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EDF : le combat de l’honneur contre l’étatisme

Thomas Piquemal, ex-directeur financier d’EDF, le prouve : il reste des hommes d’honneur en France ! Des grandes figures capables de quitter leurs fonctions, même prestigieuses, lorsque la stratégie de leur président ne leur convient plus. Les bonnes nouvelles sont suffisamment rares en France pour ne pas être soulignées.

Scandale

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EDF : le combat de l’honneur contre l’étatisme

EDF perd son directeur financier et sa valeur

Dans la série de calamités qui s’abat quotidiennement sur la France depuis de nombreux mois, la démission du directeur financier d’EDF est une sorte d’incident qui s’ajoute à une longue liste d’autres incidents. Sur le fond, tout le monde en connaît la cascade de raisons : EDF ne dispose pas de marges suffisantes pour financer les investissements indispensables à la filière énergétique. L’entreprise doit donc arbitrer entre différents scénarios qui sont tous imparfaits pour assurer son avenir. L’Etat veut imposer le sien, et le directeur financier a considéré qu’il ne pouvait le valider.

Bel esprit ! Il est parti.

Ce faisant, l’Etat a laissé un mauvais signal partir dans la nature hostile du monde financier. Tous les observateurs supputent des difficultés financières à venir pour EDF. La démission de Piquemal confirme leurs craintes : il n’en fallait pas plus pour faire plonger le titre.

EDF et l’affaire Hinkley Point

L’un des points d’exaspération de Piquemal semble avoir porté sur l’étrange soumission du président du groupe, l’ancien patron de Renault, Jean-Bernard Lévy, aux volontés du Gouvernement dans le dossier Hinkley Point. Il s’agit de construire deux réacteurs EPR en Grande-Bretagne en laissant l’entreprise prendre le maximum de risques financiers.

Initialement, en effet, EDF ne devait pas assumer plus du tiers du projet. Mais le désintérêt des investisseurs pour cette opération risquée, qui pourrait se faire sans la garantie du Trésor britannique, a montré toutes les limites de l’exercice et laissé entrevoir un désastre aussi grand que celui connu par Areva.

Dans ce contexte tendu, l’insistance du Gouvernement à voir l’opération se réaliser laisse craindre le pire.

EDF et l’injonction paradoxale de l’Etat

La démission de Piquemal a un autre mérite : elle montre l’incohérence des positions de l’Etat face à cette entreprise publique qu’elle plume et déplume allègrement année après année.

D’un côté, l’Etat perçoit des dividendes colossaux de la part d’EDF : plus de 4 milliards d’euros en 2014, ce qui est une belle performance, tout de même. EDF assure aujourd’hui à elle seule plus de 1% des dépenses de l’Etat. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

D’un autre côté, l’Etat intervient régulièrement dans la vie de l’entreprise, notamment en imposant des dirigeants et… des tarifs. Il y a encore deux semaines, Ségolène Royal s’opposait à une hausse du prix de l’électricité demandée par EDF, en proposant plutôt de faire des gains de productivité par des investissements massifs dans les énergies renouvelables. Voilà une belle compréhension de la vie des entreprises de la part de la ministre de tutelle.

D’un troisième côté, l’Etat souhaite fixer lui-même, pour des motifs politiques, la stratégie de développement et d’investissement de l’entreprise. C’est le cas sur Hinkley Point : manifestement, le comité de direction de l’entreprise est dépouillé de sa fonction par des interventions gouvernementales qui poussent à des choix dangereux pour la pérennité de l’entreprise elle-même.

EDF en danger ?

Résultat de ces incohérences ? L’entreprise est désormais mise sous surveillance par les marchés, et plus personne ne parie un kopek sur sa capacité à financer les investissements nécessaires à la fermeture ou à la rénovation des centrales nucléaires. Cette brillante gestion du dossier par les apprentis sorciers gouvernementaux devrait tôt ou tard, après l’extraordinaire destin d’Areva conduit par "Atomic Anne" Lauvergeon, subir le sort peu enviable des canards boîteux.

Bravo l’Etat actionnaire, dont l’opacité des processus de décision et la connivence des dirigeants brise la rationalité économique.

 

Cet article a également été publié sur le site d'Eric Verhaeghe, à lire ici

 
Commentaires

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  • Par desabuse - 08/03/2016 - 10:03 - Signaler un abus l'état spoliateur et tueur d'entreprise

    ce n'es pas pas la première , ni la dernière qu il va accrocher à son tableau de chasse ce vampire ...

  • Par EUROPE - 08/03/2016 - 10:20 - Signaler un abus EDF ou le déshonneur

    EDF n'est pas spolié par l'Etat car EDF c'est l'état, les spoliés ce sont les utilisateurs pour l'ensemble et contribuables pour une partie. EDF, AREVA, SNCF , les trous financiers se chiffrent par milliards et constituent la performance française des entreprises d'Etat ou plutôt les entreprises du désastre.

  • Par Borgowrio - 08/03/2016 - 10:20 - Signaler un abus Journalisme de mode

    Sur le long terme , l'EPR , construit en France , en Grande Bretagne, en Chine , Etc... Sera Hyper rentable , alors que les fameuses énergies renouvelables , subventionnées à 80 % vont ruiner les contribuables et les usagers . Un directeur financier par définition n'est pas un technicien compétent pour juger d'une stratégie à long terme . Monsieur Verhaeghe , une fois de plus cède à la pensée unique et à la propagande écolo

  • Par Borgowrio - 08/03/2016 - 10:29 - Signaler un abus L'Allemagne ,,, Laboratoir grandeur nature

    Mais bon sang , faites votre travail , faites une investigation honnête sur le coût réel de la transition énergétique en Allemagne .... Et empêchez la France de se lancer dans cette aventure ... Dans un reportage sur ARTE à la gloire des énergies renouvelables , un propriétaire de panneaux photo volcaique a dit " l'age d'or du photo-volcaique est derrière nous" les subventions diminuent ...

  • Par zouk - 08/03/2016 - 11:36 - Signaler un abus Piquemal

    Saluons son courage, d'autant que celle de son Président est la soumission complète aux aberrations économiques du Président de la République. NOus savons depuis longtemps la nullité de l'Eta d

  • Par zouk - 08/03/2016 - 11:36 - Signaler un abus Piquemal

    Saluons son courage, d'autant que celle de son Président est la soumission complète aux aberrations économiques du Président de la République. NOus savons depuis longtemps la nullité de l'Eta d

  • Par zouk - 08/03/2016 - 11:40 - Signaler un abus Piquemal, suite

    dans la gestion des entreprises? Seuls quelques grands dirigeants ont eu le courage d'agir dans l'intérêt de l'entreprise, de ses salariés et finalement du pays: que serait Renault dirigé par un "grand commis"?

  • Par vangog - 08/03/2016 - 11:40 - Signaler un abus Le dogmatisme écologiste est en train de tuer la France...

    et la pintade royale rejoint la longue cohorte des femmes gauchistes ultra-nuisibles ( rassurez-vous, car il y a aussi beaucoup d'hommes, mais pour les femmes, c'est ticket plein!)...Lauvergeon, Cresson, Ernotte, Aubry, Dufflot, Cosse...liste non exhaustive!

  • Par Anguerrand - 08/03/2016 - 12:10 - Signaler un abus Areva et EDF deux ex- fleurons de notre economie

    Oui mais voilà Anne Lauvergeon propulsée à l'époque par Mitterrand qui ne la pas laissé indifférent, a toujours des postes de hautes fonctions bien rémunérés plus des jetons dans une dizaine de conseils d'administration. Le bouquet a eu sa nomination à la tête d'Areva. Elle achete une mine pour qq milliards non exploitable et ce contre l'avis de ses collaborateurs. Quand elle a quitté cette entreprise (en pleine croissance avant son arrivée), Areva avait une dette de l'ordre de 11 milliards et elle était incapable de construire 2 ÉPR. Areva continue à faire des pertes de ce fait. L'état qui fait toujours des montages financiers digne d' Enarque a donné l'ordre à EDF de racheter une bonne partie d'Areva. EDF se trouve maintenant en difficulté. Conclusion le consommateur d'électricité devra payer la note. Anne Lauvergeon a ete recasée au lieu d'être virée et je voudrais bien 1/10 eme de ses revenus, elle est dans le top 10 des fortunes d'Europe. C'est ça la corruption socialiste.

  • Par lexxis - 09/03/2016 - 08:38 - Signaler un abus ATTE NTION A LA PRESENTATION

    Dans le bandeau de présentation: "Les bonnes nouvelles sont suffisamment rares en France pour ne pas être soulignées" Etre ou ne pas être, that is …., mais le contre-sens est patent!

  • Par crobard007 - 09/03/2016 - 23:27 - Signaler un abus Je crois que LAUVERGEON est libre

    Une bonne candidate pour le poste qui vient de se libérer !

  • Par ikaris - 10/03/2016 - 00:02 - Signaler un abus Erreur du rédacteur

    "l’ancien patron de Renault, Jean-Bernard Lévy" ??? Alors là il y a une google-isation qui n'a pas marché. Raymond Levy a été patron de Renault dans les années 80, Bernard-Henri Levy a été minstre des affaires étrangère (sans en avoir le titre) mais Jean-Bernard je vois pas trop.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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