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Mais qu’attend donc la France pour se lancer dans la conquête d’Internet?

Alors que nous vivons une véritable révolution numérique, la France n'apparaît qu'au 20ème rang des puissances du web dans différents classements internationaux. Un manque de réactivité gravement dommageable pour notre économie et notre rayonnement futurs

France.fr

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Riche de ses opportunités pour ses promoteurs, la révolution du Numérique sera fatale à ceux qui ne sauront pas l’accompagner. C’est ce que tous les indicateurs nous somment de craindre. En effet, alors que l’économie numérique compte pour 6,5% du PIB mondial, et que sa contribution à la croissance économique est annoncée aux alentours de 25% en 2011, et anticipée à hauteur de 50% en 2030, la France fait pâle figure dans les classements internationaux : Digital Economy Ranking (20ème), Business Week (20ème), WEF (20ème).

L’addition se sale d’une mobilisation toute en réserve des acteurs publics autour d’enjeux pourtant cardinaux, une faible sensibilisation de l’opinion publique, lors même que la mutation technique, économique et sociale que nous vivons gronde d’une rare intensité.

- Le chiffre d’affaires du commerce en ligne est aujourd’hui de plus de 30 milliards d’euros. En 6 ans, le poids total des exports matériels américains à été divisé par deux, tandis que la part de leurs exports immatériels a presque doublé.

- Des entreprises comme Google, Facebook, Twitter n’existaient pas il y a encore quelques années. Leur valeur de marché dépasse aujourd’hui les 100 milliards de dollars. En France, un symbole : il n’existe plus un seul constructeur d’informatique.

- Le marché des Big Data est inchiffrable tant les économies que l’on pourrait en déduire s’amoncèle en des unités de milliards qu’aucune imagination ne saurait appréhender.

- Le développement de l’Open Source, des logiciels libres, des sites de co-création économique ou politique font florès, reposant sur des modèles laissant la part belle à la gratuité et intronisent la culture d’un partage consenti et non subi. Petit à petit, c’est la « Société du Share » qui est en train de s’imposer, et ce, sans injonction incantatoire, du fait de la seule spontanéité des internautes.

Et pourtant, la réponse actuelle consiste à opposer le nouveau et l’ancien monde, à prêcher la dé-mondialisation et autre protectionnisme relocalisateur. La lutte contre la cybercriminalité, pour justifiée qu’elle soit, ne doit pas être l’occasion d’un étau de régulation qui étranglerait les potentialités du web.

A l’inverse, il faut étalonner l’ensemble des opportunités qu’offrent le numérique à l’aune des innovations sociales, éducatives, politiques dont il est la ressource. Il est l’espace même où se joue une créativité renouvelée, une liberté de la presse nouvelle, un accès à la culture formidablement démocratisé, où peut se bâtir une croissance soutenue, durable et inclusive.

Que faire pour développer le secteur numérique en France ?

Pour remporter la bataille du futur, il faut sur-innover, sur-éduquer et disposer d’infrastructures développées. Pour mémoire, loin devant le climat fiscal, les infra-structures sont l’élément décisif qui préside aux stratégies d’implantation des firmes étrangères. Il s’agit donc de créer un éco-système favorable à l’innovation, et ce, en agissant à tous les niveaux du processus qui la stimulent. 

Avant tout, l’éducation reste première, elle doit résolument se tourner vers l’enseignement des langues informatiques, de l’entreprenariat, des savoirs non-académiques. La lutte contre l’illettrisme numérique doit figurer au rang des priorités majeures car la révolution en cours pourrait se révéler l’ascenseur social le plus efficace que l’on ait vu depuis longtemps.

Au plan financier, il est nécessaire de compléter l’accompagnement des jeunes entreprises innovantes, de défendre et recentrer les dispositifs CIR ou JEI en les orientant selon les secteurs stratégiques, par des solutions de financement pour toutes les phases du développement de la PME, misant sur la mutualisation des instruments de financements, intégrant des élements de mentoring et le développement d’incubateurs dont la taille devrait être dimensionnée aux enjeux.

Afin de favoriser l’innovation collaborative, il est nécessaire d’assurer le développement des pôles de compétitivité ainsi  que des programmes régionaux expérimentaux comme les fablabs.

Au plan juridique, les enjeux de propriété intellectuelle gagnerait à être plus largement saisis : limiter la durée de dépôt des brevets doit être réduite, permettre à des consortiums de déposer des brevets en commun sans risquer d’invalider leur propriété, créer des outils de soutien pour les écosystèmes reposant sur le logiciel libre, sur le droit d’auteur, sur des réseaux de savoir-faire.

Il s’agit aussi de consolider un véritable espace européen de la recherche, de créer des pôles de compétitivité sectoriels de dimension européenne, qui au travers d’un «  un effet marque », stimuleront un appel de capitaux internationaux. Avec ambition, il s’agit de façonner un Small Business Act à l’Européenne, permettant aux TPE d’avoir accès à la commande publique et, sur le modèle des vouchers danois ou des SBIR américain, assurer par la « puissance  publique européenne » le financement des dépenses de prototypages.

Enfin, il est essentiel de développer l’Open Data, dont la commission européenne a chiffré l’impact à 27 milliards d’euros par an. Plus généralement, l’abondance des données générées par notre société dite de l’information sont une source de richesses inestimables. Pour le seul système protection sociale américain, les économies attendues atteignent 200MM de dollars (Rapport McKinsey).

Ne nous laissons pas conter l’histoire d’une révolution industrielle qui se joue sous nos yeux, n’en soyons pas les reporters fidèles mais les acteurs ambitieux. Ne laissons pas aux autres la primeur de nous annoncer les formidables succès d’entreprises américaines, devançons-les et faisons. 

 
Commentaires

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  • Par Esteban20 - 19/09/2011 - 12:22 - Signaler un abus Bravo

    Très bien écrit, construit. C'est juste et l'enjeu est en effet énorme. En face : rien ou presque

  • Par lorrain - 19/09/2011 - 14:16 - Signaler un abus nos 2 gros problèmes

    En France, nos 2 gros problèmes sont la difficulté pour créer une entreprise, cout de la création et complexité de notre droit commercial, et d' autre part, sur les nouvelles technologies, un enseignement assez obsolète, aucun des profs ne s' est confronté à l' entreprise et ne sait ce que veut le monde du travail

  • Par Karamba - 19/09/2011 - 14:27 - Signaler un abus Exception culturelle...

    ... on était pourtant tellement peinards avec notre Minitel 3615 ULLA à engraisser France Télécom...

  • Par Astiko - 19/09/2011 - 15:39 - Signaler un abus La France...

    Ce cher pays qui préfère éduquer à nos enfants ce qui s'est passé il y a des centaines d'années plutôt que de leur enseigner les clés du futur...

  • Par HR - 19/09/2011 - 16:57 - Signaler un abus Article qui passe complètement à côté de son sujet

    Nous payons encore aujourd'hui la main-mise de la techno-structure, en particulier ENA/polytechnique, sur l'appareil financier et industriel français qui a tout fait pour nous imposer ses Minitel et autres France Télécom. Ils sont encore à l'oeuvre, avec le nouveau PDG de France Télécom incompétent et énarque (tautologie).

  • Par Rhytton - 20/09/2011 - 07:17 - Signaler un abus @ astiko: si tu veux savoir ou tu vas, regarde d'ou tu viens.

    Science sans conscience n'est que ruine de l'ame: on ne concoit correctement le futur qu'avec la sagesse de l'Histoire. Certes, la France peine a rentrer dans le XXIe siecle, mais ce ne sont pas nos instits qui enseigneront les arcanes du XML et du PHP a nos cheres tetes blondes. La seconde difficulte viendrait de notre frilosite a utiliser l'Anglais, malgre notre admiration pour les Americains!

  • Par Rhytton - 20/09/2011 - 07:45 - Signaler un abus La revolution informatique n'est deja pas vraiment europeenne...

    Sur-innover, sur-eduquer, surdevelopper les infrastructures ne valent rien si on reste dans son coin, il faut sortir de son trou! Nous avons un grand retard a combler. Le Japon et ses nouveaux samourais n'ont jamais sacrifie leurs traditions au nom du modernisme et la France serait capable d'autant si elle osait faire partir ses bacheliers quelques annees, vers les USA ou l'Asie.

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Mehdi Benchoufi, Président du Club Jade, co-présente avec Jean-Baptiste Soufron, Directeur de Think Digital, l'émission "Azerty/Querty, les Chroniques numériques" sur France Culture.

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