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Durcir les peines ou procéder à plus d’arrestations ? Ce que nous apprend l’expérience menée par la police de Milan grâce au logiciel KeyCrime

En provenance des Etats-Unis, certains logiciels sont utilisés par plusieurs polices européennes, dont celle de la ville de Milan en Italie, afin d'anticiper les crimes, et ainsi d'augmenter le nombre d'arrestations. Une technique dont l'efficacité reste à prouver.

Arme de dissuasion active

Publié le

Dans un article paru ce lundi sur le site Bloomberg View, Peter R.Orszag du Brennan Center for Justice affirme qu'il est préférable, pour plus d'efficacité contre le crime, de multiplier les arrestations plutôt que de prononcer des sentences lourdes. Est-ce véritablement le cas ? Que révèle le cas français à ce titre ?

Aussi bien la politique menée par l'ancien président de la ville de New York, Rudolph Giuliani, que celle menée en Grande-Bretagne, sans oublier le contre-exemple français, montrent que la multiplication des arrestations, sans qu'il y ait derrière une réponse pénale fermene, ne permet pas d'améliorer la situation.

Il faut allier des sentences lourdes à des arrestations nombreuses.

Cette situation est limitée en France dans la mesure où on ne pratique que les arrestations, sans appliquer les sentences qui vont avec. C'est ce qui avait été essayé d'être développé pourtant avec les peines planchers qui ont finalement été retirées pour des raisons idéologiques. En France, actuellement, l'efficacité de la lutte contre la criminalité a une durée comprise entre 24 et 48h, soit pendant la durée de la période de garde à vue. Pendant celle-ci, la situation dégénère à travers la procédure écrite qui est extrêmement lourde et qui fait qu'entre le nombre de personnes interpellées et le nombre de personnes déférées devant la justice, on constate une forte perte. Ceci est dû au fait que la justice n'a pas les moyens de tout traiter du fait des contraintes procédurales extrêmement tatillones, notamment sur les horaires de présentation, les délais pour obtenir des appels, etc. Le problème réside dans la démarche. Il conviendrait donc de simplifier la procédure dans un premier temps, en la rendant notamment plus orale pour tout ce qui est délits de masse. A l'heure actuelle, on applique des peines similaires pour tous les types de délits. 

Ce qu'il convient également de changer, mais qui est beaucoup plus difficile à réaliser, c'est de persuader un certain nombre de magistrats que l'incarcération est la solution. On a aujourd'hui un taux d'incarcération en France qui est beaucoup plus faible comparativement à celui de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne. Le Premier ministre actuel, Manuel Valls, reconnaît d'ailleurs cet état de fait, qui provoque le consensus dans la classe politique. Néanmoins, personne ne sait comment faire en sorte que les magistrats voient la réalité en face, afin de considérer qu'il faut placer les multi-récidivistes en prison pour des durées importantes et adéquates afin de les extraire de la zone et de faire en sorte que les victimes n'aient pas le sentiment que demain, elles peuvent refaire face à ces individus. Pendant toute la durée où ces personnes sont en prison, elles ne commettent pas de délits. A l'inverse donc, dans ces moments, on se retrouve avec un nombre exponentiel de faits non-commis par ces gens-là. 

On a d'ailleurs un certains nombres de gangs, notamment moldaves et tchétchènes, qui nous expliquent qu'ils préfèrent venir écumer la province française plutôt que d'aller en Espagne, en Italie ou en Grande-Bretagne où les peines sont beaucoup plus lourdes. Les criminels, au sens large du terme, sont dans des logiques très rationnelles aujourd'hui : ils vont donc concentrer leurs efforts sur des zones où la technique d'appropriation est la moins compliquée et où les conséquences de se faire attraper sont les moins lourdes. Il y a donc un effet de déversement de la délinquance sur les pays les plus laxistes, comme la France. 

Toujours dans le cas français, la justice est-elle prête, en l'état, à faire face à cette hausse du nombre d'arrestations ? 

En l'état, le problème de la justice française, c'est de considérer que la peine d'emprisonnement est quelque chose de nuisible. On a pu constater cela avec le projet de contrainte pénale, où l'on essaye d'éviter à tout prix la prison, et donc une sentence visant à extraire du territoire la délinquance habituelle. Ce qui marche, c'est l'application des peines de prison prévues qui permettent d'écarter la poignée de délinquants habituels qui commettent l'ensemble des délits. Il faut savoir que 5% des délinquants commettent environ 50% des crimes et délits. Ainsi, si l'on s'attaque à ces 5% de délinquants, on règle la moitié des problèmes, afin de pouvoir, par la suite, réorienter les services de police sur les autres problématiques auxquelles ils sont confrontés. 

 

Propos recueillis par Thomas Sila

 

 
Commentaires

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  • Par tubixray - 27/04/2016 - 09:13 - Signaler un abus Mme Taubira rendra compte de ses méfaits

    Cet article met en évidence deux conséquences révoltantes de l'action de cette ennemie de la France et des magistrats du mur des cons (syndicat de la magistrature) = Un grand nombre de délinquants même récidivistes ne sont pas incarcérés et des "gangs ...moldaves et tchétchènes préfèrent venir écumer la province française plutôt que d'aller en Espagne, en Italie ou en Grande-Bretagne où les peines sont beaucoup plus lourdes" .... Voilà comment cette justice de honte protège les honnêtes citoyens.... rappelons aussi que la construction de 20 000 places de prison a été rayée par l'ex ministre des voyous et criminels .....

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Jean-Paul Mégret

Jean-Paul Megret est secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP).

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