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Efficaces ou pas : ce que les paradoxes de la nouvelle croissance française nous disent des réformes Macron

Forte d'un véritable reprise de la croissance, la France doit désormais choisir sa voie pour assurer des emplois durables. C'est tout l'enjeu de la loi Travail.

Houston, on a un problème

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En fait, l’emploi s’améliorera en France quand on fera plus flèche de tout bois, l’industrie avec l’innovation, les pôles de compétitivité, les start ups et les autoentrepreneurs certes, tout comme les services à faire augmenter en nombre et en qualification, avec notamment un secteur des services à la personne plus puissant. C’est la meilleure réserve d’emplois à court terme dont nous disposons (avec ses effets sur la consommation et sur le moral des ménages).

 

Nous assistons donc à une mutation de l’emploi, avec des activités industrielles et de services toujours plus combinées. Cette mutation implique de soutenir les ETI, PME, TPE, autoentrepreneurs par plus de souplesse et une baisse de la fiscalité, mais aussi par des liens plus étroits avec les grandes entreprises, les centres de recherche, les métropoles. C’est donc d’une politique générale qu’il s’agit avec les Ordonnances, la loi El Khomri, en attendant les mesures sur le logement (pour en faire baisser le coût), et l’autoentreprise, plus la fiscalité, avec la refonte de l’ISF.

Liste non limitative…

 

 

Quelles sont les conséquences de cette transformation sur la productivité de l'économie française ? Une telle transformation est-elle signe d'une perte de "qualité" de la croissance française ? Quelles en sont les causes ?

Patrick Artus : A nouveau, c'est un arbitrage niveau / croissance. Quand vous créez des emplois peu qualifiés, votre productivité augmente puisque vous faites monter le nombre d'emplois. Mais le taux de croissance de votre production diminue puisque vous réduisez les gains de productivité. Donc vous allez avoir un niveau de production plus élevé, et une croissance de la production plus faible. A nouveau, il faut l'accepter. Le vrai problème, c'est le deuxième élément de votre question, qui est de se demander quelle est la perception sociale, par l'opinion, de cette situation? Cette perception sociale est mauvaise. On ne donne pas le sentiment de sécurité aux Français même si on crée beaucoup d'emplois lorsque ces emplois sont de mauvaise qualité. Evidemment, la plupart de ces emplois sont en CDD, en interim, en emploi court ou en auto-entrepreneur. Ce sont des créations d'emplois rapides qui ne donnent pas, au Français, le sentiment d'une amélioration du marché du travail alors que celle-ci est présente.

Jean-Paul Betbeze : La productivité, telle qu’on la mesure de manière classique (et assez physique), est sous pression. C’est une mesure industrielle qui s’améliore par l’innovation, la sous-traitance et la robotisation. L’industrie, par la productivité, crée la croissance et détruit l’emploi. Même en Allemagne ce processus est visible, même si l’industrie allemande a poussé au maximum la recherche et les opérations à haute valeur ajoutée sur son sol, et largement « délégué » dans les pays de l’Est. Il faut donc, en permanence, innover et former, permettre à l’industrie d’avancer et de prendre des risques. C’est alors qu’on trouve ce qui permet l’innovation, l’investissement, la formation : la rentabilité. Le ratio Excédent Brut d’Exploitation sur Valeur Ajoutée est actuellement de l’ordre de 32% en France (grâce au CICE), contre 40 à 42 % en Allemagne. 

 

Mais, plus précisément, la qualité est une notion complexe et de plus en plus exigeante. Pour un produit donné il ne peut s’agir d’être moins cher (compétitivité prix), ce qui implique en général de tenir les salaires (compétitivité coût). Dans le cas français, où les coûts salariaux sont élevés (coût salarial horaire en France dans l’industrie manufacturière : 38,3 euros, en Allemagne : 40,7 et en Espagne : 22,8) on comprend bien qu’il ne s’agit pas seulement de modérer les salaires, mais de « monter en gamme ». Cette formule un peu magique est en fait exigeante et implique un produit sans défaut et résistant à l’usage, mais aussi des capacités d’entretien, d’exportation, de respect des délais, bref, encore une fois, des marges. La qualité allemande, que l’on attribue souvent à une volonté de perfection de tous les instants, ne s’improvise pas. Elle suppose des ouvriers qualifiés, donc bien formés et bien payés dans des structures stables. La qualité vient de la stabilité, la stabilité vient de la rentabilité. On comprendra ici la logique qui se met en place en France, car il ne sera pas possible de monter en qualité si les entreprises ne deviennent pas plus rentables (CICE, baisse des charges, simplifications administratives) mais aussi, sinon de plus en plus, ouvertes aux discussions internes et aux débats pour changer et améliorer les processus productifs, dans un climat social plus coopératif. La flexibilité est d’abord interne.

 

 
Commentaires

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  • Par lima59 - 13/09/2017 - 12:40 - Signaler un abus Déficit publique

    Depuis le 1 janvier le déficit public a atteint 51 milliards d'euros. En 8 mois c'est beaucoup. En plus de l'emploi sans beaucoup de qualification, c'est pour cela que il y a autant de immigration .

  • Par ajm - 13/09/2017 - 19:32 - Signaler un abus Clivage artificiel entre industrie et services.

    Opposer les bons emplois qualifiés et bien payés de l'industrie aux mauvais emplois des services est un cliché très discutable. En quoi un chef dans un restaurant ou un bon pâtissier dans le commerce est-il moins qualifié et moins payé qu' un ouvrier d'industrie? En quoi un juriste independant ou un avocat sera-t-il moins qualifié et moins rémunéré qu'un juriste dans une entreprise industrielle? On oubie aussi que la qualité ce n'est pas seulement un produit performant et fiable: c'est aussi un produit qui correspond à une vraie demande (marketing), qui est connu (communication) , qui est bien distribué et vendu (réseau de distribution, bons commerciaux), dont les caracteristiques d'élaboration et de fabrication sont protégées (brevets, sécurité .) , c' est aussi un produit dont l'utilisation par les clients fait l'objet d'un suivi performant (service après-vente). En fait ,l'industrie ce n'est pas seulement de la RD et de la fabrication, c'est beaucoup de services en interne ou externalisés. Si les Allemands sont très forts c'est que, pour eux, la qualité est un processus global qui intègre toute la chaîne de création de la valeur, y compris ce qui semble anodin et peu valorisant

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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