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Les effets pervers d'une France qui ne veut plus punir ses citoyens

Au fil des décennies, la gifle, la fessée et les heures de colle sont devenues politiquement incorrectes. Aujourd'hui proscrite au profit d'une déresponsabilisation totale, la punition n'est-elle pas pourtant le préalable à une justice véritablement juste ? Extrait de "Apologie de la punition", Emmanuel Jaffelin, éditions Plon (1/2).

Bonnes feuilles

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Les effets pervers d'une France qui ne veut plus punir ses citoyens

Nos démocraties, qui peuvent représenter des oasis de douceur au regard d’autres régimes dans le monde ou d’autres périodes de l’histoire européenne, développent en réalité une idéologie profondément anxiogène. Le citoyen dresse l’inventaire de ses failles en imaginant sa faillite ou sa défaillance au lieu de colmater les fissures au profit d’un projet d’une plus grande envergure. De toute évidence, une telle société qui remplace les soldats par les drones, la prudence par l’assurance, le danger par le risque finit logiquement par substituer la victime à la victoire, l’infantilisation à l’enfant, le jeunisme à la jeunesse, les maisons de retraite et les hôpitaux aux crèches et aux écoles, l’anxieux au joyeux.

Loin du bouc émissaire sur le dos duquel se soude encore aujourd’hui une population, nous constatons que nos démocraties se fondent désormais sur l’idée d’un citoyen qu’il faut protéger de toutes les misères du monde. Il s’agit de tisser le lien social, non en sacrifiant une victime expiatoire – « malheur à celui par qui le scandale arrive » –, mais en sanctifiant la victime potentielle que chaque citoyen est devenu. Certes, René Girard défend l’idée selon laquelle « la compétition victimaire » est le fruit de la culpabilité d’avoir désacralisé le monde et de la crainte du surgissement d’une nouvelle crise faisant apparaître de nouveaux boucs émissaires à sacrifier : « Tant que la pensée moderne ne comprendra pas le caractère formidablement opératoire du bouc émissaire et de tous ses succédanés sacrificiels, les phénomènes les plus essentiels de toute culture humaine continueront à lui échapper. » De son côté, Nietzsche nous expliquerait que le fait de se considérer comme une victime exprime une vitalité déficiente, une volonté de puissance négative : « S’abstenir mutuellement de s’offenser, de se violenter, de s’exploiter, reconnaître à la volonté d’autrui autant de droits qu’à la sienne, voilà des principes qui, en un sens grossier, peuvent engendrer de bonnes mœurs entre les individus [...] Mais si on songeait à étendre ce principe, voire à en faire le principe fondamental de la société, celui-ci se révélerait bien vite pour ce qu’il est : la négation de la vie, un principe de dissolution et de déchéance. »

Etranges démocraties qui ont insensiblement glissé de la responsabilité à la victimité. L’enfer c’est les autres affleure dans cette idéologie de la victimité, non pas parce que le regard d’autrui me fige dans la honte, mais parce que le risque viendrait de lui. Ne plus répondre de mes actes, mais accuser l’empiètement de l’autre dont la liberté est source d’inconnu, de risque, de danger, de menace. Le citoyen des démocraties n’est plus un actionnaire comme à Athènes, un contractuel comme dans le droit moderne, mais ce gestionnaire de risques prévoyant tous les dangers qui le menacent : accidents, chômage ou faillite, maladie, divorce, impôts, sans parler de l’injure. Avant même d’être touché, il se vit comme un grand blessé ou, plus exactement, se v(o)it dans la crainte de l’être. Quoi qu’il en soit de l’origine de cette idéologie de la victimité, aboutissement de la pratique sacrificielle (René Girard) ou manifestation d’une volonté de vivre déficiente (Nietzsche), elle plonge les racines des relations sociales dans le fantasme d’une menace dont l’individu doit être protégé. De toute évidence, il y a un lien entre ces spectateurs qui regardent des crimes tous les jours sur un écran et le fait qu’ils se ruent en France chez l’assureur et en Amérique chez l’armurier. Se penser comme victime potentielle revient à poser sur la vie un regard apeuré et, logiquement, à renvoyer la punition à un monde dépassé.

Extrait de "Apologie de la punition", Emmanuel Jaffelin, (Plon éditions), 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

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  • Par pierre325 - 08/02/2014 - 11:02 - Signaler un abus j'aime pas le titre

    "les effets pervers des parties politique qui renonce a punir les fautiffe" serait mieux ou sinon faite un referundum est vous verrez que'ils y'en a pas temps que ça qui applaudisse la Taubira attitude.

  • Par Anguerrand - 08/02/2014 - 11:09 - Signaler un abus Les conséquences, mais elles sont criantes

    Ce ne sont pas les coup de menton de Valls qui par ailleurs se dit ami avec Taubira qui améliorent la sécurité en France. Tout est fait pour vider les prisons, et ils réussissent, le résultat c'est le temps d'écrire ce post il y a eu 3 cambriolages réalisés par des multirécidivistes toujours remis en liberté non sans avoir juré qu'ils ne recommenceront pas.

  • Par mich2pains - 08/02/2014 - 11:27 - Signaler un abus N'exgagérons pas !

    S'il est excat que notre pays n'ose plus punir les pires racailles politico-mafieuses comme les frères GUERINI , elle sait encore faire preuve de fermeté envers les " Manifestants pour Tous " à coups de gazages ( les femmes et les enfants d'abord ...) et envers certains "Humoristes " ....! L' Honneur de la France est sauve !

  • Par Djelmé - 08/02/2014 - 12:21 - Signaler un abus Morale, éthique, progrès, évolution

    Punition : Peine infligée pour une faute, un manquement au règlement, etc.; châtiment, pénalité, sanction. - Thème intéressant. La punition fait-elle avancer ? La punition responsabilise-t-elle ? Autant je décrie une déresponsabilisation par le laxisme, autant je ne crois pas aux vertus"responsabilisantes" de la punition. Encore qu'il s'agit de distinguer la sanction dans un cadre relationnel de celle liées aux textes de loi. - En matière éducative il s'agit d'expliquer et de n'user la force de la punition qu'à bon escient et en dernier recours. "Réparer les dégâts" était à une époque un maillon fort d'une éducation qui se voulait instruite davantage de respect que de sanction punitive. Punir pour punir dans la lignée martiale d'une éducation d'antan me semble improductive, castratrice, laveuse de cerveau. Il s'agit de responsabiliser en éclairant d'abord, toujours, sur la réalité de l'acte répréhensible, sur les dégâts. - Dans le cadre des institutions, la sanction n'a pas pour essence une punition au sens moral de l'éducation, alors qu'elle n'exprime que la réalité d'une barrière, celle de la loi, laquelle, franchie, exprime le sens de ce franchissement par la sanction.

  • Par Anguerrand - 08/02/2014 - 15:28 - Signaler un abus À Djélmé

    Mais bien sur les enfants qui n'ont plus de repères, ne connaissent plus ou est le bien et le mal car jamais punis sont de charmants gamins . Ils ne respectent plus rien ni personne mais il ne faut pas punir si je vous comprend bien. Je pense exactement le contraire nos enfants connaissaient les valeurs essentielles et le respect de l'autre et ça ne peut pas se passer sans crainte de la punition ou du " gendarme".

  • Par Redmonde - 08/02/2014 - 16:14 - Signaler un abus "Il s’agit de tisser le lien

    "Il s’agit de tisser le lien social, non en sacrifiant une victime expiatoire ..mais en sanctifiant la victime potentielle que chaque citoyen est devenu" Ca, c'est si l'on prend les arguments du discours "protecteur" pour argent comptant. La théorie du risque zéro et du care n'est que l'alibi présentable --car procédant d'un apparent souci du bien être des autres --d'une volonté de l'Etat de contrôler, de taxer et de réguler toujours plus les citoyens. Les régulations omniprésentes, l'Etat omnipuissant, les encadrements, prélévements et tracasseries administratives ne protègent pas du tout le citoyen. Elles le stressent, l'infantilisent, le rendent dépendant, l'empêchent de gagner sa vie et l'emprisonnent dans un carcan. En fait, les Français n'ont rarement été moins protégés que maintenant: l'insécurité atteint des niveaux record, les frontières sont devenues des passoires, les politiciens sont incapables de résorber le chomage et d'adapter le pays aux challenges de la mondialisation. L'Etat est à la fois impuissant et tout puissant: impuissant à protéger les citoyens des graves problèmes qui leur pourrissent la vie, tout puissant pour les taxer et les persécuter.

  • Par Pourquoi-pas31 - 08/02/2014 - 16:39 - Signaler un abus De quoi parle t-on ?

    De la gifle, de la fessée et des heures de colle. Les coups de règle sur les doigts m'ont permuté de connaître par cœur mes tables de multiplications, paroles et musique. Les gifles et fessées ont été des supports efficaces aux leçons de civisme et de respect de l'autre. Ainsi, je n'ai pas eu besoin de la charia et de la coupe des mains pour ne pas voler. Ma grand mère me disait : "tu vas recevoir une gifle !" La phrase n'était pas finie de prononcer que la gifle était déjà arrivée à destination. Avec ce procédé, on devenait instinctivement très raisonnables. Il n'y a pas besoin de faire "psycho" avec un bac + 5 pour comprendre cela. Quand on se brûle en touchant quelque chose de chaud, on ne recommence pas deux fois.

  • Par Benvoyons - 08/02/2014 - 16:39 - Signaler un abus Djelmé 08/02/12:21 Punition ne veut pas dire systématiquement

    châtiment corporel. Une punition sans intelligence est aussi mauvaise que pas de punition du tout. Pour l'enfant le dialogue donc l'explication des faits(action, réaction, mobile et conséquence, chercher le raisonnement de l'enfant, son sentiment, et non pas la peur) peut être le plus souvent suffisant. Mais il y a une condition , le sujet doit être immédiatement et totalement abordé dans l'instant. Même si cela t’emmerde car tu as une bière à boire, un film à la Tv, un dialogue sur internet etc. C'est de la responsabilité d'un père et d'une mère. Il faut donc une réaction immédiate clair et nette des parents ou de l' adulte. Les punitions comme ci-dessus sont plus faciles dés le début chez l'enfant et ne posent pas de problème ni frustration. Si les parents ou les adultes ne font que de l'à peu près il est bien évident que l'enfant n'ayant pas suffisamment de repères nets fera lui aussi de l'à peu près, mais encore plus grand l'à peu près.

  • Par Pourquoi-pas31 - 08/02/2014 - 16:51 - Signaler un abus Les blousons noirs

    A une époque aimaient faire des tatouages à la chaîne de vélo. Après un passage entre quatre CRS, ils abandonnaient le blouson, la chaîne de vélo et leurs idées préconçues sur l'innocence de leurs jeux. Pourrait on faire un test de cette méthode sur une banlieue ? On remplace les chaînes de vélo par des battes de baseball.

  • Par anticip - 08/02/2014 - 18:47 - Signaler un abus ca depend pour qui

    les conducteurs automobilistes victimes du racket ,ceux là ,on ne leur passe rien,et ils veulent nous en remettre une couche avec l'abaissement irraisonné de la vitesse a 80 km heure quand aux vrais délinquants il peuvent dormir tranquille avec taubira qui avait essayé de soustraire son fils a la justice

  • Par yavekapa - 08/02/2014 - 20:16 - Signaler un abus La France (gauchiste) ne punit plus

    Conséquence: il y a de plus en plus de victimes qui sont punies, et en premier par la Taub

  • Par yavekapa - 08/02/2014 - 20:18 - Signaler un abus Par contre la France (gauchiste) continue à punir

    ceux qui ont encore un peu de fric, type les automobilistes rackettés.

  • Par Djelmé - 08/02/2014 - 21:10 - Signaler un abus @Anguerrand, @Benvoyons ...

    On éduque un enfant, on élève un animal. - @Anguerrand : la peur du gendarme, la crainte d'un dieu père fouettard a construit des générations de révoltés. On ne fait rien de bon avec la peur. Ma foi ne m'interdit pas de remettre en cause une tradition judéo-chrétienne liant la vertu à la peur. - @Benvoyons : Je suis d'accord, totalement, sur l'impératif d'expliquer en temps réel à l'enfant les conséquences de ses actes. Je reste opposé à la "punition", et sans réserves aucune contre le châtiment corporel (même s'il est des crises nerveuses où une petite fessée peut être salutaire , comme un électro-choc, rien de psy). Je crois que l'enfant doit toujours comprendre, aussi si une punition est en vue. On doit l'éclairer face à sa conscience et non par rapport à la vérité de l'autorité. Ceci étant, dans un rapport de force qui occulterait le dialogue, il s'agit en effet de s'affirmer tant on a la responsabilité, mais avec une tranquille autorité : l'enfant n'est pas un animal. - Et puis enfin, éviter le "parce que je l'ai dit", somme d'idiotie qui souvent entraîne une rébellion laquelle précisément ne comprendra plus que la punition. On dialogue avec un enfant, c'est essentiel.

  • Par ignace - 08/02/2014 - 23:14 - Signaler un abus article interessant

    la plus part des commentaires sont nuls, soit par non lecture de l'article, soit par non compréhension, soit par ?

  • Par Djelmé - 09/02/2014 - 02:20 - Signaler un abus @ ignace - 08/02/2014 - 23:14

    Heureusement que votre commentaire, riche, plein, élaboré, conséquent, réfléchi, lucide est là pour relever le niveau :)

  • Par un_lecteur - 09/02/2014 - 02:42 - Signaler un abus Il faudra sortir de notre nuage rose.

    On punit toujours quelqu'un. Si ce ne sont pas les delinquants, ce sont les victimes. De meme, la peine de mort existe toujours en france. Simplement la guillotine a ete remplacee par la kalatchnikov. Tout cela pour une ideologie imbecile, qui considere que le laxisme est indispensable a la democratie. Imbecile : ce n'est pas parce que les lois sont votees par les representants du peuple qu'il ne faut pas les appliquer. Au contraire. Imbecile et mortel : un regime qui n'assure pas la protection des personnes et des biens est condamne. Il y a deja des enquetes qui montrent que beaucoup de gens souhaitent un regime autoritaire . Un bonaparte qui remette de l'ordre.

  • Par gliocyte - 09/02/2014 - 06:27 - Signaler un abus Extraordinaire

    Ce philosophe nous informe qu'une société sans violence serait une société qui prônerait la mort de la vie, la sentence extrême puisse ce serait la peine de mort pour tous. Aucune place pour le principe de précaution qui permet à toute personne d'extrapoler pour éviter des situations à risques car c'est déjà reconnaître qu'elle puisse se sentir menacée donc qu'elle est en état de pré victime. Donc tu vis dans l'inconscience et tu es ainsi la seule personne qui soit pleine de vie. Si tu es agressé, la punition suffit! Utopie délirante puisque s'il y avait toujours punition adaptée au degré de l'agression, il y aurait moins d'agresseurs, moins de victimes et moins de sentiment d'insécurité qui fait le statut de victime potentielle. Ce philosophe part du principe qu'il y aurait toujours une punition adaptée. Où vit-il celui-là?

  • Par pierre325 - 09/02/2014 - 08:23 - Signaler un abus il faudrait s'inquiéter de ceux

    chargé de régulé cette violence. Aujourd'hui un parent qui collerait un claque a son gamin s'expose a une possibilité de plainte de la part de son enfant contre lui. Mais attention la justice part du principe que c'est systématiquement l'enfant qui est la victime. Et encore pas mal de gamin connaisse pas les lois heureusement, vous essayer de faire pion maintenant en internant faut presque être avocat pour savoir ce que tu peux faire sans te prendre un plainte.

  • Par Anguerrand - 09/02/2014 - 08:35 - Signaler un abus Résultat de cette politique

    Des " enfants rois" qui em.....tout le monde, des parents en admiration devant leur progéniture même quand ils sont insupportables, mal élevés , ne respectent rien ni personne, ne connaissent pas la différence entre le bien et le mal. Ces enfants auront dû mal à s'intégrer dans le monde réel!

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Emmanuel Jaffelin

 Emmanuel Jaffelin est un philosophe et écrivain français. Il prône l'émergence d'une nouvelle éthique dans son principal ouvrage, Éloge de la gentillesse Bourin Editeur 2011. Il est aussi professeur de philosophie au Lycée Maurice Genevoix de Montrouge, ainsi qu'au Lycée Lakanal de Sceaux.

 

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