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L’eau potable peut-elle se passer de désinfectants ?

Alors que le scandale sanitaire de la ville de Flint dans le Michigan (Etats-Unis) a fait les gros titres médiatiques ces derniers mois, la question de la qualité de l'eau dans nos villes demeure plus que jamais d'actualité.

Glou glou

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L’eau potable peut-elle se passer de désinfectants ?

Lorsque nous ouvrons le robinet, nous nous attendons à ce que l’eau soit sûre. C’est-à-dire, qu’elle ne contienne pas de pathogènes susceptibles de nous rendre malades, et pas de produits chimiques qui pourraient poser des problèmes plus tard, dans notre vie.

Dans leur grande majorité, les systèmes d’eau potable dans le monde industrialisé ont été efficients pour nous fournir de l’eau sûre. Cependant, il y a toujours des situations problématiques qui émergent, porteuses de conséquences sur la sûreté de l’eau potable.

En particulier, depuis quelques mois, la ville de Flint, dans le Michigan, a affronté une crise concernant la distribution de son eau potable. Un nombre non négligeable d’habitants de Flint a été exposé à de dangereuses concentrations de plomb dans son eau. L’évènement a été causé par un changement de la source d’eau potable utilisée par la ville sans que l’on ait évalué correctement les conséquences sur l’évolution de la formule chimique de l’eau.

Cet épisode a mis sur le devant de la scène les méthodes de traitement des eaux qui garantissent la sûreté pour le public. Dans beaucoup de pays, l’utilisation d’un désinfectant – chlore ou chloramine – dans le système de distribution est requise. Parmi ces pays, les États-Unis et le Royaume-Uni. Un désinfectant sert de dernière barrière pour protéger la santé des buveurs contre une potentielle contamination de l’eau pendant sa distribution.

Cependant, il y a un certain nombre de pays qui n’utilisent pas de désinfectants qui restent dans l’eau une fois qu’elle est distribuée. Comment font-ils alors pour fournir de l’eau sûre sans ce produit chimique ajouté ?

Dans un article récemment publié, nous et nos collègues nous sommes mobilisés pour étudier cette question. Notre principale motivation a été de regarder de près si les municipalités pouvaient éviter de potentiels effets négatifs liés à l’utilisation d’un désinfectant tout en préservant la santé publique.

Désinfection, les pour et les contre

L’un des grands succès du XXe siècle en santé publique a été l’éradication de la plupart des épidémies liées à l’eau dans le monde développé. En 1902 en Belgique, du chlore a, pour la première fois, été ajouté à l’eau. Ont suivi, quelques années après, des sites aux États-Unis et au Royaume-Uni. Cela a entraîné une régression de l’incidence des maladies dues à l’eau.

Projetons-nous à présent en 1974, l’année où des chercheurs néerlandais ont découvert la présence de chloroforme, probable cancérogène humain, dans l’eau potable.

Depuis lors, les scientifiques ont identifié des centaines de résidus de la désinfection (DBP, en anglais), des composés formés par la réaction entre le chlore et la matière organique naturellement présente dans l’eau. Les concentrations de ces substances sont contrôlées aux États-Unis et en Europe, contrôle fondé sur la mesure de groupes témoins de composés comme les trihalomethanes, connus pour être cancérogènes.

Les usines américaines de traitement de l’eau ont commencé à utiliser du chlore il y a 100 ans, mais dans les années 1980, des pays européens ont trouvé des moyens de se passer du chlore. roome/Flickr, CC BY-NC

La découverte des DBP, ainsi que les perceptions négatives du public au sujet du goût du chlore, a conduit plusieurs pays (notamment les Pays-Bas, la Suisse, l’Allemagne) a mettre en œuvre des systèmes de distribution d’eau potable sans désinfectant résiduel dans l’eau, et donc sans présence dans l’eau du robinet. Cela a commencé à changer à la fin du XXe siècle.

 
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Fernando Rosario-Ortiz

Fernando Rosario-Ortiz est professeur associé d'ingénierie environnementale à l'Université du Colorado.

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Vanessa Speight

Vanessa Speight est chercheuse senior à l'Université de Sheffield.

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