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Economie, migrants : comment la France a laissé le patronat allemand prendre le pouvoir en Europe

Depuis la modération salariale du début des années 2000, jusqu'à la décision d'Angela Merkel d'accueillir des centaines de milliers de migrants sur son territoire en 2015, l'influence des propositions du patronat allemand sur l'ensemble de la construction européenne apparaît disproportionnée.

Etrange coïncidence

Publié le
Economie, migrants : comment la France a laissé le patronat allemand prendre le pouvoir en Europe

Atlantico : Politique économique, politique migratoire, le gouvernement allemand est régulièrement accusé de suivre de trop près les recommandations de son patronat. S'agit-il de purs fantasmes ? Quelle est la réalité de la situation ? Quelles en sont les conséquences politiques du point de vue européen ? 

Nicolas Goetzmann  : L'influence du patronat allemand pose déjà la question de l'influence allemande en Europe. Si à l'origine, le projet européen a été pensé à la dimension de la RFA, une nation parmi les autres en Europe, la réalité s'est construite autour d'une Allemagne réunifiée, dominante de par sa taille. Ce qui a modifié les contours du fonctionnement européen sur la base d'un pays qui en devenait le "leader" naturel. Sur un second niveau, il est alors nécessaire de regarder quels sont les groupes ayant le plus d'influence sur les différents gouvernements allemands.

Et ici, l'influence patronale allemande a bien permis de façonner un large plan de la politique intérieure allemande, ce qui a eu des conséquences sur toute l'Europe. Lorsque le gouvernement Schröder met en place le fameux agenda 2010, il va mener une grande politique de modération salariale avant de nommer Peter Hartz, Directeur des ressources humaines de Volkswagen, pour porter un ensemble de mesures visant à lutter contre le "chômage volontaire". La voix des entreprises est largement entendue, et celles-ci applaudissent. Cette trajectoire sera poursuivie tout au long des 15 années qui ont suivi. Cette orientation économique va avoir de lourdes conséquences sur les déséquilibres macroéconomiques européens. Concernant la crise des migrants, les organisations patronales allemandes ont depuis longtemps alarmé le gouvernement de la problématique découlant du déficit démographique du pays : ce qui se traduit pour elles par un important manque de main d'œuvre. Les appels à une large ouverture des frontières sont alors nombreux, dont celui du Président de la Fédération allemande de l'industrie, à la fin de l'année 2014. La fondation Bertelsmann estimait ainsi que le pays devait accueillir entre 271 000 et 491 000 immigrés non européens par année. S'il est abusif de considérer qu'il s'agit de la seule raison pour accueillir un grand nombre de migrants en 2015, la décision d'Angela Merkel n'en reste pas moins cohérente avec la volonté affichée par les grandes entreprises allemandes.

De par cette influence, ces organisations patronales ont bien une influence disproportionnée sur les politiques européennes. D'une part, la stratégie économique du continent permet de consolider la position avantageuse des entreprises allemandes sur l'ensemble européen. Et d'autre part, concernant la question des migrants, il n'est même pas question de juger du bien fondé de la décision d'Angela Merkel, mais simplement de pointer le manque de concertation européenne en amont de la décision prise. Parce qu'une tel choix a des conséquences pour tous ses partenaires. 

Pour parachever le tout, le vide d'opposition en Europe, qui se caractérise principalement par l'absence de François Hollande sur la scène du pouvoir européen, laisse le champ libre à une telle orientation.

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 28/01/2016 - 07:50 - Signaler un abus On aime critiquer l'Allemagne mais...

    A part la question de l'immigration, qui est un raté qui nous concerne aussi, si l'on compare l'évolution de nos deux pays, il n'y a pas photo. 150 milliards d'excédent des exportations, un budget en positif, une dette qui s'amenuise, et 5% de chômeurs. La France c'est 50 milliards de déficit extérieur, un budget en déficit chronique de plus de 3/4%, une dette qui augmente chaque année d'environ 100 milliards, et plus de 10% de chômeurs, et encore sans compter les DOM- TOM. Àlors les leçons à l'Allemagne, essayons de nous tout petits.

  • Par Ganesha - 28/01/2016 - 09:12 - Signaler un abus Pédagogie

    Mr Goetzmann fait ici, un bel effort de pédagogie ! Il revient, une fois de plus, sur un sujet déjà souvent abordé. Oui, l'Allemagne s'enrichit sans vergogne aux dépens des autres pays européens! Mais, il est totalement illusoire de considérer que ce serait là un exemple à suivre par les autres pays européens ! Le reste du monde, lui, ne se laisserait pas faire. Citation, bas de la page 2 : ''De plus, il est totalement illusoire de considérer que l'intégralité des pays européens pourrait dégager un excédent, car dans ce cas, cet excédent gigantesque viendrait écraser le reste du monde, et il est peu probable que ce reste du monde se laisse faire, comme se sont laissés faire les français ou les espagnols''. Alors évidemment, il y a le ''monsieur qui ne comprend jamais rien'', qui… n'a toujours rien compris ! Mais, il ne faut pas désespérer, les autres lecteurs d'Atlantico seront peut-être plus accessibles à ce raisonnement élémentaire !

  • Par Deneziere - 28/01/2016 - 10:05 - Signaler un abus C'est bien de regarder les deux côtés de la pièce

    Les économistes en général, allemands aussi, reconnaissent peu ou prou ce que dit l'article à savoir que, ici et maintenant, suivre une stratégie à l'allemande n'est ni possible ni souhaitable pour les autres économies européennes. Il est dommage que cette vérité serve à justifier la politique française d'obésité publique et d'étouffement du pays par le poids étatique. Ce que N. Goetzmann (et les anti-euros, comme J. Sapir) reconnait rarement dans ses articles c'est qu'une relance monétaire n'aiderait pas beaucoup la France dont le problème est avant la paresse entrepreneuriale institutionnalisée par le capitalisme de connivence..

  • Par Gordion - 28/01/2016 - 10:07 - Signaler un abus @Ganesha

    ...X et Y ont des échanges commerciaux croisés, client et fournisseur: si X a une balance commerciale trop déséquilibrée avec Y, X demandera à Y des compensations, c.à.d. que Y lui achète davantage. En clair, si X estime que ses intérêts stratégiques sont menacés, il a des armes pour ce faire (droits de douane accrus, blocage des paiements des créances dues par Y aux fournisseurs de X, chicaneries normatives et administratives, exclusion des banques du circuit économique et imposition de ses propres banques pour les transactions commerciales, etc). X aura vite fait de porter l'affaire devant les instances économiques mondiales, tribunaux administratifs, instances financières. Toutes les économies sont mondialisées, et tout le monde a besoin de tout le monde pour acheter et vendre. Ce qui perturbe ce raisonnement est la monnaie dans les échanges internationaux (dollar...est notre problème!), pas simple!

  • Par Anguerrand - 28/01/2016 - 10:26 - Signaler un abus Vous avez raison Ganesha

    Notre situation est bien meilleure en France qu'en Allemagne, surtout il faut pas tirer les leçons de ceux qui gagnent. Vous ne m'étonnez pas avec le programme economique que le FN préconise, vous êtes en parfait accord avec Mélanchon ou Taubira. Je suis en accord avec Gordion, je ne suis pas le seul grabataire vivant dans ses palais marocains ou dans son palais à Monaco. ( parfois sur mon yacht avec mes serviteurs) C'est ce que vous avez décidé de pensez de moi pour ne pas répondre aux questions précises auxquelles vous n'avez jamais le courage de répondre sauf en insultant. Décidément vous ne donnez pas envie de voter FN quand on voit vos posts" bas du front" . Si je ne comprend rien....expliquez moi en quoi le programme economique du FN sera meilleurs que l'actuel puisque c'est un programme de gauche. Je suis prêt à recevoir vos arguments.....

  • Par zouk - 28/01/2016 - 10:33 - Signaler un abus Fr. Hollande et réfugiés

    Faible, ce n'est pourtant plus une surprise comme nous devrions le savoir, depuis 2012.

  • Par zouk - 28/01/2016 - 10:34 - Signaler un abus Fr. Hollande et réfugiés

    Faible, ce n'est pourtant plus une surprise comme nous devrions le savoir, depuis 2012. Sur un autre sujet: Bravo Anguerrand!

  • Par elvin - 28/01/2016 - 10:47 - Signaler un abus Un mystère est levé ?

    A mon avis, Ganesha, c'est un pseudo de Nicolas Goetzmann pour essayer de faire croire qu'il existe un lecteur d'Atlantico qui est d'accord avec lui... gneshaeur d'Atlantico qui est d'accord avec lui ...

  • Par REVERJOVIAL - 28/01/2016 - 11:19 - Signaler un abus Le pouvoir réactionnaire de l'économie

    C est le carrefour de la connivence du libéralisme économique avec la gauche marxiste et la technocratie européenne pour l'ouverture totale des frontières aux migrants. Le libéralisme pour faire baisser les salaires, la gauche par idéologie humanitaire et internationaliste, la technocratie pour vider le concept culturel européen qui empêche la naissance d'un grand marché unifié. L'individu paradoxalement rejoint le rêve marxiste et libéral de l'homme nouveau qui ne s'occupe que de consommer dans un univers ou le culturel ce limite à l'échange commercial.

  • Par Gordion - 28/01/2016 - 11:24 - Signaler un abus @Deneziere

    Votre constat sur l'économie française est juste. Hélas. Mais les solutions préconisées par les économistes qui ne sont pas sous perfusion politique de l'UE ne font que préconiser des solutions économiques éprouvées.... Le politique decide in fine.

  • Par Ganesha - 28/01/2016 - 12:52 - Signaler un abus Gordion

    Gordion, vous nous décrivez tout un scénario, comme si vous ignoriez les règles qui s'appliquent dans l'Europe actuelle : ''la Concurrence libre et non faussée'' ! Que d'acharnement pour essayer de contrer ce fait vraiment basique : l'Allemagne est en surplus, quels que soient les moyens qu'elle utilise dans ce but, au final, simplement et uniquement, parce que ses partenaires européens sont en déficit avec elle ! A quel âge un enfant est-il capable de comprendre ce concept ? 10-12 ans ? Il faudrait interroger un prof de mathématiques... Et la course ultra-libérale à l'appauvrissement supplémentaire des catégories sociales qui sont déjà les plus pauvres, a plongé l'Europe une profonde récession ! Dont elle essaie maintenant de sortir par la folie de ''l'Assouplissement Quantitatif''... qui ne fait qu'alimenter la spéculation boursière !

  • Par vangog - 28/01/2016 - 13:09 - Signaler un abus Le capitalisme Bilderberg est le grand vainqueur à la Pyrrus

    de ce magma informe où il a précipité les Nations européennes, terrain d'expérimentation involontaire de son idéologie sanfrontieriste et antinationale...mais, comme le Qatar et l'Arabie saoudite, ce Frankenstein désemparé s'apercoit (un peu tardivement) qu'il a créé un monstre incontrôlable! Pourtant les patriotes, les économistes responsables et les penseurs visionnaires, non biberonnés à la sauce marxiste infantilisante, les avaient prévenus de ce choc probable de civilisations et de l'impasse dans laquelle ils se fourvoyaient. malgré les mises en garde, les Soros et les capitalistes Bilderberg, allemands, américains (en gros les Davosiens, copains de Macron) ont favorisé financièrement ( 7 à 15000 Euros par migrant...) la migration de millions de Syriens, Éthiopiens, Érythréens, Ghanéens, Afghans, Irakiens, pour leur grand projet mondialiste. Aujourd'hui, Soros, le milliardaire juif et le plus actif de tous, fait machine arrière...il villipendait la Russie pour son aide à Assad: il reconnaît qu'elle a raison, aujourd'hui. Il finançait les associations caritativo-gauchistes et les mafias de passeurs turcs, irakiens et grecs...il réclame la fermeté turque et grecque, aujourd'hui

  • Par de20 - 28/01/2016 - 16:58 - Signaler un abus L Allemagne est un pays

    L Allemagne est un pays federal depuis peu au regard de l histoire. Chaque fois qu il se porte bien ou s etend, il s accompagne d exces que nous ne connaissons que trop bien. Cette nation s enferme dans sa methode jusqu a la pousser a l absurde. Les patrons allemands n echappent pas a cette spirale que d aucuns appellent de leurs voeux a moderer sous peine de catastrophe. L Analogie assurement, sied mieux au jacobinisme.

  • Par cloette - 28/01/2016 - 17:25 - Signaler un abus En tout cas

    Le millions de réfugiés que A Merkel a fait venir ( et ce n'est pas fini ) donne un renseignement sur le grand patronat c'est à dire l'entreprise telle qu'elle va devoir être pensée . Il faut savoir que l'Allemagne a déjà beaucoup d'immigrés . Pourquoi en faut il tant ? eh bien en Allemagne par a qu'ils acceptent des salaires faibles , et surtout à cause de la nouvelle économie qui va avoir besoin ou de très qualifiés ou de gros bras ( transporteurs livreurs manutentionnaires ) ou de prêts à faire du travail très pénible ( postes exigeant des horaires 24 h / 24, accueil de plates formes téléphoniques , dans l'informatique aussi c'est très ingrat ) . Et voilà pourquoi on est là hébétés par ce choix crucial, ou plutôt ce non choix , cette mise sous fait accompli, si tu ne laisses pas entrer les flux sans compter , tu crèves ! Marine Le Pen est la seule à l'avoir compris qui propose une rupture économique car sans changement , il faudra s'y faire et c'est bien embêtant car quoi qu'on en dise le pays ne sera plus le même il sera remplacé ( en trente ans , il faut trente ans ! )

  • Par Gré - 28/01/2016 - 19:32 - Signaler un abus Et si on disait tout

    Et si on disait tout simplement que les dirigeants allemands n'ont pas encore viré leur cuti impérialiste, et qu'ils trouvent tout normal de soumettre l'UE au bon vouloir d'une Allemagne dominant l'Europe ? Un exemple frappant : dans la gestion de la crise des migrants, Merkel tombe dans un abîme de perplexité quand elle s'aperçoit que l'UE refuse de se charger des migrants qu'elle a décidé de faire venir sans aucune concertation de ses "partenaires"

  • Par Semper Fi - 29/01/2016 - 02:48 - Signaler un abus Appel à la main d'oeuvre d'origine extra-européenne

    ... me laisse perplexe ! Si j'ai bien compris, lorsque du haut de mes 20 ans, j'ai cru les européistes qui me vantaient les bienfaits de la libre-circulation comme un moyen de résorber le chômage (puisque des chômeurs français pourraient par ex aller bosser en Allemagne ou à Madrid), je me suis fait avoir ??? En fait, les patrons allemands se sont aperçus qu'il était plus profitable de faire venir des immigrés de pays du 1/3 monde, payés au lance-pierre, que d'importer des européens ayant des prétentions salariales plus élevées (ainsi qu'une certaine aversion à la mobilité, il faut aussi le reconnaître). Sympa la construction européenne !!!

  • Par Gordion - 29/01/2016 - 05:10 - Signaler un abus @Ganesha

    Vous le faites exprès, ou quoi? Vous êtes incapable de comprendre cette vulgarisation des échanges économiques mondiaux? Je ne comprends rien à votre billet qui, à relecture, n'est que de la propagande néo-marxiste! " la course ultra-libérale à l'appauvrissement supplémentaires..." on croirait lire du Berthold Brecht! Comme si la politique économique française était ultra-libérale! Vous vous complaisez dans des postures sémantiques "FN" qui ne masquent plus votre incapacité à analyser économiques sans votre "référentiel de bas étage". Votre propension au "yaka, fokon du programme FN" est hélas trop répandue dans ce pays. Je ne vous conseille même pas de lire des ouvrages de vulgarisation économiques, cela ne peut vous intéresser, car il n'y a pas de place pour la rhétorique du FN. Adieu, Monsieur!

  • Par Vm - 29/01/2016 - 06:29 - Signaler un abus Collectivisme

    Ah ah ah bravo Monsieur Goetzman il suffit donc à l Allemagne de suivre l exemple de la France et de creuser ses déficits......encore une fois bravo !

  • Par Gordion - 29/01/2016 - 07:46 - Signaler un abus Bonne analyse..

    ..des causes internes allemandes, du manque de courage des autres pays dont la France qui se couche, et des conséquences. M.Goeztmann n'a pas insisté sur les causes idéologiques de la décision de Merkel d'ouvrir les frontières (son éducation évangéliste et son désir d'effacer le trauma du nazisme de l'histoire allemande), ce n'est pas son rôle d'économiste. Par contre, il s'interroge légitimement sur le fait que la moitié de l'Europe va continuer à subventionner les retraités et le patronat allemands par une politique économique qui est singulière à l'Allemagne.

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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