ensemble qui ne passe pas par la modération salariale. Les nouveaux rapports Industrie/Services qui feront la compétitivité de demain s’inscrivent dans une politique d’ensemble où il s’agit de faire baisser le prix du logement, de rapprocher les entreprises des universités, de faire échanger ensemble les entreprises, de nouer plus de liens entre les grandes entreprises et les petites, sachant que les grandes entreprises devraient réduire leurs délais de paiement… Plus tôt on présentera ce projet de vraie compétitivité France, mieux on comprendra l’étendue et la cohérence des actions à mener.

Compte tenu de la baisse de nos parts de marché, il n’est pas sûr que l’on ait d’autre choix ! Il faut donc expliquer. Nous ne le faisons pas assez, pour aller plus vite.
 

Alors que ce phénomène s'observe également dans d'autres économies, faut-il considérer cette tendance comme une fatalité ou existe-t-il des moyens de faire face, et de permettre un retour vers la création d'emplois de "meilleure qualité" ? 

Patrick Artus : Je pense que c'est un énorme problème, ce qui fait qu'on est dans une configuration très différente des années 50/60/70. Durant cette période, les emplois qui se créaient étaient de meilleurs qualités que les emplois qui se détruisaient. La dynamique de l'emploi était favorable, car elle améliorait la qualité moyenne des emplois. Depuis la fin des années 1980, on a exactement l'inverse. Les emplois qui se créent sont moins bons que les emplois qui se détruisent et qui sont souvent des emplois dans l'industrie. Pour les économistes, le nom qui vient tout de suite à l'esprit est celui de Schumpeter. Celui-ci explique que lorsqu'une entreprise disparaît, celle-ci est remplacée par une entreprise meilleure. Aujourd'hui, on est complètement dans l'anti-schumpeterien. Ces nouveaux emplois font baisser la qualité moyenne des emplois, mais baissent aussi la qualité moyenne des emplois, le salaire moyen et les gains de productivité. Qu'est ce qu'on peut faire? C'est très compliqué, car ces emplois se créent dans des secteurs où il y a de la demande. On va pas créer des emplois là où les entreprises n'embauchent pas. Même si les Français protestent, ils veulent un uber pour venir les chercher, être servis quand ils vont au bistrot et être en sécurité lorsqu'ils font les magasins. la demande génère ce type d'emploi, on y peut rien. On est des sociétés qui se déforment vers la consommation de services. Tout cela sont d'énormes enjeux de société.

Jean-Paul Betbeze : Ce phénomène, à savoir l’accélération des mutations dans l’industrie, le rapprochement de plus en plus intime entre industrie et services, pour ne pas dire le rôle moteur des services dans l’innovation, la recherche, la logistique, la sécurité informatique…se retrouve partout. Nous voyons l’Allemagne qui nous a distancés, et l’Espagne qui se rapproche de nous. Nous voyons aussi notre système d’exportation trop fragile. Et nous voyons, comme l’Allemagne, la montée de la Chine non seulement avec ses capacités croissantes d’innovation, mais plus encore avec l’importance de son marché intérieur. C’est là son arme décisive ce qui implique, dans le cadre européen, l’intégration accélérée de notre marché.

 

Les emplois de meilleure qualité seront ceux qui offriront les prestations les plus adaptées aux besoins, dans la durée. C’est ici que l’on retrouve le rôle des big data, de la connaissance de plus en plus intime des besoins des ménages et des entreprises. Comme on le voit, nous n’y sommes pas encore, mais, encore une fois, il vaudrait mieux expliquer le projet d’ensemble plutôt que de le tronçonner, Loi El Khomri hier, ordonnances aujourd’hui, logement demain, formation après-demain. Pire, il ne faut pas opposer industrie à services, emplois à haute valeur ajoutée à « petits boulots ». Si l’on veut cibler « les emplois à haute valeur ajoutée », et réussir, c’est impossible dans une situation de chômage de masse. 

 

 

 
Commentaires

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  • Par lima59 - 13/09/2017 - 12:40 - Signaler un abus Déficit publique

    Depuis le 1 janvier le déficit public a atteint 51 milliards d'euros. En 8 mois c'est beaucoup. En plus de l'emploi sans beaucoup de qualification, c'est pour cela que il y a autant de immigration .

  • Par ajm - 13/09/2017 - 19:32 - Signaler un abus Clivage artificiel entre industrie et services.

    Opposer les bons emplois qualifiés et bien payés de l'industrie aux mauvais emplois des services est un cliché très discutable. En quoi un chef dans un restaurant ou un bon pâtissier dans le commerce est-il moins qualifié et moins payé qu' un ouvrier d'industrie? En quoi un juriste independant ou un avocat sera-t-il moins qualifié et moins rémunéré qu'un juriste dans une entreprise industrielle? On oubie aussi que la qualité ce n'est pas seulement un produit performant et fiable: c'est aussi un produit qui correspond à une vraie demande (marketing), qui est connu (communication) , qui est bien distribué et vendu (réseau de distribution, bons commerciaux), dont les caracteristiques d'élaboration et de fabrication sont protégées (brevets, sécurité .) , c' est aussi un produit dont l'utilisation par les clients fait l'objet d'un suivi performant (service après-vente). En fait ,l'industrie ce n'est pas seulement de la RD et de la fabrication, c'est beaucoup de services en interne ou externalisés. Si les Allemands sont très forts c'est que, pour eux, la qualité est un processus global qui intègre toute la chaîne de création de la valeur, y compris ce qui semble anodin et peu valorisant

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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