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E-santé : peut-on vraiment se soigner sérieusement sur Internet ?

Les Assises régionales de l'e-santé en Alsace auront lieu les 12 et 13 octobre, quelques jours avant le colloque Carrefour de la télésanté, le 18 à Paris. La médecine 2.0 se développe, mais n'a pas que des atouts.

Médecin virtuel

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E-santé : peut-on vraiment se soigner sérieusement sur Internet ?

Un médecin peut faire aujourd'hui du téléconseil, qui est remboursé par la Sécurité sociale.

Atlantico : Les Assises régionales de l'e-santé en Alsace auront lieu les 12 et 13 octobre, quelques jours avant le colloque Carrefour de la télésanté, le 18 à Paris. Peut-on vraiment se soigner et se faire soigner sur Internet, de manière sûre ?

Jean-Jacques Fraslin : Réglementairement, on ne peut pas.

La e-santé est plus un concept marketing. Un médecin peut faire aujourd'hui du téléconseil, qui est remboursé par la Sécurité sociale, il y a aussi des expériences de télémédecine, encadrées par les ARS, mais il n'y a pas d'autre solution. Un patient ne peut pas consulter en ligne. Il peut recevoir des conseils, mais pas une ordonnance. Il ne pourra pas avoir accès à des examens ou à des opérations suite à une consultation en ligne.

Doctissimo enregistre quotidiennement 920 000 visites. L'Ordre des médecins s'en est-il alarmé, sachant qu'on peut trouver sur le net tout et n'importe quoi ?

Bien sûr. On a remarqué que venaient d'abord sur ces sites beaucoup de patients québécois, qui ont dans leur pays beaucoup de problèmes d'accès aux soins, avec de très longues listes d'attentes et un coût très élevé. Ils ont ensuite remarqué que la France avait ce type de sites.

Depuis, ça s'est généralisé. Beaucoup de Français consultent ces sites. L'ennui, c'est que n'importe qui peut répondre. Très peu de médecins sont identifiés. C'est pour cela que le Conseil de l'ordre veut identifier les pseudos, pour préciser qui est médecin et qui ne l'est pas. Mais cela repose sur la bonne volonté des médecins : ceux qui font cela ne sont pas rémunérés. Et on reste sur le conseil.

Il y a un autre problème. Sur le forum, les gens sont authentifiés par le compte qu'ils ouvrent : les hébergeurs des sites savent donc de qui il s'agit. Les gens étalent ensuite leurs problèmes médicaux en ligne et reviennent plusieurs fois, si bien qu'ils laissent sur le site des tas de fragments sur leur histoire qui peut permettre de les identifier.

Rien que quelqu'un qui cherche un spécialiste près de telle ville car il a une maladie rare donne son sexe, peut-être son âge, sa localisation… Des tas de renseignements qui permettent de les identifier.

Au-delà du problème du secret médical, un certain nombre de médecins relèvent que beaucoup de patients arrivent hyper-renseignés dès la première consultation. Est-ce une chance d'avoir des patients informés, ou un problème de voir ces patients devenir médecins ?

Les deux. Parfois c'est une chance, car les patients sont au courant, donc on gagne du temps. Par exemple, j'ai des patients qui viennent me voir d'assez loin pour me demander de leur prescrire du Baclofène pour le traitement de l'alcoologie, après avoir trouvé sur Internet non seulement des renseignements sur le Baclofène, mais aussi mes coordonnées. Pour moi, c'est une chance, car ils arrivent informés sur les effets secondaires, l'intérêt du produit, etc. On a donc de bons résultats.

Je n'ai pas  de problème à ce niveau-là, car je connais quand même de meilleurs sites que les patients, j'ai donc un coup d'avance sur eux. Mais je reconnais que ça peut être un problème pour des médecins peu formés à l'informatique qui voient arriver des patients au courant des nouvelles thérapies.

La e-santé peut-elle être une chance dans un contexte de désertification médicale ?

Je ne crois pas. Les médecins généralistes travaillent déjà beaucoup, jusqu'à 50 ou 60h par semaine. Je ne vois pas trop où ils trouveront du temps à consacrer à la e-santé. Qui aujourd'hui est sur Internet ? Des remplaçants, des gens qui ont un travail partiel, des retraités, mais pas les médecins. Et ce ne sont pas les gros consommateurs de soins, en particulier les personnes âgées, qui utilisent Internet.

La télémédecine n'est-elle pas risquée en cas de diagnostic ? Il est finalement plus simple d'avoir le patient en face de soit pour consulter…
On se rend compte, avec les expérimentations, qu'il faut qu'une infirmière soit avec le patient, notamment les personnes âgées, qui ont parfois des problèmes d'audition. De même pour installer des capteurs, des caméras… Une consultation en télémédecine prend donc deux fois plus de temps qu'une consultation réelle. Donc, comme déjà il y a peu de médecin, ça risque de poser un problème.


 
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Jean-Jacques Fraslin

Jean-Jacques Fraslin est médecin généraliste. Il est le créateur de l'observatoire des systèmes d'informations de santé, i-med.fr.

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